Bruxelles, 31/05/2012 (Agence Europe) - Le président de la BCE Mario Draghi a demandé aux leaders de la zone euro, jeudi 31 mai, d'affiner leur vision de l'avenir de l'Union économique et monétaire (UEM). Il s'est prononcé en faveur d'une union bancaire avec pour particularité une supervision financière centralisée, des règles européennes de gestion de crise bancaire et un fonds européen de restructuration. Un sujet on ne peut plus d'actualité, quelques jours après que le sommet européen a lancé des travaux en vue d'un renforcement du volet économique de l'UEM (EUROPE n° 10619) et avant que la Commission européenne présente, mercredi 6 juin, sa proposition législative sur la résolution de crise bancaire.
« À quoi l'euro ressemblera-t-il ? », s'est interrogé M. Mario Draghi, qui s'exprimait en qualité de président du Comité européen du risque systémique (CERS) devant la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen. Selon lui, en plus des réformes structurelles et de la consolidation budgétaire en cours, les Dix-sept doivent « préciser leur vision pour les années à venir » et « plus tôt cela sera fait, mieux ce sera ». Car il n'appartient pas au CERS de combler le vide créé par l'action insuffisante des pays de la zone euro pour garantir la stabilité de la monnaie unique.
L'ancien gouverneur de la Banca d'Italia a évoqué plusieurs pays, sans citer l'Espagne ou l'Italie, qui traversent une rivière à fort courant en faisant face à de forts vents contraires, qui se battent en réformant leur économie mais ne voient pas la rive de l'autre côté de la rivière à cause de la brume qui la dissimule. « Nous demandons que la brume soit dissipée » car « les vents contraires continueront à souffler ». Il a comparé la situation actuelle de l'UEM à celle du référendum danois de 1992 qui avait rejeté le Traité de Maastricht, remettant ainsi en cause la construction monétaire. « Nous sommes au même carrefour aujourd'hui ».
Union bancaire. Pour M. Draghi, réaliser l'« union bancaire » dans la zone euro permettrait de donner corps à cette vision qu'il appelle de ses vœux. Cette union bancaire reposerait sur trois piliers: un « régime de garantie » garantissant le fonctionnement des activités cruciales d'une banque en cas de difficulté (ex: dépôts bancaires), un cadre réglementaire pour la restructuration d'une banque transfrontalière, « une plus grande centralisation de la supervision bancaire ». Interrogé sur les cas Dexia et Bankia, M. Draghi a appelé les gouvernements à cesser de toujours sous-estimer le coût d'une restructuration. « C'est l'expérience que l'on voit partout, c'est la pire manière d'affronter la situation », a-t-il considéré.
À la question de savoir si le Mécanisme européen de stabilité, opérationnel à partir de juillet, devait être autorisé à intervenir directement dans un secteur bancaire, le président du CERS a évoqué le risque que, à règles inchangées, « un grand pot commun existe sans que personne ne puisse y toucher ». (MB)