La croissance du PIB se poursuivra à un rythme modéré à hauteur de 1,2% au sein de la zone euro et à hauteur de 1,4% au niveau de l'Union européenne à vingt-sept États membres, tant en 2020 qu'en 2021, selon les prévisions économiques d'hiver qu'a présentées jeudi 13 février la Commission européenne.
L'économie européenne fait preuve de « résilience » vis-à-vis de facteurs externes, tels que les tensions commerciales internationales et l'épidémie de nouveau coronavirus, et la croissance modérée continuera d'être stimulée par la « consommation » interne, a indiqué le commissaire à l'Économie, Paolo Gentiloni, pour qui la situation économique n'a « en gros, pas évolué » depuis l'automne dernier.
Par rapport à novembre 2019 (EUROPE 12365/2), l'institution européenne a revu très légèrement à la hausse ses prévisions de croissance pour 2019, de 1,1% à 1,2% du PIB pour la zone euro et de 1,4% à 1,5% du PIB pour l'UE.
Coronavirus. La Commission reste néanmoins d'avis que les risques baissiers l'emportent. Certes, les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine et entre le Royaume-Uni et l'UE semblent s'apaiser à court terme, mais l'épidémie de coronavirus (Covid-19), à l'ordre du jour d'un Conseil 'Santé' ce jeudi (EUROPE 12425/1), ajoute une nouvelle incertitude que l'institution européenne n'est pas en mesure, à ce stade, de quantifier en termes d'impact négatif sur l'économie.
« Plus l'épidémie durera, plus son impact négatif sur l'économie sera élevé », a toutefois considéré M. Gentiloni. Il a estimé difficile de comparer l'impact de l'épidémie de SRAS de 2003 dans la mesure où le poids de l'économie chinoise dans l'économie mondiale est passé, sur la période, de « 4,5% à 17,7% » et les Chinois représentent « 18% » du total des dépenses de voyage, a noté le commissaire.
Jeudi, le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a quantifié l'impact du coronavirus à une baisse de PIB pour cette année de 0,2% au niveau mondial et de 0,1% en France.
Les situations économiques demeurent très différentes d'un pays à l'autre. En 2020, la croissance devrait être la plus forte à Malte (4,0% en 2020, 4,5% en 2019), en Roumanie (3,8% en 2020, 3,9% en 2019), en Irlande (3,6% en 2020, 5,7% en 2019). Elle sera soutenue en Espagne (1,6% en 2020, 2,0% en 2019), modérée en Allemagne (1,1% en 2020, 0,6% en 2019) et en France (1,1% en 2020, 1,2% en 2019) et atone en Italie (0,3% en 2020, 0,2% en 2019). Quant au Royaume-Uni, la croissance devrait être similaire à celle de la zone euro (1,2% en 2020, 1,3% en 2019).
M. Gentiloni a constaté que « les grèves » en France liées à la réforme des retraites et le mouvement protestataire des 'gilets jaunes' avaient un large impact sur la croissance. Il s'est réjoui que la production de richesses perdure en Espagne à un niveau toujours élevé, alors que les autorités espagnoles doivent encore soumettre un projet de budget révisé pour 2020. Il a invité l'Italie, comme tous les États membres, à stimuler l'investissement productif. Quant à la Belgique, où la croissance reste modérée (1,2% en 2020, 1,4% en 2019), il a souhaité qu'un gouvernement fédéral disposant des pleins pouvoirs soit en place le plus tôt possible pour discuter de l'avenir.
Grèce. De retour d'Athènes, le commissaire a loué la santé retrouvée de l'économie grecque, qui devrait croître de façon soutenue (2,4% en 2020, 2,2% en 2019), même si le gouvernement doit encore résoudre de « sérieux problèmes » dans les années à venir.
Alors que les taux d'intérêt sur les titres grecs à 10 ans sont passés à un niveau historiquement faible inférieur à 1%, M. Gentiloni a estimé qu'en « juin », la Grèce devrait être autorisée par l'Eurogroupe à réutiliser, pour stimuler l'investissement et pas le service de la dette, près de 650 millions d'euros de profits qu'avaient réalisés lors de la crise de la dette souveraine les banques centrales au titre des opérations SMP/ANFA de la BCE (EUROPE 12400/15).
Le commissaire s'était déjà prononcé pour un assouplissement de l'excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) fixé à 3,5% du PIB jusqu'en 2022 pour la Grèce lors de la sortie de son 3e plan de sauvetage.
À noter enfin que la Commission prévoit que l'inflation s'élève à 1,3% en 2020 et 1,4% en 2021 dans la zone euro, ainsi qu'à 1,7% et 2,0% en 2020 dans l'UE.
Voir les prévisions économiques d'hiver de la Commission: http://bit.ly/2w7kT62 (Mathieu Bion)