Le centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a relevé le niveau de risque de transmission du virus Covid-19 de « modéré à élevé », lundi 2 mars. La Commission européenne, elle aussi, a relevé son niveau d'alerte : selon la présidente de l'institution européenne, Ursula von der Leyen, pas moins de cinq commissaires travailleront désormais en lien étroit sur une réponse européenne à cette épidémie qui a déjà fait plus de 3 000 morts dans le monde, dont 35 en Italie et 2 en France.
« Comparé à la grippe saisonnière, le Coronavirus représente un nouveau type de virus qui présente différents types d'infections et de symptômes. Le virus se propage très rapidement, donc tous les sujets doivent être pris en compte », a déclaré la présidente de la Commission européenne devant de nombreux journalistes. L'équipe des cinq commissaires aura pour mission de se concentrer sur trois fronts : la santé, la mobilité et l'économie.
Vingt États membres intéressés par les achats conjoints
Les annonces ont toutefois été limitées : outre la nouvelle évaluation des risques de l'ECDC, la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides, a fait savoir que vingt États membres avaient exprimé leur souhait de participer à l'achat conjoint de contre-mesures médicales (les Vingt-sept sauf la Finlande et la Pologne, qui n'ont pas signé, ainsi que la Bulgarie, le Danemark, la France, la Lituanie et le Portugal, qui n'ont pas introduit de demande pour le moment).
« Je m'attends à recevoir des offres d'ici une semaine, puis nous procéderons le plus rapidement possible », a indiqué Mme Kyriakides.
Toujours sur le volet sanitaire, la coordination européenne continue, avec une dixième réunion du comité de sécurité sanitaire ce 2 mars et un Conseil 'Santé' extraordinaire vendredi 6 mars (EUROPE 12436/7).
À un journaliste qui s'interrogeait sur la diversité des mesures prises par les différents États membres, Mme Kyriakides a indiqué que l'idée de la coordination était de permettre aux Vingt-sept de se préparer, mais qu'il fallait aussi tenir compte des spécificités de chaque État membre. Pour son homologue à la gestion des crises, Janez Lenarčič, il s'agit de coordonner et non d'imposer des mesures.
La commissaire à la Santé a en outre indiqué avoir invité les ministres européens à accorder une attention particulière aux mesures de préparation et de réponse dans les domaines suivants : fournir des ressources suffisantes pour les soins de santé, les laboratoires de test et la recherche de contacts actifs, les interventions aux points d'entrée (ex. : aéroports) et une communication ciblée à l'égard du public et des travailleurs de la santé.
Restreindre le moins possible les déplacements
À ce stade, la Commission européenne préconise que les mesures sanitaires prises pour endiguer l'épidémie soient limitées pour perturber au minimum les déplacements.
Les contrôles aux frontières intérieures de l'espace Schengen ne sont toujours « pas pris en considération », a indiqué la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, se plaçant ainsi dans la continuité de ce qui avait été acté la semaine dernière par les experts (EUROPE 12435/26).
Le nouveau groupe d'experts 'Covid-19 information on borders' tient des téléconférences hebdomadaires sur les frontières et, à ce jour, « aucun problème n'a été signalé en coordination avec les autorités sanitaires et jusqu'à présent, aucune notification de contrôle aux frontières intérieures » n’a été adressée à la Commission.
Pour la commissaire aux Transports, Adina Vălean, il est « crucial de maintenir la mobilité des citoyens » alors que la crise sanitaire a « des conséquences considérables pour le secteur des transports ». Elle s'est félicitée de la mise en place d'un site Internet permettant aux voyageurs un accès à des informations régulièrement mises à jour. Ceux-ci bénéficieront d'« informations exhaustives sur les transports et le coronavirus ainsi qu'une vue d'ensemble des options disponibles, y compris concernant les remboursements ».
Mme Vălean a en effet assuré que la première chose à faire pour les compagnies, en cas d'annulation de vols, était d'assurer un remboursement. « Les passagers ont droit à une indemnisation s'ils n'ont pas été informés d'une annulation au moins 14 jours avant le départ », a-t-elle expliqué.
En revanche, cette indemnisation n'est pas due si l'annulation, même à court terme, est le fait de circonstances extraordinaires n'ayant pu être évitées et même si toutes les mesures envisageables ont été prises, a précisé la commissaire. L'épidémie de coronavirus pourrait, selon elle, tomber sous le coup de cette exemption.
« Mais l'évaluation est faite au cas par cas et, en dernier ressort, sous l'autorité de la Cour de justice de l'UE », a-t-elle ajouté.
La législation européenne sur les droits des passagers ne couvre pas, toutefois, la situation dans laquelle les voyageurs décident volontairement de renoncer à un vol ou à tout autre service de transport.
Le risque économique se matérialise
Le risque baissier que représente l'épidémie de coronavirus est en train de se matérialiser et « il est clair que ce sera substantiel », a estimé le commissaire européen à l'Économie, Paolo Gentiloni. Il a cité les secteurs du tourisme, des transports, automobile et, de manière générale, les chaînes d'approvisionnement comme étant les plus touchés. Toutefois, « il est trop tôt pour mesurer l'impact » de l'épidémie sur l'économie européenne, a-t-il répété.
Lundi, l'OCDE a fortement revu à la baisse ses prévisions économiques pour 2020. Après 1,2% du PIB en 2019, la croissance au sein de la zone euro ralentirait à 0,8%. L'Allemagne (0,3%) serait au bord de la stagnation, l'Italie au bord de la récession (0,0%), tandis que l'économie française s'essoufflerait (0,9%).
M. Gentiloni a rappelé que les règles budgétaires européennes prévoient déjà la possibilité de prendre en compte des situations extraordinaires pour autoriser un État membre à dévier de sa trajectoire budgétaire agréée au niveau européen. Pour l'instant, aucun État membre n'a présenté une demande officielle à la Commission européenne.
Les mesures que les autorités italiennes ont d'ores et déjà annoncées sont prises en considération « dans un esprit de solidarité et de compréhension de la situation », a toutefois promis M. Gentiloni, prônant une réponse européenne concertée et au moment opportun.
Avec leurs homologues des pays hors zone euro, les ministres des Finances des pays de la zone euro s'entretiendront mercredi 4 mars en visioconférence pour faire le point de la situation, ainsi que les ministres des Finances des pays du G7. D'après M. Gentiloni, seront abordées à l'Eurogroupe les questions de liquidité du système financier et des risques sur l'emploi.
L’Afrique capable de faire face, selon Mme von der Leyen
L’Union européenne, qui a déjà mobilisé 230 millions d’euros pour soutenir la lutte mondiale contre le virus, envisage de fournir davantage d'aide pour répondre à « ce défi mondial », a indiqué le commissaire à la Gestion des crises, Janez Lenarčič. C’est une question de solidarité.
L’Afrique, dont de nombreux systèmes de santé sont vulnérables, a jusqu’ici été relativement épargnée, avec 4 cas confirmés selon le bilan de lundi après midi (2 en Égypte, 1 au Nigeria et 1 en Algérie).
À un journaliste qui lui demandait si le sujet avait été débattu à Addis-Abeba lors de la rencontre entre la Commission européenne et l’Union africaine (EUROPE 12435/2), il y a une semaine, Mme von der Leyen a indiqué avoir informé le président de la commission de l’UA, Moussa Faki, de la situation en Europe.
À ce moment-là, « il n’y avait qu’un seul cas [d’infection] en Égypte », a indiqué Mme von der Leyen, confiante dans les capacités de l’Union africaine à faire face. Et d'ajouter : « L’Union africaine est tout à fait capable d’établir son propre mécanisme (de réponse au Covid-19), mais nous sommes tout à fait prêts à partager nos expériences ». (Sophie Petitjean, Aminata Niang, Mathieu Bion et Agathe Cherki)