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Bulletin Quotidien Europe N° 10008
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les deux conditions de Jean-Claude Juncker, le nouveau rôle de Mario Monti

Heureusement, ils sont toujours là. Je me réfère à quelques personnalités de premier plan qui ont joué un rôle particulier dans les affaires européennes et qui, pour une raison ou l'autre, pouvaient paraître moins directement engagées, mais viennent de prouver de manière éclatante que ce n'est pas le cas.

Disponibilité si on le lui demande. Je me réfère d'abord à Jean-Claude Juncker, qui vient de poser avec éclat sa disponibilité au rôle de président stable du Conseil européen, à deux conditions: a) que ce rôle sous-entende des responsabilités réelles et ne soit pas un « poste d'apparat » ; b) qu'on le lui demande, car « il ne faut pas se porter candidat à une telle fonction, il faut laisser venir les appels des autres ». En ajoutant: « Si un appel m'était lancé, je n'aurais pas de raison de refuser de l'entendre » (voir notre bulletin d'hier).

M. Juncker préside depuis 2004 le groupe de l'euro. Il a joué dans ces fonctions un rôle essentiel pour l'affirmation de la monnaie commune, il a révisé le Pacte de stabilité et il a affirmé avec vigueur et sans répit l'exigence que la politique monétaire unifiée soit accompagnée d'une gouvernance économique coordonnée entre les pays de la zone euro. Plus récemment, il n'avait pas caché son amertume pour la manière dont son pays avait été inséré transitoirement dans la « liste grise » des pays insuffisamment coopératifs en matière d'échanges d'informations bancaires. La question avait été clarifiée mais l'amertume était restée, et M. Juncker ne cache pas quelques échanges de vues avec Nicolas Sarkozy pendant lesquels « nous nous sommes dit les choses ». À présent, il considère que leurs relations sont amicales et il reconnaît que « jamais l'Europe ne fut présidée avec une telle perspicacité que sous la présidence française ».

Lorsque la présidence du Sommet sera devenue stable, il plaide pour une conception de ce nouveau rôle qui ait pour objectif l'intérêt européen: « L'Europe doit être dirigée d'une façon cohérente, inclusive et globale. Le président doit savoir conjuguer les plans, les idées et les rêves des grands comme des petits pays. Il doit aussi être un facilitateur pour le couple franco-allemand, sans négliger la dimension élargie de l'Union ». Et il a ajouté: « Ma longue expérience m'a appris que l'Union ne se fait pas seulement sur les idées des grands pays, qui souvent divergent. Ce sont les petits et les moyens qui les mettent souvent d'accord ».

Il considère par ailleurs que les querelles pour ou contre le fédéralisme résultent d'une équivoque: « Je ne suis pas fédéraliste au sens britannique du terme ; l'Europe n'a pas vocation à ressembler aux États-Unis d'Amérique (…). Mais je suis fédéraliste au sens européen du terme », qui consiste à mettre en commun ce qui est essentiel tout en laissant hors des « zones d'influence » de l'UE ce qui est propre à chaque pays.

La question qui désormais se pose est de savoir si Jean-Claude Juncker obtiendra, au sein du Conseil européen, la majorité qualifiée nécessaire.

Un « regard neuf » sur le marché unique ? Le deuxième cas est celui de Mario Monti. Le président Barroso lui a confié la tâche de formuler « des recommandations en vue d'une initiative visant à relancer le marché unique en tant qu'objectif stratégique clé de la nouvelle Commission européenne. » Il aura la possibilité d'organiser des consultations avec le Parlement européen, les futurs commissaires européens concernés, les autorités des États membres et d'autres parties intéressées (qui seront sans doute nombreuses).

M. Monti a été commissaire européen chargé du marché intérieur, des services financiers et de la politique fiscale (1995-1999), et ensuite de la politique de concurrence (1999-2004). Dans un rôle comme dans l'autre, son action a laissé bien des traces, que ce soit lorsqu'il a dénoncé le déséquilibre croissant entre les revenus du travail (en baisse) et les revenus du capital (en hausse) que lorsqu'il a condamné certains abus de grandes firmes américaines. En acceptant le nouveau défi, il s'est réjoui d'avoir à réfléchir aux moyens de supprimer les derniers obstacles à la réalisation complète du marché unique, en ajoutant: « Cela appellera peut-être un regard neuf sur la façon dont le marché et la dimension sociale d'une économie européenne intégrée peuvent se renforcer mutuellement ». Je reviendrai sur ce que cette phrase sous-entend, en me limitant pour le moment à souhaiter que M. Monti ne négligera pas, dans sa réflexion, le domaine de l'agriculture sous l'angle que cette rubrique a récemment souligné (bulletin n° 9997).

Le rapport de Pervenche Berès. D'autres cas seraient à signaler. Je citerai au moins Pervenche Berès qui a dû quitter la présidence de la commission parlementaire des affaires économiques et monétaires (pour des exigences d'équilibre géographique et à cause du recul du groupe socialiste), mais a été nommée rapporteure de la commission spéciale du PE sur la crise financière. On attend son rapport avec intérêt.

(F.R.)

 

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