Les grands groupes politiques au Parlement européen ont manifesté leur soutien à la Commission européenne, en session plénière à Strasbourg mardi 29 mai, face au relèvement unilatéral des droits de douane américains contre les importations d'acier et d'aluminium, dont l'Union européenne est provisoirement exemptée jusqu'au 1er juin et dont elle exige une exemption permanente.
« En principe, nous soutenons l'approche de la Commission selon laquelle l'UE doit insister sur une exemption permanente avant d'éventuelles négociations commerciales », a insisté l'Allemande Godelieve Quisthoudt-Rowohl, au nom du PPE. « La stratégie protectionniste du président américain, Donald Trump, ne peut pas fonctionner car, comme l'expérience le montre, les taxes douanières n'aident que les producteurs inefficaces », a-t-elle insisté. D'après elle, le vrai problème du marché mondial de l'acier se situe en Asie.
Au nom du groupe S&D, l'Allemand Bernd Lange a appelé l'UE à rester ferme, à ne pas négocier sous pression et à protéger les travailleurs européens. « L'UE ne fera pas l'objet d'un chantage dans le cadre d'accords malhonnêtes. Les tarifs américains sont contraires au droit international. Ils ne sont pas une monnaie d'échange », a-t-il souligné, rappelant que l'UE était « prête à réagir avec des contre-mesures proportionnées ».
« Nous espérons éviter une spirale négative menant à une guerre commerciale. Mais l'UE ne tendra pas l'autre joue encore et encore. Elle défendra ses travailleurs et ses industries dans le cadre du droit international et elle jouera son rôle dans la défense de l'ordre commercial multilatéral fondé sur des règles », a-t-il ajouté. « Nous appelons à l'unité européenne et défendons une Europe qui protège », a insisté sa collègue italienne Alessia Mosca.
Au nom du groupe CRE, la Britannique Emma McClarkin a dénoncé « une action malavisée qui affectera des partenaires commerciaux stratégiques, le Royaume-Uni et l'UE, alliés clés des États-Unis et qui sont aussi affectés par les mêmes pratiques déloyales ». « Les exportations du Royaume-Uni et de l'UE ne sont pas la cause des difficultés des producteurs américains. Les principales pressions proviennent des surcapacités enracinées dans des pratiques qui faussent le marché. Il est important que les États-Unis le reconnaissent et accordent à l'UE une exception permanente », a poursuivi Mme McClarkin. Elle a aussi soutenu « tout effort proportionné de libéralisation des échanges transatlantiques ».
Pour le groupe ADLE, l'Allemande Nadja Hirsch a soutenu l'action de la Commission, la jugeant « juste », et plaidé pour le dialogue avec les Américains ainsi qu'une approche pour un accord transatlantique. Mme Hirsch a aussi estimé que les « discussions en catimini » du ministre allemand de l'Économie, Peter Altmaier, avec l'administration américaine sur des quotas avaient « affaibli la position de l'UE ».
Au nom du groupe Verts/ALE, l'Allemande Ska Keller a appelé l'Union à « maintenir sa position de défenseur du multilatéralisme et à éviter l'escalade d'une guerre commerciale ». « Toute action de l'UE doit être proportionnée et ciblée. Il est vital que les pays de l'UE restent unis et qu'ils ne cherchent pas à conclure des accords détournés sur leurs propres produits », a-t-elle insisté. Mme Keller a appelé l'UE à se doter d'une véritable politique industrielle soutenant la transition vers une économie sobre en carbone, « pour rendre son économie moins vulnérable aux caprices de M. Trump ».
Pour le groupe GUE/NGL, l'Allemand Helmut Scholz a appelé l'UE à « ne pas seulement mendier une exemption pour elle-même », mais à défendre les droits de tous les pays à l'OMC face aux tarifs douaniers américains. Il a aussi plaidé pour une discussion sur les surcapacités avec toutes les parties à la table.
Au nom du groupe ELDD, l'Italienne Tiziana Beghin a appelé l'UE à « résister face au subterfuge américain des droits de douane sur l'acier pour exiger des concessions que les États-Unis cherchaient à obtenir dans les négociations TTIP » comme l'accès au marché pour sa viande bovine aux hormones, la coopération réglementaire, les exportations de GNL issues du gaz de schiste. « Washington va imposer des quotas. Ce ne sera pas facile et il faudra des concessions. Mais on ne peut pas accepter que le TTIP revienne par la porte de derrière », a-t-elle conclu. (Emmanuel Hagry)