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Bulletin Quotidien Europe N° 11741
CONSEIL EUROPÉEN / Avenir de l'ue

Agir ensemble, si possible, à des rythmes différents, si nécessaire

En l'absence du Royaume-Uni, les dirigeants européens plancheront, vendredi 10 mars à Bruxelles pour la première fois dans le bâtiment Europa du Conseil, sur le contenu de la déclaration qu'ils adopteront, samedi 25 mars à Rome, lors des cérémonies marquant le soixantième anniversaire du traité de Rome.

S'inspirant peut-être des options contenues dans le récent Livre blanc de la Commission sur l'avenir de l'UE (EUROPE 11736), les dirigeants européens seront appelés à répondre à la question centrale suivante : comment organiser l'Union européenne et articuler les interactions entre les échelons national et européen pour répondre au mieux aux « défis sans précédents », tels que « les conflits régionaux, le terrorisme, les pressions migratoires croissantes, le protectionnisme ainsi que les inégalités économiques et sociales » ?

Le point de départ reste l'unité

Selon un document de travail daté du 3 mars qui servira de base aux discussions des leaders européens vendredi, la Déclaration de Rome présentera les principaux succès à ce jour de la construction européenne (liberté de circulation, marché intérieur, monnaie unique...), les défis auxquels l'Union est confrontée et les domaines d'activité resserrés sur lesquels les Européens s'engageront à progresser.

Le point de départ des Européens est de réaffirmer le principe premier de l'unité. Dans l'esprit du président du Conseil européen, Donald Tusk, si les célébrations doivent marquer une naissance, le nom du nouveau-né devrait être 'unité' plutôt que 'vitesses multiples', a ironisé un haut fonctionnaire européen, mardi 7 mars.

Le document de travail soumis aux leaders européens ne dit pas autre chose : « Nous devons faire preuve d'une unité et d'une solidarité accrues entre États membres. L'unité est une nécessité, ce n'est pas une option. Pris de manière individuelle, nous serions mis sur la touche par les dynamiques globales. Faire front ensemble constitue notre meilleure chance d'influencer ces dynamiques et de défendre notre intérêt et nos valeurs ».

Néanmoins, après le mini-sommet de Versailles des quatre principales économies de la zone euro (EUROPE 11739) consécutif à la contribution spécifique du Benelux (EUROPE 11718), une réflexion sur la possibilité d'autoriser les avant-gardes dans certains domaines semble inévitable, tout en laissant la porte ouverte aux États qui souhaiteront rejoindre le groupe de pionniers plus tard. Jeudi, les leaders européens donneront d'ailleurs le coup d'envoi d'une nouvelle coopération renforcée en autorisant dix-sept pays à mettre sur pied le Parquet européen (voir autre nouvelle).

Désireux de rendre l'Europe plus sûre, plus prospère, plus sociale et capable de prendre plus de responsabilités au niveau international, les Européens ouvriront donc, à Rome, la voie à une intégration européenne à géométrie variable, par exemple, en matière de défense et de sécurité, si l'unité à vingt-sept n'est plus de mise.

« Nous œuvrerons ensemble pour promouvoir l'intérêt général, sur la base du postulat que certains d'entre nous peuvent s'intégrer davantage et plus rapidement dans certains domaines, en laissant la porte ouverte à ceux qui veulent rejoindre le mouvement plus tard et en préservant l'intégrité du marché intérieur, de l'espace Schengen de libre-circulation et de l'UE dans son ensemble », indique le document de travail, qui dessine les contours d'« une Union entière et indivisible, qui agit ensemble lorsque c'est possible, à des vitesses et intensités variables, si nécessaire ».

Selon un haut diplomate d'un pays fondateur, les leaders auront vendredi une discussion « sur la part d'unité nécessaire et de différenciation indispensable ». « Qu'est-ce qui relève d'une action à vingt-sept, dans quel domaine une respiration est-elle nécessaire (...) compte-tenu de la difficulté d'être en permanence d'accord sur tout ? », a-t-il ajouté. Au sein du groupe de Visegrád (EUROPE 11737), on n'a pas de problème pour reconnaître que la différenciation est déjà une réalité avec la zone euro ou l'espace Schengen. Mais ces pays d'Europe centrale craignent que l'Europe à plusieurs vitesses devienne la norme. « La vraie question est la suivante : ce que nous faisons au niveau européen représente-t-il une valeur ajoutée ? », a souligné à ce titre un autre diplomate national.

La Déclaration de Rome se focalisera donc sur les domaines où les Européens souhaitent progresser en priorité. Elle ne fera pas référence à un éventuel changement de traité pour parvenir à atteindre les objectifs poursuivis. La perspective d'élections disputées dans plusieurs États membres incite, en effet, à la prudence. « Ce n’est pas le moment de faire preuve de témérité avant des échéances électorales cruciales, qui vont avoir un impact sur l’avenir », a relevé un troisième diplomate.

Voir le document de travail: http://bit.ly/2lE5q7w  (Mathieu Bion avec Camille-Cerise Gessant, Aminata Niang et Sophie Petitjean)

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