Syrie, Yémen, Birmanie, Libye, Soudan du Sud, République démocratique du Congo - les populations vulnérables dans ces pays en proie à des crises humanitaires « oubliées », mais aussi le respect du droit humanitaire international, l’éducation des enfants en situation d’urgence et les liens entre l’aide humanitaire et le développement seront parmi les priorités de la Présidence bulgare du Conseil de l’UE dans le domaine humanitaire.
Les députés de la commission du développement du Parlement européen les ont saluées lorsque Ekaterina Zaharieva, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères bulgare, est venue les détailler devant eux, mercredi 24 janvier. Tous venaient d’apprendre l’attaque terroriste meurtrière perpétrée contre l’ONG Save the Children en Afghanistan et l’ont vivement déplorée (voir autre nouvelle).
« Ce qui s’est passé ce matin en Afghanistan illustre le bien-fondé de notre priorité - le travail humanitaire international passé sous silence dans certains pays. Nous devons garder à l’esprit que la priorité première doit être l’aide et le respect des principes du droit humanitaire international. D’après l'ONU, en 2018 il y a plus de 145 millions de personnes totalement démunies, 105 millions reçoivent une aide, mais il existe un déficit de financement de 25 millions de dollars pour cette année seulement », a déclaré Mme Zaharieva.
Pour donner une idée des besoins à couvrir, la ministre a évoqué les 13 millions de personnes dans le dénuement total en Syrie, les 11 millions au Yémen, le tiers des enfants birmans souffrant de malnutrition, les 60 % de la population libyenne nécessitant de l’aide humanitaire et les millions de déplacés en RDC et au Soudan du Sud.
Elle a par ailleurs insisté sur la nécessité « d’intensifier les efforts » pour répondre à la crise des migrants. « L’UE est à la tête de la réponse humanitaire, mais il faut s’attaquer au problème à la racine. Les conflits en Afrique sont de plus en plus graves à cause de la sécheresse et du manque de terres arables », a-t-elle déclaré, en mentionnant notamment les conflits dus au changement climatique. 166 pays au monde sont répertoriés comme les plus vulnérables au changement climatique, a-t-elle rappelé.
Selon Mme Zaharieva, la réponse doit être apportée par une réforme du système international d’aide humanitaire et il conviendra d’utiliser la stratégie européenne visant à renforcer la résilience des États et des sociétés vulnérables, présentée le 7 juin 2017 (EUROPE 11803).
La Présidence bulgare entend poursuivre le suivi des progrès dans la mise en œuvre des engagements pris par le sommet humanitaire mondial d’Istanbul et s’appuiera sur le débat déjà entamé par l’Espagne, la France l’Italie et le Portugal pour une approche plus systémique d’une réponse efficace aux crises. « Nous envisageons d’établir une procédure pour le partage de l’information sur la planification et la réponse aux crises », a déclaré Mme Zaharieva.
La Présidence compte en outre soutenir et mettre l’accent sur les actions de l’UE pour la protection contre les violences faites aux femmes en situation d’urgence, notamment la violence sexuelle dans des crises humanitaires spécifiques. Promouvoir l’accès à une éducation de qualité des enfants en situation d’urgence humanitaire sera une autre priorité, conforme aux objectifs de développement durable à l'horizon 2030.
Répondant aux questions, la ministre bulgare a notamment précisé que l'aide au développement était utilisée pour offrir des perspectives et générer un sentiment de sécurité dans les pays d'où partent les flux migratoires, non pour faire de l'aide humanitaire une solution de long terme. Elle a aussi indiqué que, face à la violation du droit humanitaire international, « la réaction politique très claire devrait être unanime ».
Les députés sont sur la même ligne. « Nous avons une très bonne impression de l’approche bulgare », a commenté la présidente de la commission parlementaire, la Britannique Linda McAvan (S&D). (Aminata Niang)