Bruxelles, 16/06/2005 (Agence Europe) - Malgré les « non » français et néerlandais à la Constitution européenne, la majorité du Parlement européen « croit que tous les Etats doivent pouvoir exprimer leur opinion, après avoir ajusté le calendrier », a dit le président du Parlement Josep Borrell jeudi soir au x chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, lors de son intervention à l'ouverture des travaux du Conseil européen. Selon lui, il faudrait « utiliser au mieux cette période (…) de débat et de réflexion, en évitant que le « stop and go » ne soit marqué par trop de « stop et peu de go » ».M. Borrell a voulu aussi dire ce que « nous ne devrions pas faire »: - accepter « le retour en arrière du projet européen » en cédant au populisme ; - faire comme si rien ne s'était passé, alors qu'il faut justement analyser en profondeur les raisons des « non » ;- « décréter une pause sans en définir les limites ni expliquer ce qu'on entend faire pendant cette période » ; - commencer à « détricoter l'acquis communautaire » ; - « laisser le débat aux mains d'experts, de personnalités « censées savoir », ou créer précipitamment d'autres structures institutionnelles » ; - « faire du bricolage juridique », car le projet de Constitution est « un ensemble » (par exemple, plus d'un tiers des articles de la première partie se réfèrent à la troisième partie). Pour mobiliser les Européens en faveur du « projet futur de l'Europe élargie », M. Borrell exhorte les institutions européennes et les gouvernements à « envoyer à chaque instant des signaux positifs d'une plus-value européenne » (par exemple, sur la sécurité intérieure). Le Parlement devra se prononcer bientôt sur des dossiers législatifs importants qui ont été « très discutés pendant les campagnes référendaires, tels que les projets de directive sur la libéralisation des services et le temps de travail », a-t-il noté dans ce contexte, en disant compter sur un dialogue positif entre institutions, et notamment sur la future Présidence britannique, « pour trouver les solutions adéquates ». Selon lui, pour « confronter le contexte qui a généré le « non » », il faudra aborder « au moins deux grands thèmes », le modèle de société européen (le Parlement est disposé à contribuer à ce débat, « que nous pourrions organiser conjointement ») et les frontières de l'Europe (« il faudra que l'on fasse une distinction entre la notion de réunification de l'Europe qui a caractérisé l'élargissement récent, et les élargissements futurs »).
Quant aux perspectives financières, M. Borrell a mis en garde ses interlocuteurs: si on ne décide pas maintenant, « ce sera chaque fois plus difficile » et sans perspectives financières « nous devrions en tout état de cause élaborer un budget pour 2007, et vous savez ce que prévoit le Traité à ce sujet ». M. Borrell souhaite aussi qu'un accord sur les perspectives financières, « indépendamment du signal positif qu'il donnerait dans la période actuelle, marque le début d'une nouvelle réflexion sur une meilleure adéquation entre les objectifs que nous nous proposons d'atteindre ensemble et les moyens nécessaires pour y parvenir ». Sur le fond, a-t-il rappelé, en adoptant le rapport Böge, le Parlement s'est situé entre la position de la Commission et celle de la présidence du Conseil, tout en étant « certainement plus proche de la Commission ». Selon le Parlement, l'UE ne pourra pas concrétiser ses ambitions avec un budget plafonné à 1% du RNB, a-t-il averti une nouvelle fois, tout en ajoutant: nous voulons un accord, et nous le voulons « en temps utile », mais nous ne voulons « pas n'importe quel accord », alors que notre approbation est nécessaire.