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Bulletin Quotidien Europe N° 12238
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Avenir de l'ue

L’Union européenne doit répondre aux inquiétudes de ses citoyens, estime Krišjānis Kariņš

L'Union européenne doit répondre aux inquiétudes de ses citoyens, qui se sentent menacés sur les plans économique, sociétal et sécuritaire, a estimé le Premier ministre letton, Krišjānis Kariņš, qui a souvent cité le péril russe, mercredi 17 avril à Strasbourg lors d'un débat sur l’avenir de l’UE au Parlement européen. 

Pour M. Kariņš, les crises successives bancaires, des dettes publiques, et migratoires ont provoqué la « perte de la foi » dans le projet européen chez les citoyens, qui se tournent de manière « compréhensible » vers les populistes. « Il ne sert à rien de combattre les populistes. » Mieux vaut, selon lui, s’attaquer aux causes de leur inquiétude : l’emploi, le « mode de vie » à l’Européenne face à l’afflux de migrants, les enjeux environnementaux, et enfin, la sûreté et la sécurité. 

Concernant l’emploi, il faut, a estimé M. Kariņš, supprimer les obstacles au sein du marché intérieur, notamment dans la « sphère numérique comme dans la sphère des services ». Il convient aussi de protéger le marché intérieur face à la concurrence déloyale de pays tiers comme la Chine et au comportement erratique des États-Unis. Pour le Premier ministre letton, contrairement à la conception franco-allemande (EUROPE 12220/3), il n’est nullement nécessaire de créer « artificiellement » des champions industriels européens, car ceux-ci peuvent émerger via le jeu de la libre concurrence. 

Une réponse libérale serait aussi la plus appropriée pour relever les enjeux environnementaux, selon l'ancien eurodéputé du groupe PPE. Comment ? Ouvrir complètement le marché à la concurrence permettrait de faire varier le « signal prix » beaucoup plus fortement entre les heures creuses et les heures de pointe, forçant les citoyens à adapter leur comportement. 

« Le système bancaire le plus sain et le plus résilient d’Europe »

Deux points ont été particulièrement saillants durant l'intervention de M. Kariņš : la lutte contre le blanchiment d’argent et la lutte contre la désinformation, enjeu d’importance à quelques semaines des élections européennes. 

Corapporteur sur plusieurs dossiers législatifs financiers (EUROPE 11905/22), le Letton a estimé que l’enjeu actuel de l’Union bancaire vise surtout la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. 

La Russie est grande pourvoyeuse de fonds illégaux, a-t-il affirmé. Les fonds criminels circuleraient d’un pays de l'UE à un autre grâce à l'optimisation des failles du système bancaire européen. M. Kariņš a d'ailleurs reconnu que son pays présentait des défaillances qu’il compte affronter rapidement. 

« Je nettoie ma maison, nous allons avoir le système bancaire le plus propre et le plus résilient d'Europe », a-t-il promis, en référence au scandale de blanchiment impliquant la branche lettone de la banque danoise Danske Bank (voir autre nouvelle). Pour le Premier ministre, il faut que tous les États membres « 'dératisent' chez eux », appelant à la mise en place d'une supervision européenne centralisée en matière de lutte contre le blanchiment d'argent. 

La révision de l'architecture financière européenne a octroyé un rôle de chef de file à l'Autorité bancaire européenne dans cette lutte, sans pour autant ouvrir la voie à une entité européenne aux compétences spécifiques (EUROPE 12219/6). 

Sur la lutte contre la désinformation, le Premier ministre letton a pointé du doigt la Russie, qui serait l’une des premières sources de désinformation actives dans l’UE dans le cadre d'une stratégie visant à « rendre plus faibles ses ennemis ». À ses yeux, il faut faire prendre leurs responsabilités aux réseaux sociaux. « C'est une pente glissante, je l'admets, parce que c'est une ligne fine entre la recherche de la responsabilité et l'introduction de la censure », a-t-il reconnu. 

Quant à la question migratoire, M. Kariņš n’a pas de « réponse simple ». Pour lui, la pression migratoire sera appelée à se renforcer avec l'émergence des autocraties aux portes de l'UE. La seule réponse viable est l’intégration des primoarrivants et la réduction des flux en agissant en amont, à l’extérieur des frontières européennes, avec l’aide de l'Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (ex Frontex). 

Lors du débat, certains députés ont cherché à mettre le Premier ministre face à ses contradictions. La Lettonie est peu encline à l'accueil de migrants, a rappelé le coprésident du groupe Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts. Le président du groupe S&D, l'Allemand Udo Bullmann, a interpellé M. Kariņš sur la position de la famille chrétienne-démocrate sur les agissements de son homologue hongrois, Viktor Orbán. Autant d’interrogations qui sont restées sans réponse. (Pascal Hansens)

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