Bruxelles, 27/11/2006 (Agence Europe) - La Présidence finlandaise a renoncé lundi à poursuivre ses efforts pour régler la question chypriote dans le cadre des négociations d'adhésion de la Turquie, renvoyant les parties à un règlement global de la situation. « Malheureusement, nous devons conclure que, dans les circonstances actuelles, un accord ne pourra être trouvé au cours de la Présidence finlandaise », a déclaré dans un communiqué Erkki Tuomioja, ministre des Affaires étrangères, après s'être entretenu successivement lundi matin avec ses homologues chypriote et turc, MM. Lillikas et Gül. Les pourparlers sur l'ouverture du commerce direct avec la partie nord de Chypre et sur l'accès des bateaux et avions chypriotes aux ports et aéroports turcs n'aboutiront donc pas avant le Conseil européen de décembre, qui devra en tirer les conséquences pour l'avenir des négociations d'adhésion avec Ankara. Pour le Commissaire Rehn, qui, à ce stade, doit toujours faire ses recommandations le 6 décembre, les négociations devraient néanmoins n'être ni suspendues, ni gelées, mais simplement ralenties. Au Parlement, les avis divergent.
Selon M. Tuomioja, toutes les parties ont coopéré de façon constructive avec la Présidence, qui « va commencer immédiatement à préparer la gestion de la suite des négociations relatives à l'accession de la Turquie à l'UE avec la Commission ». Comme prévu, la décision sera prise par les ministres des Affaires étrangères lors du Conseil Affaires générales et relations extérieures du 11 décembre prochain, sur base des recommandations de la Commission. Cette dernière n'a toutefois pas l'intention de précipiter sa décision formelle, de sorte que le 6 décembre reste le « moment logique » à ce stade pour se prononcer, a confirmé la porte-parole d'Olli Rehn. « L'objectif n'était pas de résoudre le problème relatif à Chypre, toutefois une conclusion positive de nos discussions aurait également pu être une avancée encourageante vis-à-vis des efforts de l'ONU à cet égard, auxquels la Présidence finlandaise apporte tout son soutien », poursuit le communiqué de la Présidence finlandaise, qui invite maintenant les dirigeants des deux communautés de Chypre à rapidement mettre en œuvre les propositions du secrétaire général adjoint, Ibrahim Gambari, afin de reprendre les négociations sur un règlement global.
Lors d'une conférence qu'il tenait le même jour à l'université d'Helsinki, Olli Rehn a estimé que « les efforts de la Présidence finlandaise n'étaient de loin pas vains », trouvant dans un vieil adage finlandais les raisons de positiver: « Le saumon est un poisson tellement noble, qu'il vaut la peine d'être pêché, même si finalement on n'en attrape pas ». Et de constater après deux années et demie de mandat en tant que Commissaire chargé de l'élargissement, « la conclusion essentielle que nous devons tirer est qu'un accord global est le meilleur moyen de résoudre le problème ». Selon lui, « pour encourager un mouvement sérieux, le Conseil européen de décembre devrait appeler à une reprise des pourparlers en faveur d'un accord global sous les auspices des Nations Unies ». Malgré la situation, M. Rehn insiste donc sur l'importance de ne pas remettre en cause la vocation européenne de la Turquie. « En respectant notre parole et en se conformant à la perspective d'adhésion, nous pouvons créer un cercle vertueux d'engagements crédibles, de conditionnalité rigoureuse et de réformes renforcées », martèle le Commissaire, qui insiste: « Nous devons, à toute étape, rester fermes et justes - pas seulement fermes ». En marge de la conférence, il a ensuite précisé: « les négociations ne seront pas arrêtées ou gelées, elles continueront plus lentement ». Cité par Reuters, M. Rehn a expliqué: « Une solution doit être trouvée. La Commission pense que les négociations ne peuvent pas être totalement arrêtées. Le train ralentira mais ne s'arrêtera pas ».
Pour Martin Schulz, Président du groupe socialiste au Parlement européen, cet échec est un «sérieux dommage » pour les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE. « La rupture des discussions nous a menés à un point critique », ajoute M. Schulz dans un communiqué, qui juge: « La Turquie doit bouger ». Appelant lui aussi à la pleine mise en œuvre par Ankara de l'accord sur l'union douanière, l'élu des Verts-ALE, Cem Özdemir, rappelle néanmoins que l'UE s'était pour sa part engagée en 2004 à mettre fin à l'isolement économique du nord de Chypre. « Avec cela en toile de fond, on ne peut s'empêcher de penser que pour l'UE la crédibilité est à sens unique », estime M. Özdemir, qui appelle aussi à exercer une pression sur Chypre. Et de mettre en garde contre la tentation pour beaucoup d'utiliser la crise actuelle comme un prétexte bienvenu pour arrêter les négociations. Un pas que n'hésitent en effet pas à franchir d'autres parlementaires européens, comme les représentants allemands de la CDU/CSU au Parlement européen, Werner Langen et Markus Ferber, pour qui « les négociations d'adhésion avec la Turquie doivent maintenant être suspendues ». Sur la même longueur d'onde, l'élu libéral allemand, Alexander Graf Lambsdorff, plaide pour le gel de tous les chapitres des négociations. (ab)