Dans une analyse publiée lundi 2 mars sur les relations UE-Royaume-Uni, Sam Lowe, chercheur principal au Centre for European Reform (CER), estime que les positions des parties sont moins antinomiques qu’il n’y parait. Mais, ajoute-t-il, « en pratique, cela oblige le Royaume-Uni à bouger beaucoup et l'UE à bouger un peu ».
Alors que débutent les négociations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni sur leur relation future, Sam Lowe estime qu’il existe « une issue à ce bourbier » et qu'un accord ambitieux est possible avant le 31 décembre.
Sur la partie commerciale des pourparlers, M. Lowe considère que les parties ont, au fond, un même niveau d’ambition : la suppression de tous les tarifs et quotas et une couverture large qui inclue les services, les transports, la propriété intellectuelle et les télécommunications (EUROPE 12432/2).
Les compromis seront plus délicats sur la pêche (EUROPE 12432/3), mais, prévient le Britannique, un échec sur ces sujets serait « très préjudiciable à certaines parties de l'industrie », en particulier aux secteurs des mollusques et crustacés, de la transformation du poisson et du commerce de gros.
Autre sujet sensible, les conditions de concurrence équitables (level playing field) exigées par le continent. En l’état, décrypte Lowe, le choix qui s’offre à Londres est de refuser - et d'opter ainsi directement pour des droits de douane - ou d'accepter et garantir ainsi des échanges en franchise de droits. Dans ce second cas, Londres devrait vivre avec le risque que l’UE puisse rétablir des droits douaniers, si elle estimait que le Royaume-Uni s'écarte trop des normes de l'UE sur la protection de l'environnement et du travail. Un cas de figure que M. Lowe estime, au fond, « très peu probable ».
Pour l’expert du CER, l’UE devra par contre faire un compromis sur les aides d'État et la question de l’application directe du droit de l’UE, estime M. Lowe. Il appelle à une approche « axée sur la réalisation des mêmes résultats par différents moyens et des normes élevées communes » et des différends réglés par voie d'arbitrage.
M. Lowe appelle à une « dédramatisation » de la question de la frontière irlandaise, car « il existe une marge beaucoup plus grande pour les obligations des importateurs/exportateurs gérées hors de la frontière et par le biais des procédures existantes ».
Enfin, sur le format de l'accord final, le chercheur britannique estime qu’il est peu probable que l’UE accepte de négocier des accords distincts afin de ne pas retomber dans l’inextricable écheveau des accords avec la Suisse. (Hermine Donceel)