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Bulletin Quotidien Europe N° 12237
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Royaume-uni

Le délai additionnel octroyé reporte le risque d'un Brexit sans accord, mais crée de nouvelles incertitudes, préviennent les députés

Les eurodéputés ont livré, mardi 16 avril à Strasbourg, une appréciation globalement positive de la décision des Vingt-sept, mercredi 10 avril, d’accorder six mois supplémentaires au Royaume-Uni pour réussir une sortie ordonnée de l’Union européenne (EUROPE 12233/1). 

Mais certains d’entre eux, et pas des moins influents, à l’instar du Belge Guy Verhofstadt (ADLE), n’ont pas ménagé leurs critiques, faisant part de vraies interrogations quant au déroulement des élections européennes incluant le Royaume-Uni et au rôle sincère que jouera Londres dans les affaires européennes. 

Les députés ont fait le point de la situation avec les présidents du Conseil européen, Donald Tusk, et de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Pour le premier, qui ne cache plus son souhait que les Britanniques revoient complètement leur stratégie de sortie, les choses sont très claires : ce report accordé jusqu’au 31 octobre doit donner « plus de temps au Royaume-Uni et plus d’espace politique pour trouver une issue ». Il apporte en outre de la « stabilité aux gens et aux entreprises ». 

M. Tusk a espéré que ce délai supplémentaire sera mis à profit pour étudier toutes les options, entre une « ratification » de l'accord de retrait ordonné et « du temps supplémentaire pour repenser le Brexit ». En ces « temps difficiles », il faut des « rêveurs », a-t-il ajouté. 

Le président du Conseil européen s’en est également pris à ceux, au Conseil européen comme au PE, qui seraient tentés de traiter le Royaume-Uni comme un État membre de second rang. Rappelant que les Britanniques ont des « droits et des obligations », il s’en est pris « aux marchands de peur » : le Royaume-Uni s’étant jusqu’ici bien comporté vis-à-vis des Vingt-sept, « nous n’avons pas de raison de croire que cela va changer ». 

M. Tusk faisait ainsi référence à l'attitude des autorités françaises qui faisaient planer l’idée d’un Royaume-Uni disposant d'un statut intermédiaire au sein de l'UE. 

Jean-Claude Juncker a qualifié de « responsable » la décision des Vingt-sept, qui a permis d’éloigner temporairement le risque d'un Brexit sans accord ('no deal Brexit'). L’UE n’a « rien à gagner de troubles profonds au Royaume-Uni » qui bénéficient en fin de compte aux « populistes », a-t-il dit, soulignant que l’UE n'allait « jamais pousser un membre dehors ». Néanmoins, le président de la Commission a ironisé sur le fait que la date retenue, le 31 octobre, correspondait exactement à la fin du mandat de l'institution européenne. 

Le Britannique Syed Kamall, chef de file du groupe CRE, a accueilli favorablement, lui aussi, les résultats du sommet européen. Reconnaissant que « beaucoup s'interrogent sur ce qui se passe à Westminster » et se demandent pourquoi ce dialogue transpartisan n’a pas été « fait plus tôt », il a demandé aux Européens de comprendre la conception politique britannique, qui ne repose pas « sur des coalitions comme au PE ». « Cela vous semble naturel, mais ça ne fait pas partie de la tradition britannique », a insisté le conservateur britannique, partisan du Brexit

Son compatriote Nigel Farage (ELDD) a fustigé le blocage politique au Royaume-Uni, estimant qu’un « tel chaos » n'était pas la faute de l'UE. Selon lui, les élections européennes à venir au Royaume-Uni sont le prélude, pour son nouveau Brexit party, d'une victoire aux prochaines élections législatives dans le pays. 

Inquiétude quant à une possible paralysie de l'UE

Du côté des sceptiques, M. Verhofstadt a mis les Vingt-sept en garde contre certaines conséquences négatives de l'octroi d'un nouveau report du Brexit. « Je crains les incertitudes [...] et que cela importe le chaos du Brexit dans l’UE », a-t-il fait valoir. Et d'ajouter : l'UE pourrait se retrouver prise au piège de longues négociations avec des gens « comme M. Corbyn ou M. Johnson qui, dans leur cœur, méprisent l’Europe ». 

Au nom du groupe GUE/NGL, l'Allemande Gabi Zimmer a aussi manifesté son inquiétude pour le fonctionnement du Parlement européen qui sortira des urnes en mai (voir autre nouvelle). Il aurait fallu « soit partir tout de suite, soit proposer une prolongation de 5 ans » afin que les eurodéputés qui seront élus au Royaume-Uni remplissent pleinement leur mandat. 

Devant la presse, le chef de file du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber, a aussi dit la gêne que lui cause la participation britannique aux élections européennes. « Nous devons préserver les intérêts du Parlement européen. En tant qu’eurodéputés, ils [les Britanniques, NDLR] auront le droit de participer aux travaux. Nous ne remettons pas cela en question », a dit le candidat chrétien-démocrate à la présidence de la Commission, tout en s'interrogeant sur le type d'« influence » que ces eurodéputés pourraient avoir sur les travaux à venir. 

Le groupe PPE a beaucoup à perdre d'une participation britannique aux élections européennes qui pourraient envoyer à Strasbourg des contingents importants d'élus siégeant dans les groupes social-démocrate ou eurosceptiques voire europhobes. (Solenn Paulic avec Camille Cerise Gessant)

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