Strasbourg, 23/01/2013 (Agence Europe) - Constat sombre sur l'état de la démocratie au Kosovo et vote d'une résolution appelant à un suivi du Conseil de l'Europe sur ce pays qui ne fait pas partie de ses États membres.
Avec le Belarus et le Vatican, le Kosovo - indépendant depuis le 17 février 2008 - est le seul État du continent à ne pas faire partie du Conseil de l'Europe. Issu du démantèlement de l'ex-Yougoslavie, ce pays est cependant suivi de près par l'institution strasbourgeoise qui lui a consacré de longs débats ce mardi matin avant de voter une résolution soulignant l'importance « d'entretenir des relations de travail directes avec les autorités du Kosovo à tous les niveaux ». La situation y est en effet critique, a expliqué le socialiste suédois Björn von Sydow chargé par l'assemblée parlementaire d'élaborer un rapport sur la question. « Le PIB par habitant y est le plus faible d'Europe a-t-il précisé, 30 % de la population vit dans la misère, la corruption judiciaire et politique ronge la société, la sécurité et la sûreté ne sont pas garanties et hier encore, un attentat aux explosifs a été perpétré dans un cimetière serbe. » Le rapporteur a pointé une défaillance essentielle dans la mise en place d'un état de droit au Kosovo, celui de l'éducation. « Les langues minoritaires doivent être plus présentes et mieux défendues dans les écoles » a-t-il dit en insistant ensuite sur les programmes scolaires qui, en matière d'enseignement de l'histoire, ne peuvent que « perpétuer les divisions du passé » entre Serbes et Kosovars et ne permettent en rien d'envisager « une réconciliation dans les Balkans ». Crime organisé, trafic des êtres humains transitant par le Kosovo, « grandes violences à l'encontre des femmes (...) la situation est sombre au Kosovo », a conclu Björn von Sydow à la fin de ses introductions aux débats. Il a cependant tenu à relever un point positif repris ensuite par d'autres orateurs: le dialogue entamé entre Pristina et Zagreb, capitales kosovare et serbe, afin de normaliser les relations entre les deux pays. « Mené au niveau des Premiers ministres, cet engagement semble véritablement mis en œuvre », a-t-il déclaré. La Serbie a, il est vrai, « intérêt à apaiser sa relation avec le Kosovo si elle veut consolider sa candidature à l'Union européenne », a rappelé pour sa part le socialiste français Jean-Pierre Michel qui appelle de ses voeux la présentation simultanée de rapports consacrés à la Macédoine, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et le Kosovo devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. « Cela montrerait que ces quatre États issus du démantèlement de l'ex-Yougoslavie ne sont pas de véritables démocraties », a-t-il déclaré en confirmant que le principal défi du Kosovo était aujourd'hui d'apaiser les conflits entre des « communautés vivant toujours dans la haine de l'autre ». Non reconnu par cinq pays européens - l'Espagne, la Grèce, la Roumanie, la Slovaquie et Chypre qui craignent un précédent - le Kosovo a été qualifié de « Casus singularis » par le Grec Dimitrios Papadimoulis (GUE) alors que le Lituanien Egidijus Vareikis (PPE) considérait que « ce qui fut envisagé comme la solution est maintenant devenu un problème ». Large convergence de vues sur le constat « sombre » établi par Björn von Sydow donc et aval des parlementaires également au second volet de son rapport consacré au « rôle du Conseil de l'Europe » pour aider le Kosovo à progresser vers l'état de droit. C'est ainsi que l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) a décidé d'intensifier et d'élargir son dialogue avec l'Assemblée du Kosovo en adoptant aujourd'hui une résolution soulignant la nécessité « d'entretenir des relations directes et à tous les niveaux avec les autorités de ce pays ». L'APCE réclame également de Pristina et Belgrade une coopération avec les unités d'enquête sur les crimes de guerre et le crime organisé émargeant à la mission de l'Union européenne au Kosovo (EULEX) ainsi qu'avec le Tribunal International pour l'ex-Yougoslavie et la task-force spéciale d'enquête de l'Union européenne. (VL)