Bruxelles, 21/02/2013 (Agence Europe) - La Commission européenne devrait revoir à la baisse, ce vendredi, ses prévisions de croissance par rapport au dernier exercice similaire de novembre dernier, s'alignant de ce fait sur la tendance générale qui émane des capitales depuis quelques jours (EUROPE n° 10725).
Les chiffres français, qui ont fait l'objet d'une fuite dans l'hebdomadaire Le Point mercredi, confirment cette tendance. Alors qu'en novembre, la Commission estimait la croissance du PIB français à 0,3% en 2013, elle tablerait désormais sur une croissance quasiment nulle, de 0 à 0,1%. La semaine dernière, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait lui-même tablé sur une prévision de croissance située dans une fourchette entre 0,2% à 0,3% du PIB national.
L'Allemagne suit également la tendance générale. La Bundesbank a réduit ses attentes pour 2013. En décembre, elle a fait état d'une croissance qui afficherait 0,4% en 2013, alors que la Commission l'estimait à 0,8% un mois plus tôt. Lundi, la Bundesbank estimait que l'économie allemande renouerait avec la croissance au 1er trimestre 2013, après une contraction de 0,6% lors du dernier trimestre 2012 (EUROPE n° 10786).
Le quotidien italien Il sole 24 ore, qui affirme être en possession de chiffres « en circulation à Bruxelles », a rapporté, jeudi 21 février, que la Commission prévoirait une récession légèrement plus sévère en Italie. L'économie italienne devrait se contracter de 0,8% en 2013, et non de 0,5% comme initialement prévu.
Les performances des pays sous programme ne devraient pas être plus réjouissantes. Le ministre des Finances portugais, Vitor Gaspar, a évoqué cette semaine un recul de PIB de 2% en 2013, soit un point de pourcentage de plus que ce que prévoyait la Commission.
En janvier dernier, la Banque centrale irlandaise a réduit ses propres prévisions de 1,7% à 1,3% et reste donc plus optimiste que la Commission européenne, qui tablait pour sa part sur un chiffre de 1,1%.
Chypre, en attente de son plan d'aide, devrait être un des seuls pays de l'UE toujours en récession en 2014. Encore une fois, les prévisions du gouvernement sont plus pessimistes que celles présentées en novembre à Bruxelles. L'économie de l'île devrait se contracter de 3,5% en 2013 et de 1,3% en 2014. Soit sensiblement plus que ce qui avait été annoncé par la Commission (récession équivalente à 1,7% en 2013 et 0,7% en 2014).
Hors zone euro, le Royaume-Uni ne fait également pas entorse à la règle. Mi-février, la Confederation of British Industry (CBI) a baissé de quelques crans ses estimations de croissance. Le PIB britannique devrait progresser à hauteur d'1% en 2013 et non plus de 1,4%. La CBI a par ailleurs reconfirmé que la croissance afficherait 2% en 2014, comme elle l'avait préalablement annoncé.
Objectifs budgétaires en berne. Le Commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, a prévenu mardi que l'UE avait à sa disposition une palette d'outils suffisants pour s'assurer que les États respectent leurs engagements en matière de correction du déficit (EUROPE n° 10789), tout en préférant mettre l'accent sur la prévention plutôt que sur les sanctions. La Commission devra se montrer plus flexible sur les délais accordés. M. Rehn a expliqué qu'un pays pourrait se voir accorder plus de temps, si « la croissance se détériore de manière inattendue » et qu'il a fourni « l'effort budgétaire convenu » en termes structurels, c'est-à-dire débarrassé des effets de la conjoncture.
Le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a déclaré cette semaine que le déficit public de son pays s'afficherait à moins de 7% du PIB en 2013, c'est-à-dire toujours au-dessus de l'objectif de réduction de 6,3% fixé. M. Rajoy a promis qu'une « seconde génération de réformes » suivrait la cure de rigueur déjà imposée. Selon Le Point, la France devrait également donner du fil à retordre à la Commission, en affichant un déficit public à 3,6% en 2013, alors qu'elle est supposée le ramener sous 3% cette année.
Selon Il Sole 24 ore, l'Italie ferait figure de bonne élève en matière de réduction du déficit. Rome aurait respecté l'échéance de 2012 pour ramener son déficit sous le seuil requis et devrait largement maintenir ce cap les deux prochaines années (à 2%), sous réserve toutefois que « les mesures décidées en 2011-2012 par le gouvernement soient complètement adoptées », comme le soulignerait le document de la Commission.
La Banque centrale irlandaise avait, pour sa part, mis en garde le gouvernement en janvier dernier contre une tentation d'assouplir son plan d'ajustement en raison des performances de 2012 qui ont été meilleures que prévues. Celle-ci a également encouragé les autorités irlandaises à utiliser la marge supplémentaire disponible pour atteindre l'objectif de réduction du déficit plus tôt que prévu, en 2015. (EL)