La majorité des députés du Parlement européen s’est montrée déçue, mardi 29 mai à Strasbourg, par les propositions du 2 mai sur le cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE pour 2021-2027. Le PE, qui adoptera mercredi une résolution commune sur ce thème, a déploré le manque d’ambition sur l’ampleur des crédits au total et s’est opposé aux réductions de 15 et de 10 % respectivement des crédits agricoles et de cohésion (EUROPE 12028).
Au nom de la Présidence bulgare du Conseil, Monika Panayotova a rappelé que son pays travaillait avec les prochaines présidences autrichienne et roumaine sur ce dossier. Le Conseil des Affaires générales de l’UE aura un nouveau débat sur le prochain CFP en juin. « Il faut trouver un équilibre entre les nouvelles priorités et les politiques traditionnelles de l’UE », a souligné Mme Panayotova.
Günther Oettinger, le commissaire européen au Budget, a reconnu que le chiffre de 1,3 % du revenu national brut (RNB) de l’UE proposé par le PE pour le total du CFP 2021-2027 n’aurait aucune chance d'être approuvé au Conseil. Il a proposé un total de 1,114 % du RNB.
Il a justifié les coupes dans les budgets agricole et de la politique de cohésion : « Si un État membre s’en va, il y a un changement de paradigme. Donc, des coupes acceptables qui ne nuisent pas aux programmes sont indispensables », a dit le commissaire. Il a évoqué une baisse limitée de 3,9 % s’agissant des aides directes agricoles. Sur la politique de cohésion, il a parlé d’équité. Les nouveaux États membres ont beaucoup utilisé la politique de cohésion et des pays comme la Slovaquie, la Pologne ou les États baltes recevront moins d’argent après 2020, car ils ont repris du poil de la bête, a expliqué M. Oettinger. L’Italie, en difficulté, recevra, au contraire, davantage de fonds au titre de la politique de cohésion. Il a aussi justifié la conditionnalité sur le versement des fonds de l’UE pour éviter toute fraude au budget européen lorsque l’indépendance des tribunaux n’est pas garantie dans un pays ou une région.
Jean Arthuis (ADLE, français), président de la commission des budgets du PE, a parlé d’un « budget de misère » proposé par la Commission.
Le rapporteur sur le CFP, Jan Olbrycht (PPE, polonais), a estimé que la Commission proposait en réalité une modification de la politique de cohésion.
Pour Maria João Rodrigues (S&D, portugaise), il est inacceptable de revoir à la baisse les crédits pour la cohésion. Elle a plaidé pour : - une réforme de la zone euro pour favoriser les investissements ; - une capacité budgétaire à même de soutenir la convergence économique et sociale et de protéger les citoyens contre les chocs.
Zbigniew Kuźmiuk (CRE, polonais) a critiqué le fait que la proposition demande une hausse des contributions nationales.
Gérard Deprez (ADLE, belge) a reconnu qu’au sein de son groupe « certains soutiennent les coupes dans l’agriculture et la cohésion alors que d’autres s’y opposent radicalement ». Jordi Solé (Verts/ALE, espagnol) a critiqué un budget manquant d’ambition avec des coupes dans des domaines importants.
Marco Zanni (ENL, italien) a déclaré qu’il espérait que le futur gouvernement italien rejettera ce prochain CFP qui demande davantage d’argent aux États membres et qui impose le diktat européen. (Lionel Changeur)