Les présidents de groupes du Parlement européen, réunis en conférence des présidents, jeudi 11 avril, n’ont pas pris de décision concernant le retrait des badges d’accès au PE d’ExxonMobil, laissant ainsi cette question, comme le prévoit le règlement intérieur du Parlement, au secrétaire général de l’institution, Klaus Welle.
Ce dernier, avec l’autorisation des questeurs, a en effet le pouvoir de retirer ou désactiver un titre d’accès pour plusieurs raisons, notamment lorsque son détenteur « a refusé de donner suite à une convocation officielle à une audition ou à une réunion de commission ou de coopérer avec une commission d’enquête, sans fournir de justification suffisante », ce qui avait justement été reproché à ExxonMobil par le groupe des Verts/ALE dans une lettre adressée au président du PE, Antonio Tajani, jeudi 21 mars (EUROPE 12220/16).
Contactée par EUROPE, la députée Molly Scott Cato (Verts/ALE, britannique) a déclaré : « Il est important qu’Exxon se voie retirer ses badges de lobbyiste pour défendre la crédibilité et l’intégrité du Parlement européen en tant qu’institution qui a le pouvoir de demander des comptes aux citoyens et aux entreprises. »
La veille de la conférence des présidents, une centaine d’ONG avaient envoyé une lettre aux présidents de groupes leur demandant de retirer les badges d’accès d’ExxonMobil, car, selon ces organisations, le géant pétrolier américain « ne s’est pas présenté à l’audition du Parlement et n’a pas fourni de justification suffisante, il n’a pas répondu aux questions légitimes sur son rôle dans l’affaiblissement de la science du climat et, simultanément, il a tenté de discréditer les débats en coulisses ».
Dans un communiqué envoyé à EUROPE, plusieurs de ces ONGs ont regretté l’absence de décision des présidents de groupes. « La conférence des présidents qui évite de remettre ExxonMobil à sa place est très décevante », a ainsi déploré Frida Kieninger, militante de Food & Water Europe.
Selon ces ONG, cette non-décision démontre l’emprise de l’industrie des combustibles fossiles sur le PE et, plus largement, la faiblesse de ce dernier face au lobbying des entreprises.
« Depuis 2010, ExxonMobil a dépensé plus de 35 millions d’euros pour retarder et affaiblir l’action essentielle de l’UE en faveur du climat », a pour sa part rappelé Belen Balanya, membre de Corporate Europe Observatory.
La prochaine réunion des questeurs est prévue pour le 16 avril.
Consulter la lettre des ONG : https://bit.ly/2uWrMU9. (Damien Genicot - stage)