De fortes incertitudes continuent de planer sur la position que la commission des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen adoptera, mercredi 4 mars, lorsqu'elle mettra aux voix le projet de rapport 'Lalucq' sur les politiques socioéconomiques que les États membres devraient mener en 2020 dans le cadre du processus budgétaire du 'Semestre européen'.
Une réunion des coordinateurs des principaux groupes politiques devait avoir lieu mardi 3 mars dans la soirée, que certains experts ont qualifiée « de la dernière chance ». Toutefois, au sein des groupes S&D et PPE, le pessimisme était de mise à l'heure où nous mettions sous presse.
Le temps presse pourtant : un vote est nécessaire d'ici à la session plénière débutant lundi 9 mars. À défaut, le Parlement européen ne sera pas en mesure d'arrêter sa position sur la question avant que le Conseil européen de printemps fournisse ses orientations à la fin du mois.
Globalement, malgré plusieurs réunions internes consacrées à la recherche de compromis, les positions ne semblent guère avoir évolué depuis la mi-février, lorsqu'un débat avait montré la fracture gauche/droite (EUROPE 12427/12). Aucun des principaux groupes politiques ne semble prêt à renoncer à ses lignes rouges et l'espoir du rapporteur, Aurore Lalucq (S&D, française), de rallier à sa cause le groupe Renew Europe pour contourner l'obstacle du groupe PPE n'a pas abouti.
Mercredi, les députés pourraient être invités à voter des propositions de compromis soutenues, d'un côté, par les groupes S&D, Verts/ALE, GUE/NGL et, de l'autre, par les groupes PPE et Renew Europe, le premier camp accusant celui d'en face de défendre, sur les questions socioéconomiques, une position remettant en cause celle exprimée par le Parlement lors de l'investiture de la Commission 'von der Leyen'.
D'après un tableau comparatif des principaux sujets d'achoppement consulté par EUROPE, la gauche au PE prône la révision du cadre de gouvernance économique par le biais d'une flexibilité accrue des règles budgétaires européennes pour faciliter les investissements dans la transition vers une économie décarbonée. À droite, on estime que le Pacte de stabilité et de croissance est suffisamment flexible et qu'introduire une règle d'or pour les investissements 'verts' favoriserait les excès budgétaires.
Alors que les groupes S&D, Verts/ALE et GUE/NGL soutiennent l'intégration dans le 'Semestre européen' des objectifs onusiens de développement durable et du socle européen des droits sociaux, les groupes PPE et Renew Europe seraient simplement prêts à faire en sorte que le 'Semestre européen' prenne en considération certains enjeux sociaux et environnementaux. « Nous ne voulons pas d'un arbre de Noël », a indiqué à EUROPE une source parlementaire.
La question de l'approfondissement de l'Union économique et monétaire est aussi source de division. La droite européenne s'oppose à des mesures « substantielles » ('meaningful') prônées par la gauche et qui aboutiraient à une capacité budgétaire pour la zone euro disposant d'une fonction de stabilisation. Elle ne voit pas non plus d'un bon œil la proposition d'un régime européen d'assurance-chômage, qui figure pourtant dans le programme de travail de la Commission. (Mathieu Bion)