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Bulletin Quotidien Europe N° 11741
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POLITIQUES SECTORIELLES / Espace

La Commission européenne envisage d’approfondir le volet 'sécurité' pour le programme Copernicus

La Commission européenne réfléchit à l'utilisation du programme européen d’observation terrestre, Copernicus, pour des activités liées à la sécurité, telle que la gestion des flux migratoires et la surveillance des frontières, à en croire plusieurs déclarations de Philippe Brunet, directeur de la politique spatiale et de Copernicus, à l’occasion d’un lancement d’un nouveau satellite d’observation européen, lundi 6 mars, à Kourou, en Guyane française.

Les données, générées en très grande quantité par le programme spatial, en plus d’être exploitées dans les politiques communautaires civiles habituelles, par exemple, l’agriculture et la pêche, pourront l’être « bientôt dans la surveillance des frontières », a déclaré le haut fonctionnaire européen, lors d’une conférence en amont du lancement de Sentinel-2B (EUROPE 11740).

Une possibilité qui ne va pas de soi, si l’on considère les caractéristiques actuelles du programme. À l’heure actuelle, la précision optique des Sentinel-2A et Sentinel-2B, qui fonctionnent en binôme, oscille entre 10 et 60 mètres. Une résolution qui ne suffit pas pour détecter et suivre un petit groupe d’individus, nous a expliqué une source industrielle. En outre, a-t-elle poursuivi, la trajectoire des satellites et les zones d’observation ne peuvent être programmées. « Il faut concevoir les satellites de Copernicus comme des 'moissonneuses' de données d’observation », selon cette source. Et pour cause : les satellites restent sur une orbite héliosynchrone, c’est-à-dire qu’ils orbitent de telle manière que l’heure solaire reste constante pour garantir une luminosité stable et permettre ainsi de comparer dans le temps les clichés d’une même zone géographique. Enfin, les données ne sont actualisées que tous les 5 jours.

Les pistes actuellement explorées. Partant de ces contraintes, M. Brunet a expliqué que l’une des idées serait à l’avenir d’acheter au secteur privé de l’imagerie de haute précision (de l’ordre de 30 cm) sur une période déterminée, et de les recouper avec les données de Copernicus. Générer des données d'une telle précision en permanence ne serait pas nécessaire, et très coûteux, a-t-il ajouté. Une autre source industrielle a souligné que le cahier des charges pour les prochains Sentinel optiques restait ainsi le même pour l'heure.

Du côté de l’Agence spatiale européenne (ESA), Simonetta Cheli, chef du bureau de coordination de la direction des programmes d’observation au sein de l’Agence (‘Head of Coordination Office Directorate of Earth Observation Programmes’), a expliqué à EUROPE que le programme Copernicus pouvait contribuer à anticiper les flux migratoires en analysant les ressources naturelles de certaines régions sensibles. Par exemple, en détectant une potentielle situation de stress hydrique dans une région donnée, il serait possible de mieux anticiper des mouvements migratoires à cause d’un risque de famine, a-t-elle illustré.

Futur du prochain cadre financier pluriannuel en vue. Les discussions sont ouvertes et alimenteront les débats en vue du futur règlement de Copernicus pour le prochain cadre financier pluriannuel. Le volet ‘sécurité’ a de grandes chances de gagner en importance comme le laisse penser la stratégie spatiale européenne adoptée en octobre dernier (EUROPE 11655). « Il y a, je crois, aujourd’hui, un changement important au niveau de l’Union (…) je crois qu’il y a une base pour développer ce volet 'sécurité' lié aux programmes spatiaux », a poursuivi Mme Cheli. Tout dépendra des États membres de l’ESA et de l’UE, nous a objecté une autre source.

Un volet ‘sécurité’ controversé qui remonte aux prémices du programme. Introduire un volet ‘sécurité’ dans le programme Copernicus n’est pas une nouveauté, comme l’a précisé à EUROPE, Herbert Allgeier, ancien directeur du Centre commun de recherche de la Commission et l’un des pères fondateurs du programme Copernicus. Ce dernier, nous a ainsi rappelé que le programme lancé en 1998 avec le manifeste de Baveno ne portait pas à l'origine le nom de l’astronome polonais, mais était intitulé « Surveillance mondiale de l'environnement et de la sécurité » (‘Global monitoring for environment and security’ - GMES), non sans certaines réticences de quelques États membres, notamment scandinaves, qui préféraient cantonner le programme à des activités purement civiles, selon lui. « C’est pour ça que l’on a préféré parler un temps de ‘Global monitoring for environmental security’ (Surveillance mondiale de la sécurité environnementale) », a-t-il continué, afin de ménager certaines sensibilités.

M. Allgeier a, par ailleurs, confié à un petit groupe de journalistes que l’idée d’un futur manifeste Baveno II a été émise pour 2018 à l’occasion des 20 ans du programme d’observation terrestre européen. (Pascal Hansens)

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