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Bulletin Quotidien Europe N° 9821
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/turquie

M. Erdogan réclame la levée des « obstacles politiques » dans les pourparlers d'adhésion - Pour Ankara, l'adhésion pleine et entière reste l'objectif stratégique - Polémique autour du projet Nabucco

Bruxelles, 19/01/2009 (Agence Europe) - La Turquie espère faire en 2009 des avancées substantielles dans ses négociations d'adhésion à l'UE qui restent la « priorité numéro un » d'Ankara, a déclaré le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, lundi 19 janvier à Bruxelles. Au cours de sa visite auprès des institutions européennes, la première depuis quatre ans, M. Erdogan s'est plaint du « blocage politique » d'une dizaine de chapitres de négociation et a réclamé une accélération des pourparlers sous présidence tchèque et suédoise d'ici la fin de cette année. Au cas où le chapitre Énergie (actuellement bloqué par Chypre) ne serait pas rapidement ouvert, la Turquie pourrait revoir sa position sur « Nabucco » et retirer son soutien à ce projet qui doit permettre l'approvisionnement en gaz de l'Europe en provenance de la mer Caspienne via la Turquie en évitant la Russie, a averti M. Erdogan. Le chef du gouvernement turc a aussi rappelé la « responsabilité particulière » de son pays au Moyen-Orient, au Caucase et dans les Balkans estimant qu'avec la Turquie comme membre, l'UE pourrait y développer une politique étrangère et de sécurité commune « plus efficace ». M. Erdogan a également sévèrement condamné la guerre menée par Israël dans la Bande de Gaza et demandé que l'Europe respecte le Hamas démocratiquement élu. Accompagné par le ministre des Affaires étrangères, Ali Babacan, et le nouveau négociateur en chef pour l'adhésion, Egemen Bagis, M. Erdogan a rencontré le président de la Commission, José Manuel Barroso, et les Commissaires Olli Rehn (Élargissement) et Andris Piebalgs (Énergie), le Haut Représentant de l'UE pour la Pesc, Javier Solana, ainsi que le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering. Lundi matin, il s'est aussi longuement exprimé devant le European Policy Center (EPC).

Négociations d'adhésion. « Il n'y a pas d'alternative » à une adhésion pleine et entière à l'UE qui reste la « priorité numéro un » et l' « objectif stratégique » de la Turquie, a souligné M. Erdogan. Il s'est néanmoins plaint de la lenteur des pourparlers (plus de trois ans après l'ouverture des négociations en octobre 2005, seuls dix des 35 chapitres sont ouverts et un seul est provisoirement fermé) et du fait que « 18 chapitres » soient bloqués pour des raisons politiques liées à la division de Chypre ou à l'opposition de la France à l'adhésion turque. « Nous ne demandons pas de privilèges, ce que nous demandons, c'est un traitement équitable (…) J'espère que 2009 sera différente, qu'on fera un bond en avant»». M. Barroso a réitéré devant la presse que la Commission ferait « tout son possible » pour accélérer les négociations et « dégeler » les chapitres bloqués. « J'ai donné toutes les assurances à M. Erdogan que la Commission fera tout ce qu'elle peut pour soutenir la Présidence tchèque de l'UE en vue de faire des progrès dans les négociations au cours des six prochains mois. Nous soutiendrons les efforts visant à dégeler tous les chapitres. Nous ne voulons pas voir les négociations bloquées (…) Nous soutenons entièrement le processus d'adhésion de la Turquie », a souligné le président de la Commission. M. Barroso a aussi appelé les autorités turques à faire les réformes techniques et politiques nécessaires pour faire avancer les pourparlers.

Nabucco. Au cas où le blocage du chapitre Énergie (par Chypre) persisterait malgré tout, Ankara pourrait « revoir sa position » sur Nabucco, a déclaré M. Erdogan lundi matin devant l'EPC. Quelques heures plus tard, s'exprimant devant la presse à l'issue d'une entrevue avec M. Barroso, le Premier ministre turc est apparu beaucoup moins menaçant. Il est essentiel que l'Europe et la Turquie diversifient leurs approvisionnements énergétiques ; sur cette toile de fond, Ankara « soutient entièrement » Nabucco qui est « très important », a-t-il dit aux journalistes. La Turquie fera les investissements nécessaires pour pouvoir réaliser ce projet, a encore ajouté M. Erdogan. Il y a accord entre la Turquie et la Commission sur la nécessité de réaliser Nabucco car c'est un projet dans lequel toutes les parties sont gagnantes (« win-win-project »), a aussi affirmé M. Barroso. « Je m'attends à ce qu'il y ait du progrès sur Nabucco bientôt », peut-être déjà lors de la prochaine réunion ministérielle des États participants qui aura lieu les 26 et 27 janvier à Budapest. Pour le président de la Commission, il ne faut pas établir de lien entre les négociations d'adhésion sur le chapitre Énergie et le projet Nabucco. La sécurité et la coopération énergétique entre l'UE et la Turquie sont des objectifs stratégiques tellement importants qu'il serait inapproprié de les évaluer seulement dans le cadre réduit et technique des négociations d'adhésion, a-t-il dit. Devant l'EPC, M. Erdogan a appelé l'UE à saisir l'importance stratégique de la Turquie en tant que pays de transit et à ne pas accepter que Chypre puisse faire obstacle à une future coopération accrue. L'UE « ne devrait pas préférer la partie sud de Chypre, qui est située loin de l'Europe et ne compte que quelques centaines de milliers d'habitants (...) comparée à la Turquie et ses 70 millions d'habitants », a-t-il dit.

PESC/Gaza. Si l'UE veut devenir un acteur de poids sur la scène internationale, elle devra accueillir la Turquie qui, géographiquement et culturellement parlant, fait partie de l'Europe, a souligné M. Erdogan. C'est une « insulte » de dire que le pays n'est pas européen ; « nous sommes même plus que ça: nous sommes un pont entre l'Europe et l'Asie », a-t-il dit devant l'EPC. Dans les régions de crise comme le Moyen-Orient, le Caucase ou les Balkans, « avec la Turquie comme membre, la politique (étrangère et de sécurité commune) de l'Union européenne serait beaucoup plus efficace », a estimé M. Erdogan. Il a fortement critiqué l'opération militaire israélienne à Gaza (entre-temps arrêtée grâce aux cessez-le-feu décrétés dimanche, voir autre nouvelle), parlant d'une « tragédie humaine » eu égard au nombre important de victimes civiles. M. Erdogan a aussi appelé la communauté internationale à respecter le succès électoral du Hamas et à ne pas chercher à le marginaliser. « Si nous voulons faire progresser la démocratie dans cette région, nous devrions respecter la décision des gens qui se sont rendus aux urnes », a-t-il dit. Il a plaidé pour qu'on laisse du temps au Hamas pour voir ce qu'il est capable de faire. « En cas d'échec à améliorer les conditions de vie des Palestiniens, il sera battu dans les urnes », prédit-il. (H.B.)

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