La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen, Charles Michel, le Premier ministre croate, Andrej Plenković, et le président du Parlement européen, David Sassoli, se rendront, mardi 3 mars, à la frontière entre la Grèce et la Turquie, ont annoncé le 2 mars le Premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, et la Commission européenne.
Un Conseil extraordinaire des ministres de l’Intérieur de l’UE se tiendra ensuite mercredi 4 mars, ont également confirmé la Présidence croate du Conseil de l’UE et le vice-président à la Promotion du mode de vie européen, Margaritis Schinas. L'UE ne permettra jamais qu'on lui fasse « du chantage », a averti ce dernier sur Twitter. Une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères est aussi prévue pour vendredi 6 mars, à Zagreb.
Mme von der Leyen, M. Michel, M. Plenković et M. Sassoli se rendront à la frontière terrestre entre la Grèce et la Turquie où plus de 13 000 migrants et réfugiés sont arrivés au cours du week-end, en dépit des assurances fournies par les autorités turques sur le maintien des engagements pris au titre de la Déclaration UE/Turquie en 2016 (EUROPE 12436/12).
Dimanche, les autorités grecques ont indiqué que, compte tenu de la situation migratoire à ses frontières avec la Turquie, les dépôts de demandes d’asile en Grèce seraient suspendus pendant un mois. La Grèce a également demandé une activation de l’article 78.3 du Traité permettant de mettre en œuvre des mesures exceptionnelles dans l’UE lorsqu’un État membre se trouve confronté à une pression migratoire soudaine.
En 2015, la Commission 'Juncker' avait invoqué cet article du traité pour mettre en place un instrument de relocalisation obligatoire au profit de la Grèce et de l’Italie.
Interrogée lundi 2 mars, la Commission a refusé, à ce stade, de considérer que la Turquie violait l’accord de mars 2016. Elle s’est contentée de dire que des contacts à haut niveau étaient en cours avec les autorités turques pour les convaincre de continuer d’appliquer les termes de l'accord.
« Nous attendons que la Turquie respecte ses engagements » et qu'elle « revienne à l’application de l’accord telle qu’elle existait avant la fin de la semaine dernière », a dit Peter Stano, le porte-parole du Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell.
La Commission n'a pas souhaité, lundi, s'avancer sur les mesures possibles sur la base de cet article 78.3 qui lui donne la responsabilité d’établir des dispositions de crise. C’est seulement après avoir écouté les demandes du Premier ministre grec que sera formulée cette aide. Mais, selon une source, la réponse devrait essentiellement porter sur la « protection de la frontière extérieure » de l'UE en Grèce.
Au cours du week-end, plusieurs dirigeants européens, dont le président français, Emmanuel Macron, ont proposé à Athènes une telle aide pour gérer les frontières extérieures de l'UE.
Lundi, le Corps européen de garde-côtes et garde-frontières européens (Frontex) a annoncé l’envoi de renforts en Mer Égée avec une « force d’intervention rapide ». Déjà présente dans cette zone en soutien des garde-côtes grecs, Frontex pourrait aussi venir en renfort à la frontière terrestre dans la zone d’Évros, où sa présence s’est réduite ces dernières années.
Suspendre les dépôts de demandes d'asile enfreint la Convention de Genève, selon l'UNHCR
La Commission n’a pas voulu se prononcer sur la légalité de l’annonce du gouvernement grec de suspendre, pendant un mois, les dépôts de dossiers d’asile. Ses juristes se penchent sur le sujet. L'institution européenne n’a pas non plus commenté les images de réseaux sociaux montrant les garde-côtes grecs repousser des bateaux de migrants.
Pour le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), cette suspension n’est pas permise par la Convention de Genève de 1951. Se disant prête à aider la Grèce à la frontière avec la Turquie, l’agence onusienne explique que « ni la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés ni le droit européen des réfugiés ne fournissent de base juridique pour la suspension de la réception des demandes d'asile ».
De son côté, la commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović, a exhorté les Européens à « agir immédiatement » et à « répondre aux besoins humanitaires et de protection des personnes prises au piège entre la Turquie et la Grèce ».
La situation des droits de l'homme à la frontière entre la Turquie et la Grèce, « où des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants vulnérables sont coincés entre les frontières sans accès à l'aide ni possibilité de demander une protection internationale, constitue une crise humanitaire sans précédent », souligne le UNHCR, qui réclame une action urgente pour une aggravation de la situation et demande aux autorités sur place de s’abstenir de recourir à une force « excessive ». (Solenn Paulic avec Camille-Cerise Gessant)