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Bulletin Quotidien Europe N° 10264
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/afrique

Croissance et emploi, nerfs d'un sommet sur fond de crise mondiale

Bruxelles, 25/11/2010 (Agence Europe) - Pour la première fois, le sommet UE/Afrique - le troisième du genre - accueilli les 29 et 30 novembre à Tripoli, en Libye, se réunira sur fond de crise économique et financière mondiale. Une raison suffisante pour que les 80 chefs d'État et de gouvernement européens et africains qui représentent plus d'un milliard et demi de personnes aient décidé de placer leur partenariat stratégique, traditionnellement dominé par le dialogue politique sur la sécurité, la paix et la gouvernance, au chevet de 'L'investissement, la croissance économique et la création d'emplois' (EUROPE n° 10254). Cette préoccupation partagée est le thème mobilisateur de ce rendez-vous entre les deux continents, auquel participeront Herman Van Rompuy, président du Conseil européen qui coprésidera le sommet (avec le président du Gabon ou du Liberia), José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, Andris Piebalgs, commissaire européen à la Politique de développement.

La première journée, présidée par les Africains, sera consacrée à cette problématique de la croissance durable. La journée du 30 novembre, présidée par les Européens, fera place aux questions politiques, à la paix, la sécurité et l'intégration régionale. Le Soudan, à la veille des référendums sur l'autodétermination du Sud-Soudan et le statut d'Abyei, la Somalie, et les menaces transnationales comme la menace terroriste qui persiste dans la bande Sahélo-saharienne figurent parmi les thèmes de discussion. Omar El Bachir, président du Soudan, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour crime de guerre, crime contre l'humanité et génocide ne sera pas présent.

Le Sommet devrait se conclure par l'adoption de la déclaration de Tripoli, du deuxième plan d'action pour la période 2011-2013 et d'une déclaration politique conjointe sur le changement climatique pour présenter des objectifs communs à la conférence onusienne de Cancún (Mexique, COP16- 29 novembre-10 décembre).
« Dans un contexte de globalisation croissante et de crise économique et financière, le partenariat de l'Union avec l'Afrique est d'une importance stratégique. Nous aborderons des sujets clés comme la paix et la sécurité, la gouvernance globale et l'intégration régionale. Nous allons également renforcer nos efforts conjoints pour encourager l'investissement, la création d'emplois et la croissance », expliquait Hermann Van Rompuy jeudi 25 novembre. Pour José Manuel Barroso, « ce partenariat représente également pour l'Europe un véritable atout et une opportunité à ne pas manquer de promouvoir les relations avec un continent toujours plus important dans un monde de plus en plus interdépendant ».

Sortir des banalités d'usage ? Mettant en garde le Sommet UE/Afrique contre les « banalités d'usage et le déjà entendu », l'eurodéputé Charles Goerens (ADLE, Luxembourg), intervenu mercredi 24 novembre devant la session plénière du Parlement, attend du sommet UE/Afrique qu'il réussisse à s'attaquer aux vrais problèmes. Et de préciser ses attentes en ces termes: « De l'Afrique, on attend un message clair quant à l'amélioration de sa gouvernance, à sa capacité à réaliser de la valeur ajoutée et sa détermination à arrêter le pillage de ses ressources. On attend aussi qu'elle nous indique les obstacles qu'elle n'est pas encore à même d'éliminer en s'appuyant sur ses propres forces. De l'Europe, on attend qu'elle développe sa capacité d'écoute, sa complicité avec la démarche africaine, soucieuse de désenclaver le continent noir au plan politique, économique et commercial. La responsabilité de l'Europe est écrasante dans ces domaines. Si le sommet UE/Afrique devait contribuer à ouvrir la voie à une Afrique mieux représentée au Conseil de sécurité, mieux représentée au G20, plus à même d'éradiquer la pauvreté, le Sommet n'aura pas été vain ».

Le secteur privé à l'honneur. Signe de l'importance accordée au secteur privé, dont l'implication est une particularité du partenariat inclusif UE/Afrique, le Sommet de Tripoli sera précédé par un sommet des affaires vendredi 26 novembre et samedi 27 novembre auquel participeront Charles Michel, ministre belge de la Coopération au développement, Antonio Tajani, commissaire à l'Industrie et Andris Piebalgs. Un forum des jeunes, et une table ronde de PDG d'Afrique et d'Europe (28 novembre) auront lieu en marge du sommet.

Des résultats positifs et tangibles pour les peuples. Durant ces deux jours, les participants auront à cœur de s'appuyer sur les résultats de la stratégie commune UE/Afrique et des huit partenariats thématiques lancés en 2007 [(1) paix et sécurité ; (2) gouvernance démocratique et droits humains ; (3) intégration régionale, commerce, et infrastructures ; (4) objectifs du Millénaire pour le développement ; (5) énergie ; (6) changement climatique ; (7) migration, mobilité et emploi ; (8) science, société de l'information et espace] pour consolider un partenariat qui a atteint sa vitesse de croisière. La dernière main a été mise au projet de déclaration de Tripoli et au deuxième plan d'action 2011-2013 ainsi qu'à la déclaration commune sur le changement climatique lors de la quinzième réunion ministérielle UE/Afrique, le 19 novembre à Lilongwe (Malawi). Les ministres ont insisté sur la nécessité d'obtenir pour les peuples d'Afrique et de l'Union européenne, des résultats positifs et tangibles, et rappelé l'engagement pris au sommet de Lisbonne en 2007 de « bâtir un nouveau partenariat politique stratégique pour l'avenir en dépassant nos relations traditionnelles établies sur le mode bailleurs de fonds/bénéficiaires et en nous appuyant sur des valeurs et des objectifs communs dans notre recherche de la paix et de la stabilité, de la démocratie et de l'État de droit, du progrès et du développement ».

Un coup de pouce aux APE. Les accords de partenariat économique (APE) dans l'impasse entre l'UE et les quatre régions africaines du groupe ACP ne sont pas inscrits à l'ordre du jour, mais les pays africains, demandeurs d'un déblocage des négociations au plus haut niveau politique (EUROPE n° 10256) ne manqueront pas de soulever la question. Les deux parties estiment que Tripoli offre « une bonne occasion de renouer le dialogue politique au niveau approprié pour trouver des solutions aux préoccupations communes. Les discussions auxquelles ont peut s'attendre porteront principalement sur la nécessité de réaffirmer la volonté de chacune des parties de conclure des APE mutuellement satisfaisants ». Les ministres l'ont souligné à Lilongwe.

La lutte contre la pauvreté, priorité UE/Afrique selon les citoyens de l'UE. Un sondage Eurobaromètre publié jeudi 25 novembre par la Commission sur la perception du partenariat UE/Afrique par les citoyens de l'UE révèle que 38% d'entre eux voient dans la lutte contre la pauvreté le principal défi des relations UE/Afrique. La paix et la sécurité sont à la deuxième place (34%), suivies par les droits de l'homme (33%). 34% pensent que l'Afrique deviendra un partenaire plus important pour l'Europe au cours de la prochaine décennie (mais la plupart des citoyens interrogés en Suède, en Autriche, au Luxembourg en Allemagne, en Slovénie au Portugal et en Autriche font ce pronostic), tandis que 42% pensent que les relatons demeureront inchangées. Les citoyens de l'UE ne considèrent pas que les migrations aient une importance majeure. Toutefois, les personnes interrogées en Espagne (11%) et à Malte (18%) y attachent une importance beaucoup plus élevée que la moyenne des citoyens européens (6%). Près de 15% des personnes interrogées n'ont pas d'opinion précise sur les relations UE/Afrique, ce qui témoigne d'un manque d'information. (A.N.).

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