Semaine intense pour le Belge Didier Reynders et la Croate Marija Pejčinović Burić, tous deux candidats finalistes au poste de secrétaire général du Conseil de l’Europe (COE) : après avoir été sélectionnés par le Comité des ministres (CM), le 27 mars dernier (EUROPE 12223/33), ils ont enchaîné dès lundi 8 avril, une série de grands oraux devant les groupes politiques de l’Assemblée parlementaire (APCE) réunis en plénière strasbourgeoise.
Tous deux sont vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères et européennes, sans compter le portefeuille de la Défense pour Didier Reynders. Tous deux sont de droite, Mouvement réformateur (MR) pour Didier Reynders, Union démocrate croate (HDZ) pour Marija Pejčinović Burić. Tous deux ont présidé le Comité des ministres du COE, de novembre 2014 à mai 2015 pour le premier, de mai à novembre 2018 pour la seconde.
À l’heure actuelle, c’est cependant le Belge qui tient la corde. Il a recueilli les deux tiers des soutiens nécessaires au CM dès le premier tour du vote alors que la Croate n’a été retenue qu’au second. Les deux autres candidats au poste, à savoir l’ancien Premier ministre de Lituanie, Andrius Kubilius, et l’ancienne ministre grecque des Affaires étrangères, Dora Bakoyannis, n’ayant, quant à eux, jamais obtenu de score convaincant (EUROPE 12170/20).
Si le fait que le Conseil de l’Europe n’ait connu qu’une seule femme secrétaire générale en 70 ans (la Française Catherine Lalumière de 1989 à 1994) pourrait jouer en faveur de Marija Pejčinović Burić, sa nationalité croate n’est pas un atout après l’élection de la Bosnienne Dunja Mijatović au poste de Commissaire aux droits de l’homme en janvier 2018. On peut difficilement imaginer qu’un deuxième poste de cette importance soit accordé à un pays balkanique. Didier Reynders lui-même rétorque à l’argument de genre celui de l’origine géographique. « Plus rare encore qu’une femme, un ressortissant du Benelux secrétaire général du COE, je serais le premier ! »
Le Belge est donc « confiant » à l’amorce de la dernière ligne droite qui mènera à l’élection finale prévue au début de la plénière de juin de l’APCE. « Le retour des parlementaires est positif », assurait-il au sortir d’une série d’auditions où il avait exposé son « projet mûri depuis un an et demi ».
Pour sortir de l’impasse un COE en crise, Didier Reynders propose de réinventer la synergie entre l’APCE et le CM, mise à mal depuis la décision prise unilatéralement par l’Assemblée de sanctionner la Russie après l’annexion de la Crimée en 2014 (EUROPE 11058/27). Les Russes ont alors claqué la porte de l’APCE, mais ont continué à siéger au CM, créant une tension institutionnelle que le COE tente depuis - mais sans succès à ce jour - de normaliser.
À cette meilleure coordination entre les deux organes statutaires, Didier Reynders veut associer un autre organe du COE : le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux. « C’est l’organe le plus proche des citoyens », souligne-t-il. « Dans le continent perturbé » qu’est l’Europe, « il faut revenir aux fondamentaux, protéger les droits des citoyens et donner une visibilité plus forte au COE, trop souvent confondu avec l’Union européenne ». « Ce qui pourrait aussi passer par l’adhésion de l’Union à la Convention européenne des droits de l’homme », ajoute-t-il, fermement décidé à remettre le sujet sur la table.
Autre point abordé par Didier Reynders : la question financière. Depuis juin 2017, en effet, la Russie a suspendu sa contribution au budget du COE ce qui correspond à un manque à gagner annuel de 33 millions. Après avoir puisé dans ses réserves, l’organisation élabore aujourd’hui des plans de coupe, tant au niveau de ses activités que de son personnel. « Pour renforcer le COE, il faut garantir son avenir en recherchant des financements qui ne le fassent pas dépendre du bon vouloir de l’un de ses 47 États membres », estime Didier Reynders.
Pour cela, il préconise de compléter les contributions nationales « par des financements de l’Union européenne ainsi que par des fonds alloués par de grands partenaires privés qui interviendraient sur des domaines tels que l’intelligence artificielle ». « Le risque de conflits d’intérêts existe », concède-t-il, « mais on peut mettre en place des mécanismes pour les éviter, tout comme l’a fait l’APCE pour lutter contre la corruption d’État à la suite de l’Azerigate ». (Véronique Leblanc)