L'Union européenne doit répondre aux inquiétudes de ses citoyens, qui se sentent menacés sur les plans économique, sociétal et sécuritaire, a estimé le Premier ministre letton, Krišjānis Kariņš, qui a souvent cité le péril russe, mercredi 17 avril à Strasbourg lors d'un débat sur l’avenir de l’UE au Parlement européen.
Pour M. Kariņš, les crises successives bancaires, des dettes publiques, et migratoires ont provoqué la « perte de la foi » dans le projet européen chez les citoyens, qui se tournent de manière « compréhensible » vers les populistes. « Il ne sert à rien de combattre les populistes. » Mieux vaut, selon lui, s’attaquer aux causes de leur inquiétude : l’emploi, le « mode de vie » à l’Européenne face à l’afflux de migrants, les enjeux environnementaux, et enfin, la sûreté et la sécurité.
Concernant l’emploi, il faut, a estimé M. Kariņš, supprimer les obstacles au sein du marché intérieur, notamment dans la « sphère numérique comme dans la sphère des services ». Il convient aussi de protéger le marché intérieur face à la concurrence déloyale de pays tiers comme la Chine et au comportement erratique des États-Unis. Pour le Premier ministre letton, contrairement à la conception franco-allemande (EUROPE 12220/3), il n’est nullement nécessaire de créer « artificiellement » des champions industriels européens, car ceux-ci peuvent émerger via le jeu de la libre concurrence.
Une réponse libérale serait aussi la plus appropriée pour relever les enjeux environnementaux, selon l'ancien eurodéputé du groupe PPE. Comment ? Ouvrir complètement le marché à la concurrence permettrait de faire varier le « signal prix » beaucoup plus fortement entre les heures creuses et les heures de pointe, forçant les citoyens à adapter leur comportement.
« Le système bancaire le plus sain et le plus résilient d’Europe »
Deux points ont été particulièrement saillants durant l'intervention de M. Kariņš : la lutte contre le blanchiment d’argent et la lutte contre la désinformation, enjeu d’importance à quelques semaines des élections européennes.
Corapporteur sur plusieurs dossiers législatifs financiers (EUROPE 11905/22), le Letton a estimé que l’enjeu actuel de l’Union bancaire vise surtout la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme.
La Russie est grande pourvoyeuse de fonds illégaux, a-t-il affirmé. Les fonds criminels circuleraient d’un pays de l'UE à un autre grâce à l'optimisation des failles du système bancaire européen. M. Kariņš a d'ailleurs reconnu que son pays présentait des défaillances qu’il compte affronter rapidement.
« Je nettoie ma maison, nous allons avoir le système bancaire le plus propre et le plus résilient d'Europe », a-t-il promis, en référence au scandale de blanchiment impliquant la branche lettone de la banque danoise Danske Bank (voir autre nouvelle). Pour le Premier ministre, il faut que tous les États membres « 'dératisent' chez eux », appelant à la mise en place d'une supervision européenne centralisée en matière de lutte contre le blanchiment d'argent.
La révision de l'architecture financière européenne a octroyé un rôle de chef de file à l'Autorité bancaire européenne dans cette lutte, sans pour autant ouvrir la voie à une entité européenne aux compétences spécifiques (EUROPE 12219/6).
Sur la lutte contre la désinformation, le Premier ministre letton a pointé du doigt la Russie, qui serait l’une des premières sources de désinformation actives dans l’UE dans le cadre d'une stratégie visant à « rendre plus faibles ses ennemis ». À ses yeux, il faut faire prendre leurs responsabilités aux réseaux sociaux. « C'est une pente glissante, je l'admets, parce que c'est une ligne fine entre la recherche de la responsabilité et l'introduction de la censure », a-t-il reconnu.
Quant à la question migratoire, M. Kariņš n’a pas de « réponse simple ». Pour lui, la pression migratoire sera appelée à se renforcer avec l'émergence des autocraties aux portes de l'UE. La seule réponse viable est l’intégration des primoarrivants et la réduction des flux en agissant en amont, à l’extérieur des frontières européennes, avec l’aide de l'Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (ex Frontex).
Lors du débat, certains députés ont cherché à mettre le Premier ministre face à ses contradictions. La Lettonie est peu encline à l'accueil de migrants, a rappelé le coprésident du groupe Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts. Le président du groupe S&D, l'Allemand Udo Bullmann, a interpellé M. Kariņš sur la position de la famille chrétienne-démocrate sur les agissements de son homologue hongrois, Viktor Orbán. Autant d’interrogations qui sont restées sans réponse. (Pascal Hansens)