La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé plusieurs mesures concrètes - des moyens financiers supplémentaires et des renforts en hommes et en équipements - pour aider la Grèce à surveiller sa frontière avec la Turquie, mardi 3 mars, lors d'un déplacement sur le terrain aux côtés du Premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, et des présidents du Conseil européen, Charles Michel, du Conseil de l’UE, Andrej Plenković, et du Parlement européen, David Sassoli.
Parmi les mesures annoncées, Mme von der Leyen a évoqué une aide financière supplémentaire de 700 millions d’euros dont 350 millions directement mobilisables.
La Grèce ayant activé le mécanisme de protection civile de l’UE, cela se traduira par l’envoi de tentes, d’équipes médicales, de médicaments et de couvertures à la frontière gréco-turque.
L’agence européenne Frontex a par ailleurs confirmé, mardi après une réunion de son conseil d’administration, l’envoi de renforts vers la frontière gréco-turque avec 100 agents supplémentaires, en plus des 530 agents déjà sur place, qui seront déployés aux frontières maritime et terrestre. En outre, 2 hélicoptères, 1 avion, 6 patrouilleurs côtiers et 1 navire de ravitaillement seront envoyés vers la Grèce.
Le gouvernement turc a décidé de ne plus appliquer momentanément la Déclaration UE/Turquie de mars 2016, dans laquelle la Turquie, en échange d’argent, s'engageait à surveiller les départs de migrants vers la Grèce.
Réagissant à ces événements, M. Mitsotákis a estimé qu’il s’agissait d’une « violation » de l’accord de 2016 par Ankara et d’une opération minutieusement organisée par les autorités turques « pour promouvoir ses propres objectifs géopolitiques ». La Turquie, a-t-il dit, a organisé et encouragé le départ de milliers de migrants vers la Grèce, qui, selon lui, ne sont pas des personnes fuyant la guerre en Syrie, mais qui vivent actuellement en Turquie de manière « sûre ».
« N’essayez pas de venir en Grèce de manière illégale. Vous ne réussirez pas ! », a lancé le Grec aux candidats au départ.
Sans critiquer directement la Turquie, Mme von der Leyen a déclaré que l’on ne pouvait « pas utiliser les gens comme moyens pour atteindre ses objectifs », tout en affirmant que la Turquie n’était « pas l’ennemi ».
La présidente de la Commission a également remercié la Grèce d'être le « bouclier » de l'UE - elle a utilisé le terme grec, NDLR - mais n’a rien dit sur la décision grecque de suspendre pour un mois le dépôt de demandes d’asile sur son territoire. Une annonce controversée que la Commission continue d'analyser juridiquement.
Charles Michel a bien suggéré à la Grèce de respecter « le droit international et les droits humains » et de traiter la situation de manière appropriée, mais il a aussi enjoint à la Turquie de continuer à respecter ses engagements et d’appliquer l'accord de 2016.
Quant au président du PE, David Sassoli, il a été le seul à demander une réponse basée sur la solidarité, notamment à travers l'accueil des mineurs non accompagnés bloqués à la frontière. Et de prôner la finalisation de la réforme du système européen de l’asile toujours bloquée au Conseil.
Pour le social-démocrate italien, la situation serait beaucoup plus gérable si les leaders européens avaient réussi à se mettre d’accord sur ce paquet 'asile' et sur une refonte du règlement de Dublin qui fixe les responsabilités entre États membres dans les demandes d’asile.
Il a été conforté par M. Mitsotákis, qui a déploré le temps perdu depuis 2015 et rappelé à ses homologues européens qu'ils ne pourraient faire l’impasse sur cette réforme qui devra être basée sur « le partage du fardeau » migratoire.
Réunion ministérielle extraordinaire à Bruxelles
Mercredi 4 mars, les ministres de l’Intérieur de l’UE devraient, eux aussi, formuler une aide de type opérationnel à la Grèce, qu’il s’agisse de matériel ou de forces de police pour certains États membres.
La Bulgarie, qui partage une frontière terrestre avec la Turquie, n'est pas oubliée. Les responsables européens devaient en effet se rendre dans ce pays mardi.
Pour les ministres de l'Intérieur, comme en ont convenu lundi 2 mars au soir les ambassadeurs des États membres auprès de l'UE (Coreper), il s’agira d’adresser un message fort à la Turquie selon lequel la déclaration de 2016 doit être appliquée, sous la forme d’une déclaration ou de conclusions.
L’angle de la solidarité et une offre d’accueil n’ont pas été évoqués lundi soir et, à ce stade, ne devraient pas figurer dans la réponse des ministres, les flux migratoires aux frontières de l'UE n’étant pas d’une ampleur pouvant justifier une réponse de ce type.
Les ambassadeurs nationaux se réuniront à nouveau mercredi en matinée. (Solenn Paulic)