Alors que le virus Covid-19 continue de s'étendre en Europe, la Présidence croate du Conseil de l'UE a annoncé, lundi 2 mars dans la soirée, qu'elle avait modifié les paramètres du mécanisme de réaction de l'Union européenne en cas de crise (IPCR), en les faisant passer du mode 'partage de l’information' au mode 'activation totale'.
Ce dispositif intégré est utilisé pour coordonner, au plus haut niveau politique, la réponse de l'UE à des crises intersectorielles. Approuvé par le Conseil de l'UE en 2013, il met en lien la présidence semestrielle du Conseil de l'UE, la Commission européenne, le Service d'action extérieure (SEAE), les agences européennes concernées, le cabinet du président du Conseil européen, des experts des États membres ainsi que certaines organisations internationales.
L'activation totale du mécanisme IPCR « permet de se focaliser davantage sur la détection des lacunes importantes dans tous les secteurs et sur l'élaboration de réponses concrètes lors de tables rondes animées par la Présidence », a noté le Conseil de l'UE par voie de communiqué.
Selon un décompte publié mardi 3 mars par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), le Coronavirus Covid-19 a pour l'instant donné lieu à 2495 infections et 55 morts dans l'UE. La veille, il avait réévalué le risque de transmission du virus dans l'UE de « modéré à élevé » (EUROPE 12437/1).
L'ordre du jour du Conseil 'Santé' extraordinaire
La Présidence croate a par ailleurs fait circuler un document destiné à baliser la réunion extraordinaire des ministres européens de la Santé, vendredi 6 mars. Elle propose aux Vingt-sept de se concentrer sur trois aspects, à savoir : - l'évaluation des mécanismes de l'UE et la pertinence de mécanismes supplémentaires ; - l'efficacité des mesures en place au niveau national et les projets des États membres, notamment ceux de passer de mesures essentiellement préventives et de préparation à des mesures de traitement ; - et les mesures à prendre par la Commission européenne.
Voir l'ordre du jour du Conseil 'Santé' extraordinaire : http://bit.ly/2IbSQFo
Du côté des États membres, les travaux se poursuivent. En Pologne, par exemple, pays jusqu'ici épargné par le virus, le Parlement national a adopté une série de moyens légaux exceptionnels (qui doivent encore recevoir l'aval du Sénat et du chef de l'État). Ces mesures autorisent le gouvernement, en cas d'épidémie, à limiter certains droits et libertés civiques, à imposer des charges exceptionnelles à l'administration publique, à contourner le code de la commande publique, à intervenir directement sur le marché des médicaments et à recourir à l'armée.
À la recherche d'un traitement thérapeutique
Mardi, la Commission européenne et l'industrie pharmaceutique, réunies au sein du partenariat public-privé 'Initiative pour les médicaments innovants' (IMI), ont annoncé leur intention de lancer une procédure accélérée pour des projets de recherche liés au traitement et au diagnostic du Covid-19. L'Union européenne mobilisera jusqu'à 45 millions d'euros issus du programme Horizon 2020, le programme-cadre de recherche et d'innovation de l'UE. Un engagement d'une envergure similaire est attendu de la part de l'industrie pharmaceutique.
Aux États-Unis, le vice-président Mike Pence, qui coordonne la lutte contre l'épidémie, a annoncé qu'un traitement pourrait être disponible « d'ici l'été ou le début de l'automne ». Les premiers essais cliniques pour un vaccin pourraient avoir lieu « dans les six prochaines semaines », a-t-il ajouté, mais aucun vaccin ne sera disponible avant la fin de l'année au plus tôt.
Le G7 'Finances' prêt à utiliser tous les moyens pertinents
À l'issue d'une visioconférence, les ministres des Finances et les banquiers centraux des pays du G7 ont fait part de leur engagement à « utiliser tous les instruments appropriés (...), y compris des mesures budgétaires » pour soutenir la croissance économique et la stabilité des prix (voir autre nouvelle).
Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne discutera, jeudi 12 mars, de possibles réponses « ciblées » aux risques baissiers que la progression du nouveau coronavirus fait courir à l'économie.
Les entreprises, notamment dans le secteur des transports, ne cachent pas leurs inquiétudes vis-à-vis de l'impact de l'épidémie sur leurs activités. Le PDG d'Air France-KLM, Ben Smith, a dit s'attendre à ce que la crise sanitaire accélère la vague de consolidation dans le secteur aérien.
Réunies au sein du lobby Airlines for Europe, plusieurs compagnies européennes ont appelé à un assouplissement de la réglementation aéroportuaire en vertu de laquelle les compagnies aériennes peuvent perdre des créneaux lucratifs d'atterrissage et de décollage si elles annulent des vols pendant une période prolongée. (Sophie Petitjean avec Agathe Cherki et Mathieu Bion)