Bruxelles, 19/01/2009 (Agence Europe) - L'UE, certains de ses États membres, et surtout la présidence en exercice représentée par le Premier ministre tchèque, paraissent prendre la balle au bond pour convaincre de la nécessité d'une relance des pourparlers de paix et instaurer la confiance, alors que s'amorce un cessez-le-feu à Gaza après plus de trois semaines de bombardements intensifs sur la bande côtière palestinienne contrôlée par le mouvement Hamas.
Répondant à l'invitation du président égyptien Hosni Moubarak à un sommet impromptu, le Premier ministre tchèque Mirek Topolánek, le président français Nicolas Sarkozy, la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre britannique Gordon Brown et ses homologues italien Silvio Berlusconi et espagnol José Luis Zapatero se sont rendus, dimanche à Charm el-Sheikh. Ont également participé à ce sommet le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, le roi Abdullah II de Jordanie, le président turc Abdullah Gül et le chef de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Les deux belligérants directs n'y ont pas été conviés, ni Hamas ni Israël. Le groupe de dirigeants européens s'est rendu ensuite en Israël pour y réaffirmer son engagement à la fois à agir pour consolider le cessez-le-feu, accélérer l'aide humanitaire d'urgence et, enfin, contribuer concrètement, en soutien à Israël et à l'Égypte, à la lutte contre la contrebande d'armes au profit du Hamas. Un jour plus tôt, lors d'une conférence de presse, M. Moubarak avait affirmé que son pays n'était pas engagé par l'accord sur ce dernier point signé la veille par la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni et la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice. Sur ce point, Nicolas Sarkozy a indiqué pour sa part à Charm el-Sheikh: « Nous avons signé une lettre, Mme Merkel, M. Brown et moi, (afin) de mettre à disposition d'Israël comme de l'Égypte des moyens militaires, diplomatiques et techniques pour mettre fin à la contrebande des armes ».
On estime également que ce sommet, un jour avant celui des chefs d'État arabes à Koweït et deux jours après celui qui a regroupé au Qatar les pays arabes « durs » plus l'Iran et des pays islamiques (sans l'Arabie saoudite, l'Égypte et l'Autorité palestinienne mais en présence de dirigeants de Hamas) a offert un appui politique direct et visible à Hosni Moubarak, dont le pays est fortement critiqué par les autres pays arabes.
Le président égyptien s'est réjoui de constater que « des signes de déblocage de la crise sont apparus » depuis vingt-quatre heures. Lors de son intervention, la veille, il avait de nouveau pressé Israël de cesser ses bombardements, de retirer ses troupes. L'Égypte travaille à sécuriser sa frontière avec la Bande de Gaza et "n'acceptera jamais" de présence étrangère sur son territoire, avait déclaré Hosni Moubarak lors de la même intervention.
« L'Égypte a été critiquée mais a bien travaillé », a dit M. Sarkozy. « Les armes doivent se taire. Nous en sommes au commencement. Il faut accélérer (le processus) pour aboutir à la création de deux États » coexistant pacifiquement. Dans l'immédiat, il a appelé à « consolider le cessez-le-feu » et apporté son soutien au « sommet à vocation humanitaire (qui) sera organisé par l'Égypte dans quelques jours pour permettre l'acheminement de l'aide » à la population de Gaza. L'essentiel est aussi, a-t-il dit, de « récréer la confiance » et « pour cela mettre fin au trafic d'armes ». Il faut aussi « profiter de la crise pour remettre sur la table une grande conférence qui poserait les bases d'une paix durable et on aura besoin de tout le monde », a ajouté M. Sarkozy, présenté comme co-président du sommet.
À noter qu'aucune précision n'a été donnée sur le format de la réunion de Charm el-Sheikh organisée à l'initiative du Caire et de Paris. MM. Moubarak et Sarkozy y œuvraient-ils en tant que co-présidents de l'UpM (Union pour la Méditerranée) ? Cela a été suggéré par la presse mais non affirmé. La présidence de l'UE était présente avec, à ses côtés, la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, mais pas Javier Solana qui n'a reçu aucune invitation, ni des Égyptiens ni de la Présidence tchèque alors qu'il fait normalement partie de la troïka européenne. Il travaille à l'organisation de la mission européenne de contrôle de l'accès de Rafah, se borne à répondre l'entourage du Haut Représentant pour la PESC. (F.B.)