Bruxelles, 23/01/2013 (Agence Europe) - Le Premier ministre britannique, David Cameron, a promis aux Britanniques qu'il organiserait, après 2015 s'il est réélu, un référendum qui posera la question d'une sortie du Royaume-Uni de l'UE ou de son maintien dans le cadre d'une relation renégociée et essentiellement basée sur le marché unique, mercredi 23 janvier lors d'un discours plusieurs fois reporté.
« Je ne suis pas un isolationniste. Je ne veux pas seulement des meilleures conditions pour le Royaume-Uni. Je veux de meilleures conditions pour l'Europe également. Je parle donc en tant que Premier ministre britannique ayant une vision positive pour le futur de l'UE. Un futur dans lequel le Royaume-Uni désire, et devrait désirer, jouer un rôle actif et impliqué », a déclaré le conservateur britannique. Il a listé les trois défis majeurs que l'Europe, après avoir garanti la paix sur le continent, doit désormais affronter: - les changements institutionnels à venir afin de permettre à l'Eurozone de mieux faire fonctionner la monnaie unique ; - la crise de compétitivité que l'UE traverse, la part européenne dans la production mondiale étant appelée à diminuer de près d'un tiers dans les 20 ans à venir ; - le sentiment croissant de frustration des citoyens européens, surtout britanniques, vis-à-vis d'une Europe lointaine qui s'intègre sans les consulter.
Pour affronter ces défis, l'Europe doit opérer « un changement radical » dans la fixation de ses priorités et sa façon de fonctionner, a estimé M. Cameron. Favorable à une UE à la carte qui est d'ailleurs déjà la règle dans des domaines tels que la monnaie, les contrôles aux frontières, l'intervention militaire et bientôt la taxation sur les transactions financières, il a plaidé pour une flexibilité accrue dans les relations du Royaume-Uni avec l'UE, tout en assurant de sa volonté que son pays reste membre.
Selon le Premier ministre britannique, cette nouvelle relation devrait reposer sur 5 principes. Tout d'abord, l'ouverture des marchés, en complétant le marché unique dans des secteurs tels que les services et le numérique, en réduisant la bureaucratie qui limite l'essor des PME. M. Cameron souhaite aussi que son pays joue un rôle de premier plan dans les négociations commerciales avec des pays comme les États-Unis, le Japon et l'Inde. 2ème principe: en étant plus diverse et flexible, l'UE devrait être en mesure d'agir à la vitesse d'un réseau plutôt que comme un bloc. En outre, il devrait être possible que certaines compétences soient rendues aux États membres, conformément à une promesse de la déclaration de Laeken de 2001. Le Royaume-Uni effectue actuellement un screening des compétences qui pourraient être rapatriées, des députés conservateurs britanniques évoquant l'emploi et le social, la pêche et la politique régionale, la justice.
Référendum. Réclamant une négociation sur des bases justes et équitables, M. Cameron a considéré que ceux qui refuseraient aux Britanniques d'avoir un tel débat contribueraient à précipiter la sortie du Royaume-Uni de l'UE. « C'est pourquoi, je suis en faveur d'un référendum », a-t-il déclaré. Mais pas avant que le gouvernement ait eu le temps de jeter les bases d'une nouvelle relation avec l'UE, c'est-à-dire après 2015 et les prochaines élections législatives. Le leader britannique a prôné « un vrai choix entre rester ou faire partie d'une nouvelle relation (avec l'UE) dans laquelle le Royaume-Uni modèle et respecte les règles du marché mais est protégé par des garanties équitables et débarrassé de la réglementation fallacieuse », « dans laquelle le Royaume-Uni est aux avant-postes de l'action collective sur des questions telles que la politique étrangère, le commerce et qui laisse la porte résolument ouverte à de nouveaux membres ».
Les réactions ont afflué après le discours de M. Cameron. La Commission européenne a salué « la contribution importante » au débat démocratique sur l'Europe au Royaume-Uni. Aux Britanniques et au gouvernement britannique de dire ce qu'ils pensent être la meilleure approche pour leur pays au sein de l'UE, a déclaré sa porte-parole. Elle a fait part de la satisfaction de l'institution européenne concernant la volonté « sans équivoque » du Premier ministre britannique que Londres reste dans l'UE, la contribution « positive » du Royaume-Uni étant « dans l'intérêt de l'UE » notamment dans des domaines tels que « le marché unique, l'élargissement, le changement climatique, l'ouverture au monde, les opportunités commerciales ».
Ton critique au PE, à part les conservateurs britanniques. Pour le président du Parlement européen, Martin Schulz, ce discours « ne reflète pas la réalité de l'Europe ni n'impressionnera beaucoup de ses partenaires européens ». Avec l'annonce d'un référendum, M. Cameron est « un apprenti sorcier » incapable de contenir les forces hostiles à l'Europe qu'il a contribuées à déchaîner et jouant « un jeu dangereux pour des raisons tactiques et intérieures », a-t-il ajouté. Croyant à la volonté du leader britannique que son pays reste dans l'UE, il a qualifié de « dangereux précédent » le souhait britannique de remettre en cause l'acquis communautaire, une telle démarche n'étant même pas, selon lui, dans l'intérêt des Britanniques.
« Beaucoup de bruit pour rien », a raillé le président du groupe S&D. Selon l'Autrichien Hannes Swoboda, M. Cameron aurait dû passer plus de temps à analyser les bienfaits de l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE au lieu de lancer sa campagne de réélection avec ce discours « tragicomique » promettant de renégocier la place de Londres dans l'UE. « Le Premier ministre britannique se trompe s'il pense pouvoir faire du chantage aux institutions européennes à travers l'attribution sans fin d'exemptions pour son pays (…). Les menaces et les listes de demandes unilatérales n'aideront pas à gagner le soutien des partenaires à convaincre », a-t-il ajouté, acceptant que l'UE évolue, mais vers plus de solidarité et d'équité sociale. Même son de cloche chez le groupe Verts/ALE qui dénonce le « chantage sur l'UE » du leader britannique. « Nous ne pouvons pas avoir cinq ans de Sommets européens et des réunions du Conseil bloqués ou gênés par des tentatives d'extorsion d'exemptions sur la base d'un lointain référendum », a déclaré l'Allemand Daniel Cohn-Bendit. Pour sa compatriote Rebecca Harms, voir « l'UE comme un club de libre-échange est un concept dépassé en totale contradiction avec les défis du XXIème siècle ».
Le président du Groupe PPE, le Français Joseph Daul, a trouvé « surprenant que l'un de nos États membres, après 40 ans de partenariat et de décisions communes, se dise mécontent et souhaite renégocier les termes d'un avenir commun », surtout de la part d'un Premier ministre conservateur « qui tente de balayer la contribution de ses prédécesseurs ».
Le président du groupe ADLE, le Belge Guy Verhofstadt, critique fermement « le double jeu » d'un David Cameron s'appuyant sur l'ignorance des Britanniques sur la façon dont l'UE fonctionne: « Il prétend vouloir un ensemble de règles communes pour le marché unique et en même temps désire des exceptions pour la Grande-Bretagne. Il veut un Conseil du marché unique afin de se concentrer sur l'accroissement de la compétitivité, mais nous en avons déjà un. Il prétend que l'Europe n'offre rien de plus et ne change jamais, mais au contraire l'UE est constamment en mouvement. » Et l'ancien Premier ministre belge d'exclure toute « renégociation de convenance ou la dénonciation unilatérale par un État membre d'une politique commune » car elle conduirait « immanquablement au délitement du marché unique », d'autres pays mettant nécessairement en avant leurs propres revendications d'aménagement avec le Traité. « La vision de l'Europe de David Cameron ressemble au Dreamliner de Boeing. Elle a l'air bonne, elle s'écoute bien. Mais une fois que vous essayez de l'utiliser, vous vous rendez compte qu'il y a des problèmes cachés de sécurité », a déclaré Graham Watson (ADLE, britannique), pour qui suggérer « que l'UE n'a pas de 'démos' témoigne d'une erreur fondamentale de compréhension de l'histoire de l'Europe ces 20 dernières années ».
Avec ce discours, « le génie est sorti de la bouteille », s'est réjoui le président du groupe ELD, Nigel Farage. L'Eurosceptique britannique refuse toutefois de prendre M. Cameron au sérieux parce que celui-ci n'a fait aucune référence à l'article 50 du traité européen autorisant un État à sortir de l'UE, « seul mécanisme existant dans les traités permettant de rapatrier des compétences au niveau national ».