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Bulletin Quotidien Europe N° 9821
Sommaire Publication complète Par article 33 / 34
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 808

*** MICHEL ROCARD, NICOLE GNESOTTO (sous la dir. de): Notre Europe. Éditions Robert Laffont (24 av. Marceau, F-75008 Paris). 2008, 394 p., 22 €. ISBN 978-2-221-11098-0.

Dans "Notre Europe", dix-neuf plumes réunies autour de Nicole Gnesotto et de Michel Rocard décortiquent, sans concession, l'état de la construction européenne et disent leur mal d'Europe. "Le paradoxe de la construction européenne, c'est qu'elle n'est pas ce que l'on croit. Elle n'est pas là où les citoyens l'attendent. S'agissant d'éducation, d'innovation, de recherche - thèmes dont on dit qu'ils sont essentiels à la compétitivité et au succès de l'Europe dans la mondialisation -, l'Union n'a aucun pouvoir. Le fameux agenda de Lisbonne est une illusion: les États membres gardent toutes leurs compétences nationales et ne délèguent à l'Union que le droit de leur faire des recommandations, bien évidement non contraignantes !", constatent Nicole Gnesotto et Michel Rocard. Le même discours vaut pour l'énergie et bien d'autres domaines: politique sociale, économie, politique étrangère, défense... C'est cette "Europe en trompe-l'œil", comme l'appelle le journaliste Jean Quatremer, qui est la cause de la désaffection des citoyens pour l'unification du continent.

Fidèle à son rôle, l'ancien commissaire européen à la Recherche, Philippe Busquin, mesure l'étendue du déclin scientifique des Vingt-sept par défaut de stratégie et de synergie européenne. Il appelle à moderniser les universités et attirer les chercheurs étrangers. Le parlementaire néerlandais Wim van Velzen déplore la dérive qui a fait de l'Europe sociale le parent pauvre du marché intérieur. Dans ce qui est l'un de ses derniers écrits, Bronislaw Geremek insiste sur la nécessité de ne pas opposer élargissement et approfondissement, avant de juger stérile et dangereux le débat sur les frontières de l'Europe. Et d'affirmer également que "toute inachevée qu'elle est, l'Europe s'affirme malgré les vents contraires comme une puissance, comme une patrie et comme une communauté".

Pour Nicole Gnesotto, "la mondialisation impose (...) aux souverainetés nationales des limites que seules la cécité ou l'arrogance des nations permettent d'ignorer". Et l'ancienne directrice de l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne à Paris d'interroger: quel État européen, ou quelle coalition d'États, est aujourd'hui assez puissant pour agir sur la scène internationale et tenter de résoudre les défis nouveaux (énergie, réchauffement climatique, risques sanitaires ou alimentaires, conflits régionaux, terrorisme) qui menacent la stabilité et la prospérité internationale ? Aussi Mme Gnesotto appelle-t-elle de ses vœux "une Europe qui saurait réconcilier la force et le droit, la puissance normative et la puissance politique, l'identité européenne et la solidarité occidentale".

Et l'ancien Premier ministre français de conclure: "Répondre aux préoccupations des gens, rapprocher l'Europe du citoyen, construire l'Europe des projets, ces formules désormais éculées sont bien autre chose que de simples slogans programmatiques: elles disent l'urgence d'une révision profonde des assises théoriques de la construction européenne, d'une réinjection massive du politique dans la logique économique de l'Union (...) La Commission européenne possède à cet égard une responsabilité majeure: par traité, c'est elle qui est dépositaire de l'intérêt général, lequel ne se réduit pas aux intérêts institutionnels de la Commission ni au bon fonctionnement des règles du marché. Osera-t-elle monter d'un cran, prendre à bras le corps la question de l'intérêt national européen, proposer une grille de lecture du monde où l'Europe pourrait faire valoir sa valeur ajoutée propre ?" Si elle ne s'en montre pas capable, l'Europe politique sera bel et bien morte, comme le craint Michel Rocard.

Olivier Jehin

*** CHRISTIANE TIMMERMAN, DIRK ROCHTUS, SARA MELS (sous la dir. de): European and Turkish Voices in Favour and Against Turkish Accession to the European Union. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "European Policy", n° 38. 2008, 149 p., 28,90 €. ISBN 978-90-5201-428-9.

L'idée d'une Turquie "européenne" a une longue histoire. Elle est même présente dès Byzance, dont l'emblème, l'aigle bicéphale, exprimait déjà cette appartenance à deux mondes différents et la volonté d'en être le trait d'union. Cette idée a été poussée à son paroxysme par Atatürk, père fondateur de la Turquie moderne. Cependant, cette volonté d'appartenance à l'Europe montre aujourd'hui, face aux réticences de cette dernière, des signes d'essoufflement. Avec des opinions publiques qui, de part et d'autre, sont de plus en plus sceptiques, il est nécessaire que les deux acteurs aient désormais une discussion sérieuse. Dans la théorie, il suffirait que la Turquie remplisse les critères d'adhésion pour que la route à l'accession lui soit ouverte et divers scénarios et feuilles de routes sont développés dans ce sens, notamment par la Commission. Dans la pratique, c'est une question de caractère émotif qui pose problème: la différence. La méfiance de l'autre, on la retrouve des deux côtés: d'une part, une partie de l'Europe a du mal à oublier le passé et craint, avec l'avènement de l'AKP, la question de l'islam; de l'autre, la société turque, donc musulmane, se demande, face à la méfiance européenne et l'éloignement des États-Unis avec la guerre en Irak, s'il ne serait pas plus judicieux de se tourner vers l'est.

Voulant faire avancer le débat, le Centre Universitaire Saint-Ignatius d'Anvers a organisé en 2006 un colloque auquel ont été invités divers académiciens et diplomates d'Europe et de Turquie. Les discussions, reprises dans cet ouvrage, abordent les arguments "pour" et "contre" l'adhésion de la Turquie sous trois angles: le socio-économique d'abord, l'historique, culturel et religieux ensuite, le point de vue politique enfin. Les auteurs mettent en avant des facteurs comme la taille, la prépondérance de l'agriculture ou l'instabilité macro-économique du pays comme barrières à l'entrée, mais soulignent par exemple que la population vieillissante de l'Europe pourrait bénéficier de l'apport de "sang frais" d'une population turque bien plus jeune. Ils mettent aussi en garde contre le message d'exclusion que le refus enverrait à tout un pan de la population musulmane européenne - et, dans une certaine mesure, mondiale. L'ouvrage aborde aussi, bien sûr, le problème des droits de l'homme qui est l'un des points délicats de cette candidature turque, ainsi que les dangers d'une perte de cohésion et d'identité accrue dans l'Union. Autant d'approches qui composent un ouvrage très intéressant visant à promouvoir la réflexion sur un problème épineux auquel il faudra à l'Union apporter une solution.

(NDu)

*** MAGALI GRUEL-DIEUDE: Chypre et l'Union européenne: mutations diplomatiques et politiques. Éditions L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.libraireharmattan.com ). Collection "Aujourd'hui l'Europe". 2007, 249 p., 21,50 €. ISBN 978-2-296-03490-7.

Prolongement de recherches menées dans le cadre d'une thèse de doctorat en études européennes soutenue à la Sorbonne Nouvelle - Paris III en 2006, ce livre un peu touffu appréhende la "question chypriote" à la lumière du positionnement de la Grèce et de la Turquie, bien sûr, mais aussi de l'Allemagne (en établissant notamment un parallèle entre les déchirures territoriales endurées par ces deux pays), de la France et, enfin, de l'Union européenne. Cette "boîte à outils" est utile, même si elle ne contribue pas vraiment à discerner de claires perspectives.

(PBo)

*** JEAN-MARIE THIEBAUD: Dictionnaire biographique des pays baltes. Le personnel politique, diplomatique et militaire de 1918 à 2007. Éditions L'Harmattan (voir coordonnées supra). 2007, 281 p., 25 €. ISBN 978-2-296-03750-2.

Les trois pays baltes sont, à n'en pas douter, parmi les plus méconnus au sein de l'Union. D'où le réel intérêt de cet ouvrage qui, œuvre d'un passionné de généalogie, rappelle d'abord succinctement les grandes étapes de l'histoire de ces pays, leurs structures administratives et politiques, les liens qu'ils ont noués entre eux, avec les pays nordiques, avec la région de Kaliningrad pour ce qui concerne la Lituanie, avec l'Otan et, surtout, avec la Russie à la lumière, entre autres, du problème des minorités et de celui de l'indépendance énergétique. L'auteur parle également, toujours en quelques lignes, du retour de la diaspora, de la diminution et du vieillissement de la population, du regard porté par les pays baltes sur la France et, enfin, de la vision de la politique culturelle qui y prévaut. Toutefois, les pages de l'ouvrage sont, pour l'essentiel, consacrées à présenter les personnalités qui ont été et/ou restent au cœur de la vie politique, diplomatique et militaire de ces trois, le dictionnaire biographique s'ouvrant sur Jaak Aab, ancien ministre estonien des Affaires sociales aujourd'hui député et maire de Vohma, et se terminant avec le député lituanien Manfredas Zymantas.

(PBo)

*** L'Europe en formation. Revue d'études sur la construction européenne et le fédéralisme - Journal of Studies on European Integration and Federalism. Centre international de formation européenne (10 av. des Fleurs, F-06000 Nice. Tél.: (33-4) 93979397 - fax: 93979398 - Courriel: europe.formation@cife.eu - Internet: http: //http://www.europeenformation.eu ). 2008, n° 349-350, 280 p., 24 €. Abonnement: 30 €.

La cure de rajeunissement dont bénéficie depuis quelques mois la revue fondée par Alexandre Marc, chantre du fédéralisme personnaliste intégral, porte pleinement ses fruits dans ce numéro qui tourne autour d'un "Dossier" riche de pas moins de quatorze contributions. Il n'en fallait pas moins pour tenter de prendre la mesure des enjeux balkaniques contemporains, "entre construction des nations et européanisation". À noter, dans ce contexte, de nouvelles signatures bienvenues, ainsi qu'un conseil scientifique nettement plus représentatif que par le passé. Autant d'éléments qui incitent à penser que L'Europe en formation a encore beaucoup de beaux jours devant elle.

(PBo)

*** CHRISTOPHER S. BROWNING: Constructivism, Narrative and Foreign Policy Analysis. A Case Study of Finland. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2008, 328 p., 53,30 €. ISBN 978-3-03910-519-9.

Chercheur et enseignant à l'Université de Warwick, l'auteur de ce livre propose une nouvelle approche des relations internationales: il développe une théorie incluant le concept d'identité afin d'expliquer l'évolution des politiques étrangères, en partant du cas finnois. Jusqu'à présent, c'est l'approche matérialiste et rationnelle qui prévaut lors d'une analyse de politiques étrangères. Cette approche prend l'identité des pays comme un fait acquis et assume que tous les États sont des "maximisateurs" de pouvoir ayant comme seule préoccupation leurs propres intérêts. Cette approche ne prend donc pas en compte le fait que les acteurs évoluent et que leurs attitudes et actions sont motivées par leurs différents parcours et épreuves. Cette recherche étudie donc la politique étrangère de la Finlande en mettant en avant son identité historique et le facteur subjectif, de manière à pouvoir expliquer le pourquoi de certaines attitudes, chose impossible pour l'approche rationaliste.

(NDu)

*** ROMAIN YAKEMTCHOUK: La politique étrangère de la Russie. Éditions L'Harmattan (voir coordonnées supra). 2008, 435 p., 39 €. ISBN 978-2-296-06018-0.

Professeur émérite de l'Université de Louvain et ex-rédacteur en chef de la revue belge Studia Diplomatica, Romain Yakemtchouk - qui a aussi été conseiller scientifique de l'Institut Royal des Relations Internationales à Bruxelles et expert au service du programme Tacis de l'Union - décortique, dans cet ouvrage, la (re)montée en puissance de la Russie vingt ans après la dissolution de l'ancienne Union soviétique. Il y analyse la manière dont Moscou se sert de ses hydrocarbures comme d'une arme pour reconquérir ses positions à l'étranger et évalue la manière dont les Russes renforcent, de gré ou de force, leurs positions dans les pays de l'espace post-soviétique. Dans le même esprit, l'auteur soupèse l'état des relations entre Moscou et les États-Unis, diagnostiquant non point le retour à la guerre froide mais bien la mise en place d'une "paix froide" dans le contexte de l'élargissement de l'Otan et de l'installation en Europe de systèmes antimissiles américains perçus comme une menace par le pouvoir russe.

(MT)

*** HERTA DÄUBLER-GMELIN, EKKERHARD MÜNZIG, CHRISTIAN WALTHER (sous la dir. de): Afrika, Europas verkannter Nachbar. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Afrika, Europas verkannter Nachbar", n° 1. 2007, 207 p., 18,50 €. ISBN 978-3-631-55543-9.

Le titre de cet ouvrage, L'Afrique, voisin méconnu de l'Europe, est le nom d'une nouvelle série de publications qui est inaugurée par ce volume. Cette collection est publiée par le club des amis de l'Institut Otto Suhr de l'Université libre de Berlin. Portant le nom d'un ancien maire célèbre de Berlin, cet Institut constitue l'école de sciences politiques de cette université, où le thème de l'Afrique avait été laissé de côté pendant une longue période. C'est à l'initiative citoyenne des amis de l'Institut que l'intérêt pour l'Afrique a été ravivé à travers un cycle de conférences, d'octobre 2005 à février 2006, dont les textes forment l'ensemble de l'ouvrage. On y trouve des interventions de personnalités politiques aussi bien que des contributions plus scientifiques, tentant de mêler les approches théoriques aussi bien que pratiques sur les problèmes clés du continent africain. Ouvert par un discours prononcé par le président de la République fédérale d'Allemagne devant l'Union panafricaine à Addis Abeba, les contributions veulent avant tout montrer l'intérêt que ce pays manifeste pour le rôle qu'il peut jouer en Afrique et ce que l'Afrique peut lui apporter, ainsi qu'à l'Europe en général. Le volume ne se veut donc pas exclusivement académique mais aussi politique, afin de susciter l'intérêt pour certaines questions essentielles des relations internationales dans cette partie du monde. L'ensemble remplit bien cette fonction.

(GFr)

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