Clarifier la réalité. L'information sur le cas grec est à mon avis en partie biaisée et le comportement des responsables de la zone euro est mis artificiellement en mauvaise lumière. Certaines imprécisions sont régulièrement reprises, comme si elles pouvaient détenir la vérité à force de les répéter.
Voici un exemple: l'UE aurait rejeté en son temps le projet d'Athènes d'un référendum qui aurait permis au peuple grec de dire lui-même s'il acceptait les engagements réciproques relatifs au redressement de la situation de leur pays. Que de démagogie et de fausses informations sont actuellement diffusées sur cet épisode, même de la part de commentateurs connus ! J'avais suivi cette péripétie et je m'en rappelle très bien: le gouvernement grec aurait souscrit les engagements réciproques sur les mesures à prendre ; après quoi, il aurait interrogé le peuple par référendum. Aucune objection de l'autre côté, mais une remarque: les financements auraient évidemment commencé dès que le résultat du référendum aurait été connu. Refus du gouvernement grec: il réclamait le soutien financier tout de suite. Mais comment les responsables de la zone euro et du FMI auraient-t-ils pu commencer les versements avant que la Grèce ne s'engage à respecter le plan convenu? Les autorités renoncèrent au référendum. Mais jamais il n'a été rejeté à Bruxelles !
Ce n'est qu'une illustration. Regardons à présent la situation actuelle. Une majorité favorable à la permanence dans la zone euro existe au parlement hellénique, grâce à la prime de 50 sièges dont a bénéficié le parti classé premier avec 29,7% des votes. Cette prime a permis à Nouvelle démocratie de disposer de 129 sièges (sur 300) et de former avec ses alliés une majorité. Mais les analyses indiquent qu'en fait 55% des électeurs ont voté pour des partis qui rejettent le mémorandum qui établit les conditions auxquelles les financements européens et du FMI sont subordonnés. Il est vrai que les Grecs ont fait un choix clair, mais contre l'austérité, a résumé un commentateur local. Selon des indications non officielles, les autorités de la zone euro seraient disponibles pour retoucher les taux d'intérêt des financements et pour assouplir quelques délais ; mais les objectifs économiques et les réformes seraient intouchables. La position des responsables de la monnaie unique est logiquement assez ferme, car ils sont (presque) tous obligés de surveiller rigoureusement les dépenses (voir cette rubrique dans le bulletin n° 10637).
À qui profite le coût de la crise grecque ? Si les efforts de la zone euro et du FMI profitaient aux citoyens grecs, ils seraient, au moins en partie, justifiés. Or, il n'en est rien. Il est vrai que dans certains États membres on a calculé combien chaque citoyen grec a déjà reçu, mais c'est un calcul artificiel ; il a logiquement impressionné les opinions publiques en Allemagne et ailleurs, mais il a étonné le grec moyen. Le journaliste Maroun Labaki, envoyé spécial du quotidien belge Le Soir, a repris la déclaration du chauffeur de son taxi à Athènes: « Où est-il l'argent de l'Union européenne ? Moi, je ne l'ai jamais vu. » Parce que la triste vérité est que les milliards d'euros que cette aventure coûte sont en fait engloutis par la mauvaise gestion et par les retards colossaux dans les réformes en Grèce, mais aussi et surtout par la spéculation financière internationale ; et ceci bien au-delà du cas grec.
Je continue à considérer comme inévitable que la Grèce traverse, le moment venu, une période en dehors de la zone euro, et que le prolongement de la situation actuelle soit nécessaire pour créer les conditions les meilleures pour cette sortie. Une phase de préparation qui pourrait se prolonger quelques mois.
Il est évident que la Grèce non seulement restera membre de l'UE, mais qu'elle recevra aussi soutiens et aides supplémentaires, sans exclure à terme le retour dans la zone euro.
L'UE se prépare activement. Entre-temps, l'UE poursuit et accentue ses réformes et se donne les armes pour faire face efficacement à la spéculation financière, y compris les places de New York (c'est-à-dire le pays qui fait la leçon à l'Europe) et de Londres (c'est-à-dire un État membre). Les autorités communautaires se sont enfin défendues avec vigueur à la réunion du G20 (voir notre bulletin d'hier) et les institutions de la zone euro, et de l'UE en général, travaillent d'arrache-pied pour se doter des instruments nécessaires pour combattre la spéculation. La création de la taxe sur les transactions financières (entre les États membres qui la veulent, si l'unanimité est impossible), la réforme des agences de notation et l'approfondissement de l'intégration communautaire dans son ensemble sont enfin poursuivis avec vision politique et acharnement.
La concrétisation de ces projets demande parfois des délais importants et les effets ne peuvent pas être immédiats. Mais les bases doivent être jetées à la fin du mois, lors du Sommet.
(FR)