Le changement radical évoqué en 2013 par la Commission dans son paquet sur la mobilité urbaine ne s'est pas concrétisé malgré un soutien accru, a estimé la Cour des comptes européenne dans un rapport dévoilé mardi 3 mars.
Afin d’évaluer les progrès accomplis en six ans et l’efficacité du soutien apporté par l’UE à ses zones urbaines en matière de mobilité durable, les auditeurs de la Cour ont visité les villes de Madrid, Barcelone, Hambourg, Leipzig, Naples, Palerme, Varsovie et Łódź. Ils ont examiné les stratégies de mobilité urbaine ainsi que les projets locaux soutenus par l’UE qui y sont mis en œuvre. Une enquête sur 88 villes constituant le cœur du réseau transeuropéen de transport a également alimenté ce rapport.
Les auditeurs n’ont pas relevé « de tendance claire » vers des modes de transport plus durables, malgré la publication par la Commission de plusieurs orientations et lignes directrices en ce sens depuis 2013 et l'augmentation des fonds européens (le montant alloué à la mobilité urbaine au titre des Fonds structurels et d'investissement pour 2014-2020 a été accru de 46%).
Selon le rapport, les émissions de gaz à effet de serre dues au transport routier augmentent – de nombreuses villes continuent même de dépasser les seuils de sécurité de l'UE – et l’utilisation de la voiture particulière n’a pas diminué de manière significative. Ainsi, parmi les villes visitées, seule Madrid dispose d'une vaste zone où les transports publics sont plus efficaces aux heures de pointe que les véhicules particuliers.
Manque de financements et politiques incohérentes
Les auditeurs imputent notamment l’inefficacité des politiques européennes en matière de transport durable au manque de financements. En effet, les fonds européens alloués aux transports publics ne suffisent pas à couvrir les coûts d’exploitation des transports publics, qui ne sont pas toujours bien pris en charge par les villes.
Le rapport met également en cause l’incohérence de certaines politiques menées à l’échelle locale. À Varsovie, par exemple, l'amende pour stationnement non payé est inférieure à celle pour défaut de titre de transport.
Par ailleurs, parmi les projets européens examinés dans les villes témoins, plusieurs ont fait l’objet de retards, de dépassements de coûts, d’une utilisation plus faible que prévu.
En outre, la Cour des comptes constate que de nombreux États membres n’ont pas suivi les orientations de la Commission, concernant notamment la préparation de Plans de mobilité urbaine durable (PMUD), considérés comme « éléments clés » par les auditeurs.
Ils suggèrent à la Commission de veiller à ce que l'accès des États aux financements en faveur de la mobilité urbaine soit subordonné à l'existence d'un PMUD ou encore « à l'assurance de disposer de fonds suffisants pour couvrir les coûts d'exploitation et de maintenance ».
Ainsi, Iliana Ivanova, responsable du rapport, a appelé les États membres à se mobiliser davantage et indiqué, dans un communiqué, que le Green Deal soulignait l'importance « d'opérer dans nos villes ce changement radical – qui n'a que trop tardé ».
Pour consulter le rapport : http://bit.ly/3css2yM (Agathe Cherki)