L'eurodéputé Fabio De Masi (GUE/NGL, allemand) et l'ancien ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, ont présenté, mercredi 8 mars, au Parlement européen, une pétition visant à demander à la BCE de publier un avis juridique externe sur lequel elle s'est basée pour fermer, fin juin 2015, le robinet de liquidités qui maintenaient artificiellement en vie les banques grecques.
« La BCE n'était pas certaine qu'une telle décision fût légale. Elle a demandé un avis juridique à une société privée » pour savoir si elle outrepassait son propre mandat, a déclaré M. De Masi. « J'ai demandé au président de la BCE, Mario Draghi, une copie de cet avis, mais il a refusé », a-t-il indiqué.
L'eurodéputé a lancé une pétition qui a recueilli plus de 25 000 signatures parmi lesquelles celles de deux candidats à l'élection présidentielle française, le socialiste Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, un candidat de la gauche radicale. Une fois la demande officielle présentée à la BCE, celle-ci aura deux semaines pour répondre officiellement à la demande de transparence. En cas de refus, M. De Masi a fait savoir qu'il se tenait prêt à déposer un recours juridique.
M. Varoufakis a estimé que l'Institut monétaire de Francfort, qui dispose du « pouvoir exorbitant » de fermer toutes les banques d'un pays de la zone euro, demeure totalement dépendant de l'Eurogroupe, l'organe informel des ministres des Finances de l'Eurozone « qui n'existe pas selon les traités européens », malgré sa charte constitutive qui affirme son indépendance du pouvoir politique. Ce pouvoir exorbitant, sans mécanisme de transparence, n'est pas conforme aux principes de base de la démocratie, a-t-il estimé.
Questionné sur son rôle en tant que ministre au moment des faits (EUROPE 11345), M. Varoufakis a indiqué avoir signé le certificat de décès des banques grecques sans en être le meurtrier. Et d'ajouter : « Dimanche 27 juin, la BCE a pris une décision selon laquelle, le lendemain, les banques grecques allaient manquer de liquidités. En clair : les banques grecques devaient fermer. Notre gouvernement a décidé que, puisque les banques allaient de toute façon fermer le lundi matin à cause de la décision de la BCE, elles ne devaient pas rouvrir afin d'éviter des troubles civils et (...) que les déposants ne se rendent dans des succursales bancaires ne disposant d'aucune liquidité ».
Fin juin 2015, le gouvernement de M. Tsipras, engagé dans un bras de fer avec les Européens sur la poursuite du 2ème plan de sauvetage grec, avait annoncé la tenue d'un référendum sur les réformes que la Grèce devrait mettre en place en échange d'une nouvelle aide financière.
M. De Masi a rappelé l'attitude du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et celle de l'ex-président du Parlement européen, Martin Schulz, pour qui voter 'non' aux réformes était incompatible avec le maintien de la Grèce dans la zone euro. Et bien, « nous voulons savoir si cela était vrai ou pas » en ayant accès à l'avis juridique demandé par la BCE, a souligné le député.
Voir la pétition à la page: https://diem25.org/thegreekfiles/ (Mathieu Bion)