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Bulletin Quotidien Europe N° 12275
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INSTITUTIONNEL / DÉmocratie

Malgré les manipulations russes en hausse, l'UE résiste aux campagnes de désinformation

Trois semaines après les élections européennes, l'heure est au bilan. « Notre analyse générale montre que le big bang n'a pas eu lieu : il n'y a pas eu un autre Cambridge Analytica », s'est félicitée la commissaire à la Justice, Vera Jourova, au moment de présenter son évaluation de la situation, vendredi 14 juin.

Cette évaluation prend la forme d'un rapport de mise en oeuvre concernant le plan d'action contre la désinformation (EUROPE 12153/8) et d'une dernière évaluation mensuelle du code de bonnes pratiques (EUROPE 12104/1). Elle s'appuie également sur les derniers chiffres récoltés par le groupe de travail du service d'action extérieure East Stratcom, soit un ensemble d'initiatives prises pour protéger l'Union européenne après les expériences malencontreuses rencontrées par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France lors de leurs scrutins nationaux. 

Méfiance vis-à-vis de la Russie

Le rapport de mise en oeuvre indique qu'à ce jour, les preuves disponibles n’ont pas permis d’identifier une campagne spécifique de désinformation transfrontalière provenant de sources externes et visant spécifiquement les élections européennes. « Cependant, les éléments de preuve réunis ont révélé une activité de désinformation continue et soutenue de sources russes visant à réduire le taux de participation et à influencer les préférences des électeurs », poursuit-il, soutenant que les campagnes de désinformation d'origine russe ont doublé ces 5 derniers mois, passant de 434 en 2018 à 998 en 2019 pour la même période.

Code de désinformation

En salle de presse, les commissaires Vera Jourova (Justice) et Julian King (Sécurité) se sont tous deux félicités des contre-mesures prises par l'UE, parmi lesquelles un réseau de coopération (qui a jusqu'ici tenu 4 réunions), un mécanisme d'alerte rapide (qui n'a jamais été activé à proprement parler), ou encore du code de bonnes pratiques qui pousse les plates-formes en ligne à agir volontairement sous peine d'être soumises à régulation d'ici la fin de l'année (et qui vient d'être signé par Microsoft le 22 mai). 

Selon les chiffres fournis par les plates-formes, des milliers de comptes auraient été fermés au cours de ces derniers mois pour protéger, comme prévu par le code, l'intégrité des services. Facebook parle de 2,2 milliards de faux comptes au premier trimestre 2019, Twitter de 77 millions de spams ou de faux comptes et YouTube (Google) de 3,39 millions de chaînes. Toutefois, note la Commission dans son évaluation, « il faut que les plates-formes expliquent mieux comment la suppression de logiciels robots et de faux comptes a permis de limiter la diffusion de la désinformation dans l'Union ». 

La Commission note également des progrès en ce qui concerne les actions prises pour mieux contrôler les placements de publicité afin de limiter les pratiques malveillantes (pièges à clics) et réduire les recettes publicitaires de ceux qui diffusent de la désinformation. En ce qui concerne la publicité politique en particulier, la Commission se félicite de la mise en place de librairies sur la plupart des plates-formes, mais regrette le peu de progrès sur la publicité engagée chez Google et Twitter. Et pour ce qui concerne la publicité engagée, elle distingue d'un côté les bons élèves (Facebook) et les mauvais (Google et Twitter). 

Autre source de déception : la collaboration des plates-formes avec les experts et les chercheurs pour leur donner accès aux données laisse à désirer. « C'est particulièrement vrai pour Facebook », a souligné Julian King. 

Suite des opérations

Ces observations préliminaires, qui seront confirmées dans un rapport plus étoffé en octobre, seront soumises aux chefs d'État ou de gouvernement lors de leur réunion à Bruxelles les 20 et 21 juin.

En septembre, avant son départ, la Commission évaluera également l'application du code de bonnes pratiques, avant de soumettre son avis au prochain collège sur la nécessité ou non de légiférer. La commissaire Jourova a laissé entendre que « si » l'UE devait en arriver là, la question des algorithmes serait au premier plan. Lire le rapport lié au plan d'action: https://bit.ly/2WK7Js9  et le rapport lié au code : https://bit.ly/2IhcWz1   (Sophie Petitjean)

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