Bruxelles, 27/06/2007 (Agence Europe) - Angela Merkel, la chancelière allemande qui transmettra samedi 30 juin la Présidence du Conseil européen au Premier ministre portugais José Socrates, s'est prononcée mercredi avec véhémence contre l'idée d'une « Europe à deux vitesses » comme réponse aux réticences manifestes de certains pays membres à avancer dans l'intégration européenne. Même si le Conseil européen du week-end dernier et les négociations - particulièrement tendues - sur le futur traité ont démontré que l'esprit communautaire fait de plus en plus place à des calculs et attitudes nationalistes, ce n'est qu'en agissant « tous ensemble » que nous pourrons atteindre nos objectifs d'une Europe unie, a estimé Mme Merkel devant le Parlement européen réuni mercredi après-midi en mini-session plénière à Bruxelles. « Laissez-moi vous dire très clairement: je ne soutiens pas du tout cette idée (de lancer une Europe à deux vitesses). Notre objectif ne peut pas être de créer de nouveaux fossés ». Il y aura toujours des domaines spécifiques dans lesquels l'un ou l'autre pays membre demandera un traitement spécifique ou des dérogations, mais l'essentiel est de faire en sorte que ces dérogations restent dans le cadre général des traités, a insisté la chancelière. Et de citer un proverbe africain: « si tu veux avancer vite, avance seul. Si tu veux aller loin, avance ensemble ». Pour Angela Merkel, le Sommet était un succès, non seulement parce qu'il a permis un accord sur le futur traité « qui préserve la substance de la Constitution européenne », mais aussi parce qu'il a été possible d'éviter - de justesse - la rupture qui aurait causé, selon elle, une « perte de confiance » et de profondes divisions en Europe.
Pour Daniel Cohn-Bendit, le co-président du groupe des Verts/ALE, la vraie question n'est pas celle d'une Europe à plusieurs vitesses, mais de savoir si certains pays (il pense surtout au Royaume-Uni) veulent vraiment rester membre du club. Une Charte des droits fondamentaux qui est juridiquement contraignante partout dans l'Union sauf au Royaume-Uni est « grotesque ». « Où bien l'UE a une Charte ou elle n'en a pas », a martelé M. Cohn-Bendit qui estime que, « dans les prochaines années », les pays membres hésitants ou réticents doivent se décider s'ils veulent vraiment appartenir à l'UE ou s'ils ne veulent pas bénéficier d'un « partenariat privilégié ». La clause de sortie, désormais incluse dans le nouveau traité, ouvre cette possibilité et permettrait de mettre un terme à la « tyrannie du veto ». M. Cohn-Bendit s'en est pris vigoureusement à Tony Blair qui a signé le traité constitutionnel et qui est ensuite revenu sur son accord de 2004 pour renégocier toute une série de points, notamment sur la Charte des droits fondamentaux, « ce qui prouve qu'il ne prend pas au sérieux l'Europe ». Les Verts lanceront en tout cas une campagne pour la Charte au Royaume-Uni sous le thème: « We want our rights back » (allusion au « I want my money back » de Mme Thatcher).
La très grande majorité des députés considère que le compromis du week-end est acceptable, même s'ils auraient souhaité un texte plus proche du traité constitutionnel. Martin Schulz, le chef du groupe PSE, est satisfait du résultat, mais déplore l'attitude « inacceptable » des dirigeants polonais dans les négociations, notamment à l'égard de l'Allemagne: « nous ne permettrons pas que l'idée européenne soit détruite par des anciennes haines » (Feindbilder). Les résultats de la Présidence allemande, en particulier les efforts déployés par Angela Merkel, ont été loués par tous les orateurs. L'Europe a eu « un tigre dans le moteur », a estimé le chef du groupe PPE-DE, Joseph Daul, qui a salué le « changement d'atmosphère » apporté par la Présidence allemande et les nombreux succès: paquet « énergie/climat » en mars, le Sommet du G-8 « où l'Europe était unie et a réussi à faire bouger les USA » et ensuite l'accord sur le traité de l'UE. (hb)