La Commission européenne ne disposerait pas, pour l’heure, d’une méthodologie permettant de déterminer avec précision les retombées économiques du programme européen d’observation terrestre, Copernicus, a déclaré le directeur responsable de la politique spatiale et de Copernicus au sein de la Commission européenne, Philippe Brunet, en amont du lancement du satellite Sentinel-2B, lundi 6 mars, à Kourou.
Le programme Copernicus présente en effet la particularité de mettre à disposition d’immenses quantités de données d’observation terrestre, et ce, gratuitement. Depuis le début du programme, c’est ainsi quelque 21 petabytes de données brutes qui ont été collectés. « C’est plus que toutes les photos et toutes les vidéos chargées sur Facebook quotidiennement », a déclaré, lors de la même conférence, Josef Aschbacher, le nouveau directeur des programmes d’observation terrestres de l’Agence spatiale européenne (ESA).
La Commission européenne espère faire naître un secteur de services très dynamiques en mettant à disposition ces données en accès libre au niveau européen, mais aussi dans le monde. Selon des études commandées par la Commission, l’estimation du retour sur investissement serait d’un facteur 10.
Toutefois, comme l’a rappelé M. Brunet, il n’existe pour l’heure aucune méthodologie viable pour mesurer avec précision les retombées économiques du programme européen. « Nous avons un énorme problème, c’est un problème de méthodologie », a-t-il ainsi souligné dans la salle de contrôle « Jupiter ». « Nous avons essayé de trouver des consultants qui disposaient d’une telle méthodologie. Il faut la créer, elle n’existe pas » a-t-il déploré.
M. Brunet a ainsi expliqué qu’il faudrait potentiellement que chaque utilisateur des données Copernicus s’identifie lors de l’exploitation des données brutes en donnant un certain nombre d’informations professionnelles et économiques. Or « l’ensemble de ces données est absolument incompatible en Europe avec la protection des données personnelles », a-t-il expliqué. La communication de ces données ne pourrait donc être faite que sur une base volontaire, a-t-il conclu.
« On est en train de trouver, de la manière la plus complète possible, des méthodologies », a confié à EUROPE Simonetta Cheli, chef du bureau de coordination de la direction des programmes d’observation au sein de l’Agence spatiale européenne (ESA). Cette haute responsable a ainsi indiqué que l’ESA soumettra une méthodologie pour la prochaine réunion ministérielle de l’Agence en 2019.
Pour l’instant, les seules données quantifiables restent le nombre d’utilisateurs enregistrés sur les différentes plateformes de Copernicus pour utiliser les données (environ 63 000) et la quantité de données transférées.
Il s’agit d’un enjeu très important. La valorisation des données spatiales constitue, d’ailleurs, l’un des piliers de la stratégie spatiale européenne adoptée à la fin du mois d’octobre 2016 (EUROPE 11655, 11540). (Pascal Hansens)