Le chef exécutif de l’Agence européenne de Défense (AED), Jorge Domecq, a exhorté, mercredi 17 avril, les membres de l’UE et de l’OTAN à s’abstenir de messages trompeurs.
« Il faut s’efforcer d'éviter les messages trompeurs de part et d'autre, faute de quoi nous mettons en péril les progrès dans la coopération entre l'UE et l'OTAN », a-t-il mis en garde, à l’occasion d’une conférence à Bucarest intitulée ‘OTAN@70-PSDC@20 : un partenariat pour l’avenir'. « Pour nous défendre les uns les autres, nous devons surmonter les différences », a-t-il ajouté.
Alors que les Américains s’inquiètent du fait que le développement de l’Europe de la défense puisse se faire au détriment de leurs industries, James Appathurai, secrétaire général adjoint délégué de l’OTAN pour les affaires politiques et la politique de sécurité, a estimé que l’Alliance soutenait le renforcement de la défense européenne, rappelant que les Américains voulaient voir les Européens contribuer davantage à leur propre sécurité et à la sécurité internationale.
La coopération structurée permanente (CSP ou PESCO en anglais) irrite particulièrement Washington. Pourtant, M. Domecq a rappelé que sa création ne s’était pas faite de manière isolée par rapport à l’OTAN. Selon lui, 25 des 34 projets actuellement développés dans le cadre de la CSP se réfèrent à des priorités de l’Alliance. Et pour le ministre roumain des Affaires étrangères, Teodor Meleșcanu, la CSP va permettre de combler les lacunes capacitaires au niveau de l’Union.
« Il est très important que l’UE reste un partenaire crédible et fiable », a ajouté le chef exécutif de l'AED, soulignant qu’il fallait éviter un « vide ('gap') technique » entre les deux côtés de l’Atlantique. Un fossé qui « pourrait facilement devenir un vide opérationnel sérieux, rendant les forces moins interopérables et menant à un fossé politique », a prévenu M. Domecq, rappelant l’importance d’investir dans la recherche (EUROPE 12222/30).
Pour M. Meleșcanu, le renforcement de la relation transatlantique est « essentiel » pour la sécurité et la prospérité de l’UE. « La priorité commune devrait être de construire un consensus politique fort sur les problèmes sécuritaires à résoudre ensemble », a-t-il ajouté, précisant que cela devrait être reflété à tous les niveaux de coopération dans des activités concrètes.
Si la coopération peut être renforcée, M. Appathurai a souligné que celle-ci avait déjà fortement progressé depuis quelques années, en particulier avec la déclaration commune de Varsovie de 2016. « Nous n’avons pas seulement un niveau sans précédent de coopération, mais aussi un accord irréversible pour la coopération », a-t-il estimé.
« Nous devrions éviter un débat sur les compétences respectives et nous concentrer sur les moyens positifs de renforcer » la coopération, a conseillé Jean-Christophe Belliard, secrétaire général adjoint du SEAE, ajoutant que, dans le contexte actuel, l’unité était essentielle.
Un avis partagé par M. Appathurai. Rappelant que l’OTAN avait plus de capacités du côté militaire quand l’UE en avait plus dans le domaine civil, il a estimé que les deux organisations avaient « besoin l’une de l’autre et continueront à avoir besoin l’une de l’autre ». Il a mis en avant, notamment, la nécessité de coopérer dans des domaines tels que les menaces hybrides, la cybersécurité, la lutte contre la désinformation ou encore l’énergie. Pour M. Meleșcanu, la coopération doit se fonder sur « les principes d’inclusivité, de flexibilité et d’équilibre géographique ». (Camille-Cerise Gessant)