La crise politique italienne n'est pas inscrite à l'ordre du jour de la session plénière du Parlement européen, mais plusieurs responsables politiques ont fait part de leur inquiétude quant aux conséquences de cette nouvelle crise sur l'Union européenne, mardi 29 mai. Certains invitent à la prudence face à une situation volatile, d'autres soulignent l'urgence de répondre au message des élections italiennes en poursuivant l'intégration de la zone euro.
« L'Italie est le sujet principal de nos préoccupations cette semaine », a reconnu l'Allemand Udo Bullmann, chef de file du groupe social-démocrate. La situation est « très sérieuse ». Interrogé sur le risque d'une sortie de l'Italie de la zone euro, il a estimé que ceux qui auraient le plus à y perdre ne sont pas les riches qui auront le temps d'héberger leurs économies en Suisse, mais les citoyens ordinaires et les petites entreprises.
Appelant chacun à garder son « sang-froid », Philippe Lamberts (Verts/ALE, belge) a estimé que refuser de nommer un eurosceptique au poste de ministre des Finances pour le remplacer par un expert du FMI constituait un véritable « cadeau aux populistes » du Movimento 5 stelle et de la Lega. Il a craint que le remède s'avère au final « pire que le mal ».
La présidente du groupe GUE/NGL, l'Allemande Gabriele Zimmer, a estimé qu'il fallait, sans donner de leçons, dire clairement quelles peuvent être les conséquences d'éventuelles décisions liées à l'euro. Quant à son compatriote Manfred Weber, chef de file du groupe PPE, il s'est contenté d'exprimer sa confiance dans l'Italie, pays fondateur de l'UE à l'orientation traditionnellement pro-européenne. « Je suis persuadé que cela restera le cas à l'avenir », a-t-il indiqué.
Approfondir la zone euro. « Ce qui se passe en Italie est une démonstration supplémentaire de l'urgence à réformer l'UE et notamment la zone euro », a considéré Nathalie Loiseau, ministre française chargée des Affaires européennes, de passage à Strasbourg. Selon elle, il convient d'intégrer davantage la zone euro en parachevant l'union bancaire « pour faire en sorte qu'on ne travaille pas seulement sur la réduction des risques, mais aussi sur le partage des risques » (EUROPE 12027).
Pour Guy Verhoftsadt (ADLE, belge), la leçon de la crise italienne est aussi la nécessité de réformer la gouvernance de la zone euro. À chaque fois qu'il y a une crise politique au niveau national, la pression augmente au niveau de la zone euro en raison de l'instabilité du système, a-t-il déploré. Et d'ajouter : « Nous ne sommes pas dans une vraie union monétaire. Il faut changer le système au niveau européen, le rendre cohérent avec une gouvernance et une capacité budgétaire pour que cette union ne soit plus influencée par un événement national. »
Pour franchir une nouvelle étape dans l'intégration de la zone euro, M. Verhofstadt a considéré que l'Allemagne devait faire des concessions et que les Européens devaient se montrer solidaires avec l'Allemagne dans la guerre commerciale qui s'annonce avec les Américains (voir autre nouvelle).
M. Bullmann a espéré que l'Italie sera en mesure, fin juin lors du sommet de l'euro, de participer activement aux discussions sur l'avenir de la zone euro. Selon lui, pour moderniser l'Eurozone, « il faut avoir un autre interlocuteur que Paris et Berlin ». (Mathieu Bion)