Bruxelles, 27/11/2006 (Agence Europe) - Réunis depuis une semaine à Dubrovnik, en Croatie, les 42 membres de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA) sont parvenus, dimanche 26 novembre, après des débats très tendus, à un accord destiné à garantir la survie des stocks de thon rouge dans l'Atlantique nord et la Méditerranée. « Les mesures décisives prises par la CICTA représentent une réelle chance pour le rétablissement progressif du thon rouge et pour le développement durable des pêcheries, des flottes et des communautés côtières qui en dépendent », s'est aussitôt félicité Joe Borg, le Commissaire européen à la pêche et aux affaires maritimes. Le plan de reconstitution des stocks de thon rouge, qui doit entrer en vigueur à partir du 1er janvier 2007 pour une durée de quinze ans, prévoit une réduction progressive des quotas annuels de pêche, de 32 000 tonnes aujourd'hui à 25 500 tonnes en 2010, et un allongement significatif des périodes de fermeture, variable selon les modes de pêche.
Quotas: les membres de la CICTA doivent encore se mettre d'accord, lors d'une réunion prévue en janvier au Japon, sur la répartition, entre eux, des nouveaux quotas de thon rouge dans l'Atlantique et en Méditerranée. Ensuite, l'UE devra allouer son Total admissible de captures (TAC) aux différents Etats membres disposant d'un quota. Sur un volume total de 32.000 t actuellement, les navires de l'UE en détiennent 18 301 t (6 266 pour l'Espagne, 6 186 t pour la France, 4880 pour l'Italie, 590 pour le Portugal, 323 pour la Grèce ; Chypre et Malte peuvent pêcher au titre du quota « autres» de la CICTA). Le TAC total devra être réparti entre l'UE, le Japon, la Turquie, l'Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Croatie et la Libye. « Les chiffres affichés par la CICTA sont sérieux même s'ils restent très au-delà du chiffre de 15 000 tonnes de prises annuelles préconisé par les scientifiques pour préserver l'espèce », souligne un expert.
Fermetures saisonnières: pour les palangriers de plus de 24 mètres, l'interdiction s'étendra dorénavant du 1er juin au 31 décembre, alors qu'elle ne dure aujourd'hui que deux mois (du 1er juin au 31 juillet). La pêche à la senne coulissante sera un peu mieux lotie, avec une fermeture du 1er juillet au 31 décembre (du 16 juillet au 15 août actuellement), après la période de reproduction qui a lieu en juin, particulièrement favorable à la pêche car les poissons remontent en surface. De leur côté, les pêches à la canne et au chalut pélagique, autorisées jusqu'à présent toute l'année, seront fermées du 15 novembre au 15 mai.
Poids minimum: autres mesures significatives: le poids minimum de capture augmente de 10 à 30 kg, ce qui devrait réduire de 50 % les prises de juvéniles.
Pêche de loisirs: la pêche amateur (récréative) se voit, pour la première fois, imposer un quota d'une seule prise par sortie en mer. De même, l'utilisation d'avions pour repérer les bancs est totalement bannie.
Inspections, contrôles: l'accord prévoit un ensemble de dispositions visant à renforcer les inspections et les contrôles, aujourd'hui défaillants: des certificats sont obligatoires tout au long de la chaîne d'exploitation du thon rouge ; les navires doivent avertir l'Etat du port avant de débarquer du thon ou de remplir les cages d'engraissement ; un système d'inspection est mis en place permettant à n'importe quelle partie de la CICTA de faire des inspections à bord d'autres parties (un rapport doit ensuite être envoyé à l'Etat du pavillon) ; les informations sur les captures de thon rouge doivent être envoyées en temps réel à la CICTA, qui sera dès lors en mesure de mieux suivre la consommation des quotas. Toutes ces mesures doivent permettre de mieux lutter contre la pêche illégale, qui est estimée à près de la moitié du quota global. Certains scientifiques redoutent que ces mesures ne soient pas appliquées. Selon l'un d'entre eux, « 95 % des bateaux de Méditerranée ne remettent même pas leur livre de bord à la CICTA. Le laxisme est généralisé ».
Deux camps se sont affrontés lors des négociations, en Croatie. D'un côté, des pays comme les Etats-Unis, le Canada, la Norvège et l'Islande (qui ne pêchent pas le thon rouge dans la région) ont défendu l'adoption des recommandations du comité scientifique de la CICTA (plafonnement des captures à 15 000 tonnes). À la surprise générale, le Japon, qui est le principal importateur de thon rouge de l'Atlantique, a demandé des mesures ambitieuses de réduction des captures. De l'autre côté, l'UE et d'autres pays (Turquie, Maroc…) ont milité pour une stabilisation du TAC actuel de 32.000 t. Les scientifiques estiment que, depuis des années, la totalité des captures (légales et illégales) s'est élevée à 50 000 tonnes et que les populations pourraient connaître un effondrement brutal si les prélèvements ne sont pas drastiquement revus à la baisse. C'est ce qui est arrivé au thon rouge du Sud, dont les captures annuelles ne parviennent plus à remonter, après l'adoption de mesures trop tardives.
La France a critiqué cet accord qui, selon elle, « ne remplit pas les conditions d'une lutte suffisamment efficace contre la pêche illicite » (pas de mesures efficaces pour imposer le suivi de tous les navires pêchant en Méditerranée). En outre, cet accord ne prévoit pas de dispositions permettant de limiter et diminuer les capacités de pêche et les capacités des cages d'engraissement, « ce qui reste particulièrement préoccupant », ajoute le ministre français Dominique Bussereau. « Dans ces conditions, les mesures de réduction des quotas officiels de pêche, d'encadrement des périodes de pêche et de hausse de la taille minimale de capture, vont toucher très durement la flotte pêchant légalement, tout particulièrement la flotte française, sans avoir d'impact réel sur la pêche illégale », déclare-t-il.
Les organisations écologistes, comme Greenpeace et le WWF, ont accusé l'UE, à l'origine de ce compromis de la CICTA, d'avoir « condamné le thon rouge à son extinction commerciale ». (lc)