Bruxelles, 07/06/2007 (Agence Europe) - Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker était mercredi 6 juin devant le Comité des Régions (CdR) pour un échange de vues avec les élus locaux et régionaux, réunis en séance plénière, sur « le devenir constitutionnel de l'Europe », une expression dont le Premier ministre luxembourgeois « ne veut pas parler » mais à laquelle il préfère celle de « matrice juridico-politique de l'Europe ».
Afin d'éviter que ne soit ouverte la « boîte de Pandore », Jean-Claude Juncker a plaidé pour le maintien de la substance du Traité constitutionnel ratifié par 18 Etats membres (dont le Luxembourg). Il a exprimé son espoir que les négociations intergouvernementales sur le nouveau traité soient menées à bon port sous Présidence portugaise de l'UE afin que le nouveau texte puisse être en vigueur avant les élections européennes de juin 2009. M. Juncker réclame aussi que le nouveau traité fasse au moins référence à la Charte des droits fondamentaux (dont le caractère juridiquement contraignant doit être maintenu), qu'il donne plus de vue à la gouvernance économique de la zone euro et qu'il inclue un Protocole social.
« Si j'avais écrit moi tout seul le Traité constitutionnel, c'eût été plus agréable à lire ! Mais même au sein de mon gouvernement, je n'arriverais pas à trouver un consensus », a-t-il lancé, sur un ton légèrement moqueur. A propos du titre « Traité constitutionnel », M. Juncker a affirmé qu'il s'était «toujours inscrit en faux contre cette expression parce qu'elle n'a pas épousé le sentiment de vie des peuples d'Europe. L'idée que l'Europe serait en train de s'étatiser est fallacieuse et supprimerait de notre paysage tout ce dont les citoyens ont besoin ». Et Jean-Claude Juncker d'expliquer que cela ne le gêne pas que l'on enlève du Traité des symboles comme le drapeau européen ou l'hymne européen (« je trouve cela ridicule »). Mais, a-t-il ajouté, « il y a des choses sur lesquelles on ne peut pas transiger », comme par exemple la Charte des droits fondamentaux. Et de critiquer l'UE qui « avec son arrogance euro-égoïste, euro-centrique va donner des leçons dans toute la planète urbi et orbi » et qui « lorsqu'il s'agit de mettre sur papier ce qui concerne la vie des citoyens, la retire! ». « Que les citoyens d'Europe, puisque l'Europe est une communauté de droits, puissent invoquer le catalogue des droits, est une avancée en termes de maturité démocratique à laquelle je ne voudrais pas qu'on renonce », a martelé le Premier ministre.
Autre point auquel il ne faut pas toucher: les équilibres institutionnels. « Nous avons besoin d'une Europe qui décide plus rapidement, avec une efficacité accrue pour prendre des décisions plus démocratiques et légitimes ». Posant ensuite la question de ce qu'il faut faire lors de la CIG, Jean-Claude Juncker répond: (1) un Président élu du Conseil européen: «On s'est mis d'accord là-dessus », a constaté le Premier ministre en critiquant toutefois l'idée en tant que telle: « J'ai toujours été contre cette idée, je n'aime pas cette fonction car je crois qu'elle porterait atteinte à la fonction de Président de la Commission européenne qui s'en trouverait affaiblie » ; (2) nommer un ministre européen des Affaires étrangères de l'UE: « Donnons à Solana ce titre », a précisé M. Juncker en ajoutant: « Nous avons besoin d'une nouvelle base légale pour la PESC ». « Le premier des droits des citoyens est le droit à la sécurité », a aussi martelé le Premier ministre. Il a enfin demandé que soient acceptées « les mini-avancées en matière sociale et environnementale » et d'appeler le nouveau traité « Traité fondamental » qui « respecte les grands équilibres sur lesquels on s'était mis d'accord, comme le principe de la subsidiarité et le concept de la cohésion territoriale ».
Appuyant l'engagement du Premier ministre luxembourgeois pour aboutir rapidement à une réforme « si possible avant 2009 », le maire socialiste de Dunkerque et Président du CdR, Michel Delebarre, lui a demandé de transmettre aux dirigeants européens « le souhait du Comité d'être consulté sur la finalité de la feuille de route qui sera adoptée au Conseil européen ». Pour Michel Delebarre, les Traités actuels sont insuffisants et le Traité de Nice n'est pas la bonne base de départ pour la négociation intergouvernementale. Plaidant lui aussi pour la préservation « de la substance et de l'esprit du Traité, » Michel Delebarre a indiqué que ce que veut le Comité, c'est « un traité plus, ce qui signifie plus d'Europe ».
Après cet échange de vues, le Comité des Régions a adopté l'avis d'initiative présenté par le maire de Tomar, Antonio Paiva (Portugal, PPE), sur la réforme de l'UE et la préparation du Conseil européen de juin. Le but de cet avis est de « nous présenter devant le Sommet de juin armés d'une position commune du Comité », a déclaré le rapporteur en présentant son avis à la plénière. Un avis par lequel le Comité invite les chefs d'Etat et de gouvernement à « s'engager en vue de l'aboutissement rapide du processus de réforme des Traités sans revenir sur les acquis obtenus par et pour les collectivités territoriales notamment à l'égard du respect du principe de subsidiarité et de la bonne gouvernance ainsi que de la cohésion territoriale de l'UE ». L'avis est disponible sur le site http: //http://www.cor.europa.eu (gb)