Bruxelles, 27/06/2007 (Agence Europe) - A quelques jours de la fin de la Présidence allemande, l'heure est au bilan, un exercice auquel se plient bien volontiers les ministres qui se succèdent cette semaine devant le Parlement européen. En matière économique et financière, Peer Steinbrück s'est montré satisfait des efforts d'ajustements budgétaires observés lors des six derniers mois, mais plus mesuré sur les avancées obtenues en matière fiscale notamment. Des initiatives qui trouveront leur prolongement sous Présidences portugaise et slovène.
Le pronostic de croissance relevé à la hausse pourrait se poursuivre en 2008 et au-delà, ce qui fait qu'« il y a de l'optimisme dans l'air », s'est félicité le ministre des Finances allemand. Un sentiment d'une « économie interne puissante », témoignant de la confiance des agents économiques, et qui se trouve renforcée par les bons chiffres de l'emploi. Dans ces conditions, « il convient de persister dans l'effort » de consolidation des finances publiques, car « nous n'avons jamais eu autant de potentiel pour aller de l'avant » et pour réduire les déficits, a préconisé M. Steinbrück.
Réaffirmant l'engagement pris par les ministres de l'Eurogroupe en avril à Berlin d'utiliser au mieux la conjoncture favorable pour consolider les finances publiques et parvenir à leurs objectifs à moyen terme au plus tard en 2010, il a par ailleurs estimé « intéressante » la venue du Président français, Nicolas Sarkozy, au prochain Conseil Ecofin, le 10 juillet. « Je ne souhaite pas prêcher l'épargne à tout crin », car il faut une double stratégie, mêlant à la fois consolidation des finances publiques et stimulation des investissements pour l'avenir, a précisé M. Steinbrück, pour qui il importe de se préoccuper autant de la qualité et de la structure des finances publiques.
Au plan économique et monétaire, le succès de l'euro s'est confirmé avec l'entrée de la Slovénie et bientôt de Chypre et Malte, s'est aussi réjoui le ministre, qui a souligné « le caractère ouvert de cette zone », prête à accueillir tous ceux qui remplissent les critères de convergence du Traité.
« Nous avons enregistré des progrès considérables » dans le domaine des marchés financiers, a-t-il ensuite jugé, citant notamment la directive sur les services de paiement, où nous avons bien collaboré avec le PE, mais « je n'ai pas réussi autant que je le souhaitais en matière de fiscalité ». Il n'y a « pas encore unité de vue » sur l'harmonisation de l'assiette de l'impôt sur les sociétés, à vrai dire « il s'agit là d'un intérêt encore moins que tiède », a-t-il déploré.
Le débat sur les hedge funds ne pouvait pas être conclusif et les attentes étaient souvent « un peu excessives ». Néanmoins, il était important à ce stade de lancer un appel aux bailleurs de fonds pour qu'ils examinent bien la crédibilité de leurs partenaires et de collaborer avec ces fonds alternatifs en faveur d'un code de conduite volontaire, a rappelé M. Steinbrück. Les fonds d'investissement « sont utiles mais nous ne pouvons pas fermer les yeux sur les risques pour la stabilité financière, qui sont dus aux volumes énormes et au manque de transparence pour certains d'entre eux ». Et d'ajouter: « On ne pourra pas les discipliner à la cravache mais par la persuasion ». Si Alexander Radwan (PPE-DE, Allemand) souhaite un livre vert sur la question, « il y a un peu de cafouillage au niveau de la Commission », a jugé M. Steinbrück, qui souligne subtilement ne pas pouvoir se plaindre de la ligne suivie sur les hedge funds par « le Commissaire généralement présent à l'Ecofin » (Joaquin Almunia), avant de croire déceler une évolution dans la position de Charlie McCreevy, lorsque celui-ci emploie le terme de code de conduite. Et de saluer l'annonce la semaine dernière par 13 hedge funds européens de la création d'un groupe de travail pour réfléchir à la valorisation d'actifs et la maîtrise des risques.
Le ministre s'est inscrit en faux contre les allégations du quotidien britannique Financial Times paru mardi, qui prêtait à Berlin l'intention de créer une agence susceptible de s'opposer à une opération d'acquisition par un fonds étranger sous contrôle étatique, si cette opération pose un risque pour la sécurité nationale. « Personne en Allemagne ne songe à cette agence », personne n'a utilisé ce terme, a ensuite assuré M. Steinbrück aux députés inquiets de l'annonce par la presse de l'éventualité d'instituer un contrôle des investissements étrangers sur le sol allemand et de l'impact d'une telle démarche sur le marché unique. Il a reconnu que l'hypothèse d'une telle menace méritait cependant d'être évoquée, mais que les conséquences tirées par la presse étaient « inconséquentes ». Ainsi, « il ne s'agirait pas d'une agence qui contrôlerait les flux financiers de l'étranger, mais il est important de s'entretenir au plan politique » de ce qui se passe dans le domaine des fonds souverains (sovereign funds). (ab)