Bruxelles, 19/01/2009 (Agence Europe) - En publiant lundi 19 janvier, ses prévisions économiques intermédiaires à ses exercices saisonniers, la Commission européenne a confirmé le sombre diagnostic qui prévalait pour l'économie européenne en 2009. Cet exercice, anticipé du fait de la crise et plus large que d'habitude puisqu'il porte sur l'économie des vingt-sept États membres de l'UE, envisage toutefois une reprise progressive en fin d'année et une croissance positive en 2010.
Les risques identifiés dans ses prévisions économiques d'automne (EUROPE n° 9774) se sont matérialisés et la baisse des activités enregistrée fin 2008 devrait se poursuivre en 2009 sous l'effet du ralentissement des activités économiques mondiales, constate la Commission. La croissance du PIB mondial passera en effet de 3,3% en 2008 à 0,5% en 2009 avant de remonter à partir du second semestre de l'année pour atteindre 2,75% en 2010. En Europe, le scénario privilégié par la Commission suit cette tendance, avec un début de relance, bien que modeste, à partir de la deuxième moitié de 2009. Le PIB devrait ainsi chuter en 2009 de 1,9% dans la zone euro et de 1,8% dans l'UE, avant de repartir à la hausse en 2010 de 0,4% dans la zone euro et de 0,5% dans l'UE (contre respectivement +0,9% et +1% en 2008). La contraction des échanges commerciaux, celle de la production manufacturière et, parfois, l'effondrement du marché immobilier, continueront à se faire sentir tout au long de l'année, alors que la consommation et l'investissement du secteur public sont les seules composantes à pouvoir donner un peu de souffle à l'économie. La baisse salutaire de l'inflation, propice à relancer un peu la consommation privée, offre une hypothétique lueur d'espoir, car dans l'immédiat ce sont les répercussions pour l'emploi et les finances publiques qui inquiètent.
Une récession particulièrement large et marquée. Si cinq pays de l'UE ont connu une récession en 2008 (Danemark, Estonie, Irlande, Italie et Lettonie), ils seront dix huit à enregistrer une baisse du PIB cette année, avec toutefois des différences sensibles (les mêmes que l'année dernière plus Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Hongrie, Lituanie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni et Suède). Seuls l'Espagne, la Lettonie la Lituanie et le Portugal devraient encore être en récession en 2010, selon l'analyse de la Commission. D'une manière générale, les différences de croissance resteront importantes entre États membres. Les pays baltes seront particulièrement touchés cette année (avec des baisses du PIB de 4% en Lituanie, de 4,7% en Estonie et de 6,9% en Lettonie), tout comme l'Irlande (-5%). L'économie britannique se contractera de 2,8% et l'économie allemande de 2,3%. L'Espagne, l'Italie et les Pays-Bas connaîtront chacun une baisse de 2%, alors que la France se situera à -1,8%. Si d'autres pays connaîtront toujours une croissance positive en 2009, les chiffres seront bien inférieurs à ceux de 2008. L'économie slovaque devrait être la plus performante (+2,7%), suivie de l'économie polonaise (+2%) et des économies roumaine et bulgare (+1,8%), de l'économie tchèque (+1,7%).
Notons par ailleurs, qu'en 2009 le PIB des États-Unis sera en baisse de 1,6% et celui du Japon de 2,4% selon la Commission. En 2010, la croissance américaine devrait rebondir à +1,7% et celle du Japon rester en recul de 0,2%.
L'amélioration de l'inflation. La baisse rapide de l'inflation devrait se poursuivre et atténuer quelque peu la diminution de la consommation des ménages. Supérieure à 3% jusqu'en octobre dernier, la hausse des prix a considérablement ralenti pour atteindre 1,6% en décembre dans la zone euro. Le niveau d'inflation continuera à décroître fortement avant de se stabiliser en fin d'année. Le taux d'inflation pour 2009 devrait être de 1% dans la zone euro et de 1,2% dans l'UE à 27 et de 1,8% et 1,9% en 2010, explique la Commission qui ne se situe « pas du tout dans un scénario déflationniste », selon le commissaire aux Affaires économiques et monétaires. Ces niveaux seront en tout cas conformes avec la définition de la stabilité des prix de la Banque centrale européenne (BCE), a dit Joaquin Almunia lors d'une conférence de presse lundi. Et la Commission de noter que les divergences entre les taux d'inflation des États membres se réduiront, en particulier dans les pays issus des derniers élargissements.
L'impact des mesures de relance. Dix-sept États membres ont adopté des plans de sauvetage des banques, avec pour objectifs de stabiliser les marchés financiers, de stimuler les prêts interbancaires et de rétablir les flux de crédits aux entreprises ou aux particuliers. Si les deux premiers objectifs ont été atteints, le dernier ne l'est pas encore, en dépit de la politique monétaire plus favorable, a souligné M. Almunia, soucieux de voir l'investissement et la consommation privés redémarrer au plus vite. Dix-huit États membres ont par ailleurs adopté des mesures d'incitation budgétaire équivalant à 1% du PIB en 2009 et à 0,5% du PIB en 2010 à ce stade. S'il est « trop tôt » pour évaluer l'impact de ces mesures, le commissaire les juge « suffisantes », rappelant que leur mise en œuvre doit être rapide.
La détérioration du marché du travail. Après les développements favorables des années 2005-2007, le chômage repartira nettement à la hausse lors des deux années à venir. Après avoir connu un taux de chômage de 7,5% en 2008, la zone euro enregistrera 9,3% en 2009 et 10,2% en 2010. La tendance dans l'ensemble de l'UE est la même, avec 8,7% cette année et 9,5% l'année prochaine, contre 7% l'année dernière. « Nous atteignons des chiffres que nous ne voyions plus depuis les années 90 », a observé M. Almunia.
Les pays affectés par des turbulences sur leurs marchés immobiliers sont ceux qui ont enregistré les plus fortes hausses du taux de chômage jusqu'à présent (Espagne, Estonie, Irlande et Lettonie). Ils devraient aussi être les plus touchés au cours des deux prochaines années, même si aucun pays ne sera épargné par cette détérioration.
La dégradation généralisée des finances publiques. En 2009, les soldes budgétaires devraient se dégrader dans presque tous les États membres. La moyenne des déficits devrait ainsi plus que doubler cette année, pour atteindre 4,4% dans l'UE (contre 2% en 2008) et 4% dans la zone euro (contre 1,7% en 2008). Les déficits devraient encore se creuser en 2010 (avec respectivement -4,8% et -4,4%). Seuls trois pays de l'UE devraient encore être en mesure de dégager un excédent budgétaire cette année: Bulgarie (+2%), Luxembourg (+0,4%) et Finlande (+2%).
Sept pays de la zone euro auront un déficit budgétaire au-delà des 3% du PIB en 2009: Espagne (-6,2%), France (-5,4%), Grèce (-3,7%), Irlande (-11%), Italie (-3,8%), Portugal (-4,6%) et Slovénie (-3,2%). Hors zone euro, ils seront six à dépasser ou atteindre le seuil de référence du Pacte de stabilité et de croissance (PSC): Estonie (-3,2%), Lettonie (-6,3%), Lituanie (-3%), Pologne (-3,6%), Roumanie (-7,5%) et Royaume-Uni (-8,8%). Notons toutefois que la Hongrie, qui est comme le Royaume-Uni sous le coup d'une procédure pour déficit excessif, devrait quant à elle repasser sous les 3% en 2009 (avec -2,8% contre -3,3% en 2008). La Commission examinera la plupart des programmes de stabilité et de convergence actualisés des États membres le 18 février prochain et décidera alors de lancer des procédures pour déficit excessif contre les pays dont la déviation n'est ni proche de la limite du PSC ni temporaire. Les ministres des Finances se prononceront ensuite sur ces recommandations lors du Conseil ÉCOFIN du 10 mars.
Pour plus d'informations et une analyse par pays: ttp: //ec.europa.eu/economy_finance/pdf/2009/ interimforecastjanuary/interim_forecast_jan_2009_en.pdf. (A.B.)