Bruxelles, 03/04/2012 (Agence Europe) - Merci la récession et l'hiver clément. Les émissions de CO2 des quelque 10 000 installations industrielles couvertes par le système d'échange de quotas d'émissions (ETS) de l'UE ont baissé de 2,6 % l'an dernier (1,88 milliard de tonnes contre 1,94 million de tonnes l'année précédente), selon les données vérifiées comparables publiées à titre liminaire lundi 2 avril par la Commission européenne. Mais l'on aurait tort de voir, dans cette baisse, enregistrée pour la troisième année consécutive, l'effet vertueux de l'ETS, que du contraire. Elle signifie que les entreprises ont émis 114 millions de tonnes de moins que ne le prévoit le plafond de l'ETS et que l'ETS leur a donc permis de transférer 155 millions de quotas à la période suivante, en augmentant encore leurs excédents, a aussitôt souligné le WWF qui s'est livré à ses propres calculs.
Selon l'ONG, le fait que le marché ait été suralimenté en quotas est une nouvelle preuve que l'ETS, principal instrument de marché pour lutter contre le changement climatique, ne fonctionne pas correctement et provoque une chute du prix du carbone ( - 14% le 2 avril) préjudiciable à la réduction effective des émissions de CO2.
« Le WWF tire la sonnette d'alarme quand aux dysfonctionnements du système européen d'échange de quotas d'émissions. Les données 2011 montrent une sur-allocation de quotas permanente qui conduit à saper la performance de ce qui était communément désigné comme l'instrument politique 'phare' pour réduire les émissions industrielles de gaz à effet de serre dans l'UE », a déclaré Jason Anderon, chef de la politique européenne du climat et de l'énergie au bureau européen de cette ONG. Le WWF est convaincu que l'ETS doit d'urgence être amélioré pour restaurer la confiance dans cet instrument et éviter un effondrement plus conséquent encore du prix du carbone. « Cela doit être fait en mettant de côté une quantité significative de quotas d'émissions à court terme, dans le cadre de la proposition de directive sur l'efficacité énergétique (EUROPE n° 10564). En outre, le plafond de l'ETS devrait être abaissé pour coïncider avec les objectifs de la feuille de route pour une Europe à faible intensité de carbone à l'horizon 2050 (EUROPE n° 10575) », précise-t-il. Alors que l'UE avait tablé sur 30 euros la tonne lorsque que fut approuvé le paquet législatif/Énergie en 2008, le prix du carbone qui était à 7 euros, a atteint lundi, son niveau historiquement le plus bas en chutant lundi 2 avril à 6,14 euros. Avec les réserves de quotas constituées, nul besoin de réduction nette des émissions entre aujourd'hui et 2020, sauf à procéder à la réforme de l'ETS demandée par le Parlement dans le compromis récemment négocié entre la commission de l'environnement et la commission ITRE (EUROPE n° 10564). (AN)