La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini a mis l’accent, mercredi 17 avril, lors d’une intervention en commission des affaires étrangères du PE, sur la coopération avec le Parlement et sur de grands principes, évitant de faire un vrai bilan de son mandat, qui arrivera à terme fin octobre 2019.
Pendant près de deux heures, Mme Mogherini a eu des échanges, dans une bonne ambiance, sur la politique étrangère et de sécurité. Et si elle ne voulait pas que la réunion soit « une session de remerciements réciproques », c’est pourtant l’impression qui en ressort.
Pour Ana Gomes (S&D, portugaise), Mme Mogherini a fait « l’impossible ». « Il y a de grands défis encore devant nous, mais ce que vous avez obtenu relevait déjà de l’impossible », a-t-elle estimé alors que Patricia Lalonde (ADLE, française) s’est dite « grande admiratrice » du travail de la Haute Représentante et que Victor Boștinaru (S&D, roumain) a espéré que le prochain Haut Représentant pourrait faire « autant » que Mme Mogherini, tout en ayant du mal à penser que ce sera possible.
Tous les députés ont salué la bonne coopération entre le Parlement européen et la Haute Représentante. Un point sur lequel cette dernière a aussi insisté, estimant avoir rempli ses objectifs de 2014 dans ce domaine : l’appropriation par tous du travail ou encore la nécessité de travailler ensemble, avec la coordination des actions. Elle a espéré que le partenariat pourra se poursuivre et se renforcer.
Rappelant aussi que 2 100 rapports du SEAE avaient été partagés avec le PE depuis juillet 2016, Mme Mogherini a annoncé que le Conseil avait accepté de reprendre les négociations en vue de permettre au Parlement d’avoir accès aux documents classés confidentiels. Elle a aussi espéré que le PE sera plus informé sur chaque étape des négociations pour des accords internationaux.
De grandes généralités
La Haute Représentante a ensuite détaillé plusieurs grands axes, des « idées de succès, des leçons apprises » ces dernières années. Elle a mis en avant le travail sur l’Europe de la défense et l’autonomie stratégique.
Mme Mogherini a également détaillé le soutien au multilatéralisme, avec la coopération avec l’ONU et le soutien aux agences onusiennes, mais aussi la volonté de réunir des acteurs différents et d’obtenir un consensus, par exemple sur la Syrie, le Proche-Orient, la Libye ou l’Afghanistan.
La Haute Représentante a d’ailleurs insisté sur les partenariats, notamment le nouveau partenariat avec l’Afrique. Mais elle a reconnu que la coopération était difficile, dans un monde dans lequel les grandes puissances misent de plus en plus sur les sphères d’influence.
Enfin, Mme Mogherini a souligné le travail de l’UE sur la prévention des conflits et la gestion de leurs effets à long terme et de leurs causes, comme en Colombie ou en Afghanistan. Elle a aussi mis en avant l’investissement de l’UE en Ukraine, appelant à ne pas oublier le pays. « La crise n’est pas terminée. Il est nécessaire de garder l’attention sur ce qu’il se passe et de garder l’Ukraine en haut de notre agenda, et de l’agenda international », a dit la Haute Représentante, s’étonnant que le sujet ait été bien vite déclassé.
Pas d’autocritique
Il aura fallu la toute dernière intervention de Mme Mogherini pour avoir une reconnaissance d’un bilan compliqué. « Il y a de nombreux dossiers, des crises où nous n’avons rien obtenu, où notre impact est beaucoup moins important que ce que l’on aurait voulu », a-t-elle estimé, soulignant que le monde n’allait pas dans la bonne direction. Mais au-delà d’un échec de l’UE, elle a rappelé que ni l’ONU ni les grandes puissances n’avaient réussi.
Selon elle, si ce n’est pas l’unité qui manque entre les États membres, c’est la cohérence (consistency) de leur part. « Le vrai défi, c’est la cohérence », que les choses décidées la veille soient réellement appliquées le lendemain, a-t-elle conclu. (Camille-Cerise Gessant)