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Bulletin Quotidien Europe N° 12275
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The B-word : la newsletter d’Agence Europe sur le Brexit / The b-word

Retour à la case départ ?

Les bonnes choses ont une fin. La pause du Brexit est terminée et un changement imminent à la tête de l’exécutif britannique pourrait ramener l’UE à la case départ.

Ce qui est clair à Bruxelles, c’est que l’accord de retrait lui-même ne sera pas renégocié. Ce qui l’est moins, c’est comment l’UE envisage d’apaiser les craintes du Royaume-Uni liées au filet de sécurité controversé envisagé pour la frontière irlandaise.

Un nouvel addendum au traité peut-il rassurer les partisans du Brexit quant au fait que ces mesures sont temporaires et qu’elles seront supprimées ? Ou l’UE va-t-elle essayer de convaincre les parlementaires britanniques sceptiques en leur offrant un accord commercial post-Brexit plus attractif dans le cadre de la déclaration politique actuelle ? Ou bien pourrait-elle persuader un nouveau Premier ministre britannique d’assouplir le filet de sécurité pour en revenir à ses éléments propres à l’Irlande du Nord, comme prévu initialement ?

Sa position dépendra essentiellement de la véracité des propos anti-filet de sécurité et favorables au « no deal » défendus par les candidats à la tête des conservateurs, notamment l’ancien ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson. Dans un célèbre article d’opinion de 2016 paru dans le journal « The Guardian », le correspondant de « Libération » à Bruxelles, Jean Quatremer, a qualifié M. Johnson de « clown politique » et a souligné son habitude d’inventer des histoires alors qu’il travaillait comme correspondant pour le journal « Daily Telegraph ». Son indécision entre le camp du maintien et celui du retrait avant le référendum de 2016 laisse les citoyens perplexes quant à ses promesses.

Quelles que soient ses intentions, M. Johnson a déclaré, la semaine dernière, qu’il sortirait le Royaume-Uni de l’UE avant le 31 octobre, avec ou sans accord. Il a également menacé de ne pas verser les 39 milliards de livres du solde budgétaire de sortie si l’UE ne rouvre pas le traité de retrait. Par ailleurs, depuis cette semaine, il est le grand favori de la course à la tête du parti conservateur, qui devrait se conclure mi-juillet.

Jeudi, les députés conservateurs ont tenu leur premier scrutin secret afin d’élire le nouveau dirigeant du parti, et M. Johnson a remporté plus de votes que ses trois concurrents les plus sérieux – le ministre des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, le ministre de l’Environnement, Michael Gove, et l’ancien ministre en charge du Brexit, Dominic Raab – combinés. Six candidats restent encore en lice par rapport aux dix qui s’étaient officiellement présentés. La semaine prochaine, les députés réduiront la liste à deux noms et M. Johnson devrait être l’un d’eux.

« L’écart creusé par M. Johnson laisse entendre que sa campagne discrète est efficace », a déclaré Mujtaba Rahman d’Eurasia Group dans une note. « Ses rivaux ont désespérément besoin qu’il commette une erreur ». Et d’ajouter, « une victoire de Johnson augmenterait la probabilité d’une sortie sans accord ».

Entretemps, le chancelier britannique, Philip Hammond, qui était à Luxembourg aujourd’hui pour une réunion des ministres des Finances de l’UE, a avancé qu’il « ne recommanderait pas » au nouveau Premier ministre de revenir sur la parole donnée relative aux engagements financiers du pays et a précisé qu’il « ne pourrait pas servir dans un gouvernement qui a, comme politique, de quitter l’Union européenne sans accord ».

La position de l’UE (du moins en public) reste inchangée : aucune renégociation du traité lui-même. Mais des responsables de l’UE se sont montrés plus évasifs sur ce qu’ils pourraient faire de plus pour rendre l’accord plus acceptable. Quels que soient les événements à venir, ils se préparent au pire et, cette semaine, ils ont envoyé un (autre) message acerbe au Royaume-Uni à ce sujet. Selon un document d’évaluation de la Commission (son cinquième), les préparatifs sont bien engagés dans tous les États membres et aucune nouvelle législation ne sera nécessaire avant le jour du Brexit (EUROPE 12273/21).

Toutefois, la communication stipule également que les gouvernements de l’UE doivent faire preuve de vigilance en ce qui concerne les droits des citoyens, les médicaments, les douanes, le transport, la pêche et les services financiers. Des compagnies d’assurances et des prestataires de services de paiement ont également été prévenus que des « questions résiduelles persistent » et qu’ils devraient finaliser tous leurs plans d’urgence avant le jour du Brexit, fixé au 31 octobre 2019.

Les dirigeants de l’UE espèrent ne pas devoir discuter du Brexit lors du sommet de l’UE de la semaine prochaine, ce dossier ne figurant d'ailleurs pas à l’ordre du jour. Mais ils pourraient le revoir si Boris Johnson réitère ses excellents résultats lors du second vote organisé la semaine prochaine. (Version originale anglaise par Sarah Collins)

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