L’avocat général a proposé à la Cour de justice de l’Union européenne, jeudi 10 septembre, de déclarer que la législation flamande interdisant l’abattage d’animaux sans étourdissement, y compris pour les méthodes particulières d’abattage prescrites par des rites religieux, n’est pas autorisée par le droit de l’Union (affaire C-336/19).
Dans des conclusions, l’avocat général Gerard Hogan souligne par ailleurs que les États membres peuvent adopter des règles plus strictes que celles prévues par le droit de l’Union. Cependant, la dérogation prescrite en faveur des rites religieux doit être respectée, estime l’avocat général.
Il propose à la Cour « de constater qu’il n’est pas permis aux États membres d’adopter des règles qui prévoient, d’une part, une interdiction de l’abattage d’animaux sans étourdissement applicable également à l’abattage effectué dans le cadre d’un rite religieux et, d’autre part, une autre procédure d’étourdissement pour l’abattage effectué dans le cadre d’un rite religieux, fondé sur l’étourdissement réversible et sur le précepte selon lequel l’étourdissement ne peut pas entraîner la mort de l’animal ».
Plus concrètement, les États membres peuvent adopter des règles plus strictes que celles prévues par le droit de l’Union, mais la dérogation prescrite en faveur des rites religieux doit être respectée, souligne-t-il.
« On ne saurait ignorer le fait que la préservation des rites religieux d’abattage des animaux est souvent difficilement conciliable avec les conceptions modernes du bien-être animal. La dérogation est, néanmoins, un choix de politique que le législateur de l’Union était certainement habilité à faire », détaille l’avocat général. « Il s’ensuit que la Cour ne saurait permettre que ce choix politique spécifique soit vidé de sa substance du fait que certains États membres adoptent des mesures particulières au nom du bien-être animal, qui auraient pour effet matériel de réduire à néant la dérogation en faveur de certains membres de confessions religieuses », conclut-il.
La Cour a été saisie par la Cour constitutionnelle belge après que plusieurs associations juives et musulmanes eurent contesté un décret de la Région flamande datant de juillet 2017 relatif aux méthodes autorisées pour l’abattage des animaux. Ce texte avait pour effet d’interdire l’abattage d’animaux selon les rites traditionnels juif et musulman et d’exiger l’étourdissement de ces animaux avant l’abattage afin de réduire leurs souffrances. (Lionel Changeur)