Nouveau scandale oblige, les députés européens réunis à Strasbourg ont débattu, mercredi 12 février dans la soirée, de l'efficacité de la lutte contre le blanchiment d'argent en Europe. Ils ont cette fois-ci tiré les leçons du scandale des Luanda Leaks, qui montre comment la fille de l'ancien président angolais, José Eduardo dos Santos, a exploité sa position privilégiée pour détourner et blanchir des milliards de dollars, ainsi que de ses implications dans plusieurs États membres, notamment au Portugal.
« On parle d’un pays où un tiers de la population a moins de 2 dollars par jour et il y a des centaines de millions, des milliards, qui ont été retirés du pays. Des Européens, des consultants européens, des juristes, des avocats ont permis ceci, même des fonctionnaires faisaient partie de ce système », a déploré le député finlandais Eero Heinäluoma (S&D), ajoutant : « il faut être plus strict ! »
Et ils ont été nombreux à plaider en ce sens, à l’instar de Beata Kempa (CRE, polonaise), qui a estimé que seuls des « textes très stricts avec des sanctions particulièrement sévères pourront bloquer les groupes criminels ».
« L'Union européenne devrait avoir une tolérance zéro pour l'argent sale », a reconnu la commissaire européenne à l'Inclusion et l'Égalité, Helena Dalli, qui représentait la Commission lors du débat.
La Commission va adopter un nouveau plan d’action en matière de lutte contre le blanchiment d’argent (voir autre nouvelle), qui vise à améliorer l’application des règles. Dans ce contexte, elle n’hésitera pas à proposer des modifications de l'architecture législative et institutionnelle, a-t-elle précisé.
« Un organe de surveillance de l'UE pour la lutte contre le blanchiment d'argent est essentiel, mais la création d'une structure ne doit pas être notre objectif en soi. L'organe, qu'il s'agisse d'un nouvel organe ou d'un organe existant, doit avoir un champ d'action clairement défini, des pouvoirs et, ce qui est très important, une gouvernance efficace », a-t-elle ajouté.
Néanmoins, le vrai problème n’est pas le manque de règles, a rappelé Mme Dalli, mais « la mise en œuvre des règles qui se fait au niveau national ». Mercredi, la Commission européenne a d’ailleurs ouvert des procédures d’infraction à l’encontre du Portugal, de Chypre, des Pays-Bas, de la Hongrie, de la Roumanie, de la Slovaquie, de la Slovénie et de l'Espagne pour n’avoir notifié aucune mesure nationale de transposition de la 5e directive ‘anti-blanchiment d’argent’ (EUROPE 12424/26), alors que la date limite était fixée au 10 janvier.
Pour le député allemand Markus Ferber (PPE), la situation est d’autant plus alarmante que seuls 5 pays auraient intégralement transposé la directive et une quinzaine – dont la Croatie, qui exerce actuellement la Présidence tournante du Conseil de l’UE – ne l’auraient que partiellement transposée. (Marion Fontana)