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Bulletin Quotidien Europe N° 12238
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INSTITUTIONNEL / Lobbying

ExxonMobil conserve ses titres d’accès au Parlement européen

Les questeurs du Parlement européen ont décidé à l’unanimité, mardi 16 avril à Strasbourg, de ne pas retirer les badges d’accès au PE d’ExxonMobil

Ils s’opposent ainsi à la demande formulée, jeudi 21 mars, par le groupe Verts/ALE (EUROPE 12220/16), après que le géant pétrolier américain a refusé de participer à une audition publique sur le déni du changement climatique organisée par les commissions des pétitions (PETI) et de l'environnement (ENVI) du Parlement. 

D'après les questeurs, le règlement intérieur du Parlement prévoit certes la possibilité de retirer à une personne son titre d’accès au PE lorsqu’elle « a refusé de donner suite à une convocation officielle à une audition » (article 116 bis). Mais cette disposition ne peut être appliquée dans le présent, car aucune « convocation officielle » à cet événement n’avait été adressée à ExxonMobil

Selon nos informations, l’entreprise américaine a reçu par email une invitation de la commission ENVI à participer à l’audition à laquelle était attaché le programme provisoire de l’audition – qui prévoyait notamment une intervention d’un membre d’ExxonMobil. Néanmoins, aucune lettre officielle ne lui a également été envoyée. 

Contactée par EUROPE, l’entreprise a salué la décision des questeurs du PE, tout en rappelant qu’elle n’avait pas pu participer à l’audition du 21 mars « en raison d’un litige climatique en cours aux États-Unis ». Elle en avait averti les commissions ENVI et PETI dans une lettre adressée, la veille de l’audition, à leurs présidentes, respectivement Adina-Ioana Vălean (PPE, roumaine) et Cecilia Wikström (ADLE, suédoise).

Les ONG et le groupe Verts/ALE avaient jugé insuffisante une telle justification, dans leurs lettres envoyées respectivement à la conférence des présidents du PE (EUROPE 12234/4) et au président du Parlement, Antonio Tajani. 

Réagissant à la décision des questeurs, Molly Scott Cato (Verts/ALE, britannique) s’est dite « profondément déçue qu’ExxonMobil continue d’avoir le droit de hanter les couloirs du Parlement, répandant sa désinformation sur le changement climatique et bloquant les mesures que nous devons prendre pour protéger la planète pour les générations futures ». Elle a également souligné la nécessité pour le Parlement de « faire preuve de sérieux lorsqu’il organise des auditions publiques sur des questions importantes », en insistant sur le besoin d’envoyer « une invitation officielle juridiquement étanche ». 

« Les députés européens ont raté une occasion en or de montrer qu’ils sont du côté des citoyens et non des pollueurs », a de son côté déploré Frida Kieninger, membre de l’ONG Food & Water Europe.

Enfin, pour Geoffrey Supran, chercheur à l’Université de Harvard et coauteur d’un rapport évaluant les communications d’ExxonMobil sur le changement climatique, même si les conclusions des questeurs sont décevantes, l’audition du 21 mars a créé un précédent crucial. 

« C’était la première fois, partout dans le monde, que les législateurs se réunissaient expressément pour entendre des témoignages d’experts sur l’histoire et les conséquences du déni du changement climatique par l’industrie des combustibles fossiles », a-t-il noté. Et de conclure : « Comme pour l’histoire du tabac, ce n’était que la première audience... Ce ne sera pas la dernière. »

Consulter la lettre du groupe Verts/ALE : https://bit.ly/2YbYSg2  ; la lettre des ONG : https://bit.ly/2uWrMU9  ; la lettre d’ExxonMobil : https://bit.ly/2VPgrB9.  (Damien Genicot - stage)

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