Strasbourg, 26/11/2014 (Agence Europe) - Après s'être adressé à l'hémicycle du Parlement européen, mardi 25 novembre dans la matinée, le pape François s'est rendu au Conseil de l'Europe (CoE) où l'attendaient les représentants des 47 États membres de l'institution, les juges de la Cour européenne des droits de l'homme ainsi que plusieurs élus et représentants alsaciens des différentes religions présentes en Alsace, terre concordataire au sein d'une France laïque.
Que ce soit au Parlement européen ou au Conseil de l'Europe, le pape a évité tout discours pastoral, s'en tenant à un propos politique, très marqué dans le premier discours, moins dans le second, à teneur plus philosophique et qualifié par certains de « moins audacieux ». Il est vrai que, si ses propos très fermes sur la frilosité de l'Europe à affronter le problème de l'immigration ont secoué dans les rangs conservateurs du Parlement européen, l'absence de mention du conflit ukrainien lors de son adresse au Conseil de l'Europe n'est pas passée inaperçue. Un silence certainement tout diplomatique, car le Saint-Siège est conscient qu'une attaque frontale de la politique de la Russie - membre du CoE tout comme l'Ukraine - n'aurait fait que braquer Vladimir Poutine dans un contexte de forte tension entre la délégation de la Douma à Strasbourg et l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE). Depuis avril dernier et la suspension de certains de ses droits, dont le droit de vote, en réponse à l'annexion de la Crimée, la délégation de la Douma n'est en effet plus revenue siéger en séance. Jeter de l'huile sur le feu en ces circonstances n'aurait sans doute pas été opportun, a jugé le pape, dont on sait par ailleurs qu'il souhaiterait se rendre dans deux grands pays où aucune visite papale n'a jamais été organisée: la Chine et… la Russie.
Reste que le pape François a indirectement évoqué le conflit entre l'Ukraine et la Russie en parlant des tensions en Europe, « continent qui retombe facilement dans les tentations d'autrefois ». Ce second discours - prononcé au sein d'une institution fondée le 5 mai 1949, « après le plus cruel et le plus déchirant conflit dont ces terres se souviennent et dont les divisions se sont poursuivies pendant de longues années » - a en effet été centré sur la paix. Une paix « mise à l'épreuve » par ces tensions, mais aussi « par d'autres formes de conflits, tels que le terrorisme religieux et international », le trafic d'armes « que l'Église considère comme une plaie extrêmement grave de l'humanité » ou le trafic d'êtres humains, « nouvel esclavage de notre temps ». Autant de thèmes qui sont au centre des travaux du CoE, dont la défense des droits de l'homme, de la démocratie et de l'État de droit constitue la pierre angulaire.
C'est en revenant à la volonté de réconciliation et au « plus jamais ça » qui ont été à la base de la création du CoE et de l'Union européenne (UE) que l'Europe « pourra marcher vers l'avenir », estime le pape, qui en appelle aussi à avoir le courage « de ne pas se cacher face au présent et à ses défis ». L'Europe est « multipolaire », dit-il, en soulignant les tensions qu'elle connaît entre les pôles culturels, religieux et politiques. À elle de « globaliser de manière originale cette multipolarité ». Il encourage ainsi à « plus de transversalité » entre ces groupes en recourant davantage encore au « dialogue, même intergénérationnel ». « On a besoin d'un esprit de jeunesse qui accepte ce défi » a-t-il dit avant d'accueillir « positivement la volonté du Conseil de l'Europe d'investir dans le dialogue interculturel, y compris dans sa dimension religieuse ». Il propose en ce sens de créer « une nouvelle agora » comme plate-forme de dialogue et d'échange.
Dans cette logique, a souligné le pape, le christianisme peut constituer un apport au développement culturel et social européen « dans le cadre d'une relation correcte entre religion et société ». « Réflexion éthique sur les droits humains », « protection de la vie humaine », pauvreté, « accueil des migrants », chômage ou bien encore protection de l'environnement, sur tous ces thèmes l'Église peut apporter sa contribution au sein d'une « collaboration sociale et économique, affranchie des conditionnements économiques, qui sache faire face au monde globalisé »
Des propos auxquels la Luxembourgeoise Anne Brasseur, présidente de l'APCE, a donné un écho immédiat. « Le dialogue est plus important que jamais, a-t-elle dit, car les murs qui sont érigés dans nos esprits sont plus graves que les murs en béton ». (VL)