Indispensable et profitable. Je n'avais pas tort en estimant qu'il ne fallait pas prendre à la lettre le coup d'éclat de Jean-Claude Juncker lorsque, à l'issue du dernier Conseil Ecofin, il avait menacé de ne pas soumettre au prochain Sommet européen le projet tellement attendu visant à réviser le fonctionnement du Pacte de stabilité (voir cette rubrique du 11 mars). Son avertissement avait surtout un but pédagogique: inviter à la sagesse. En fait, le jour suivant, il avait repris ses contacts au plus haut niveau, en laissant comprendre qu'il avait toujours confiance dans la possibilité d'aplanir les divergences. Le dossier évolue. Ces derniers jours, M. Juncker en a parlé à trois occasions: lors de la Conférence d'EUROFI, durant la rencontre avec les parlements nationaux et dans une interview au Figaro (EUROPE du 15 mars, pp.17/18 et d'hier, p.7 et p.8).
La première fois, M. Juncker avait saisi l'occasion pour rappeler pourquoi le Pacte, premier et pour le moment unique instrument de surveillance budgétaire et de gouvernance économique dont l'Union dispose, est à la fois indispensable et avantageux pour tous. C'était un rappel oh combien utile, parce qu'en lisant certains commentaires et en écoutant certaines déclarations de personnalités politiques (jusqu'aux niveaux les plus élevés), on a parfois l'impression que ce Pacte est une invention de la bureaucratie communautaire, visant à brimer les Etats et à entraver leur liberté d'action et leurs efforts pour relancer la croissance et l'emploi. C'est ridicule, et pourtant c'est bien ce qu'on lit et ce qu'on entend. M. Juncker avait commencé par souligner que, l'euro étant la monnaie de tous, les fautes des uns ont un impact négatif sur les autres ; or, les pays vertueux ne doivent pas payer pour ceux qui ne le sont pas (même si ces derniers sont des grands pays). La stabilité de l'euro est nécessaire à tous. J'ajoute ce que le président du Conseil Ecofin n'avait pas besoin de répéter devant un parterre de banquiers et de financiers, à savoir que seul l'euro stable permet à la fois de bénéficier des taux d'intérêt les plus faibles des cinquante dernières années, de rester à l'abri des tempêtes monétaires qui agitent de temps en temps le monde et d'éviter les dramatiques dévaluations et réévaluations des monnaies nationales qui, avant la monnaie unique, perturbaient tellement la bonne marche de l'Europe.
Une douzaine de listes ? Ceci dit, M. Juncker a rappelé les trois grands principes de la réforme à considérer comme acquis: a) les plafonds de 3% du PIB pour le déficit budgétaire annuel et de 60% du PIB pour la dette globale sont confirmés ; b) les sanctions sont maintenues dans la panoplie des instruments du Pacte ; c) la Commission est «confirmée dans le rôle qui est le sien et qui consiste à engager la procédure pour déficit excessif». Mais, en même temps, il sera clairement indiqué (le Traité le dit lui-même) qu'un déficit supérieur à 3% du PIB n'est pas nécessairement «excessif», lorsqu'il est «exceptionnel, temporaire et proche de la valeur de référence». Ce qui reste à faire, c'est de préciser les critères permettant de considérer qu'un dérapage est admissible (étant entendu qu'aucune catégorie de dépenses ne serait exclue a priori du calcul des déficits). Faut-il une liste ? M. Juncker a été assez caustique: « On me demande une liste, et je la fais. Alors on me dit: elle est trop longue. Mais en même temps chacun demande d'y ajouter la catégorie de dépenses qui l'intéresse!» Vous avez lu hier la nouvelle solution qu'il suggère: supprimer la liste! Chaque Etat membre indiquerait, pour en discuter avec la Commission, lesquelles parmi ses dépenses méritent compréhension. Ce sera compliqué (une douzaine de listes !), mais si c'est ce qu'ils veulent…
Les pays «hors zone» devraient accepter l'accord entre les pays de l'euro. Sur ces bases, M. Juncker estime qu'un compromis est possible entre les pays de la zone euro. Et les autres Etats membres, qui au sein du Conseil Ecofin avaient émis tellement de réserves, avec le Royaume-Uni en tête? La procédure sera simple: si, dimanche, il y a accord au sein du groupe de l'euro, M. Juncker le soumettra le même jour au Conseil Ecofin. Si des réserves subsistent, il portera le même texte deux jours plus tard devant les chefs de gouvernement, au Sommet (qu'il présidera lui-même). Si ce texte ne passe pas, le Pacte de stabilité restera ce qu'il est, ce qui serait évidemment très grave. Après tellement de discussions, avec un accord dans la poche entre les pays de la zone euro, serait-il raisonnable d'échouer à cause de l'opposition de tel ou tel pays qui n'en fait pas partie? Les pays de l'euro n'ont-ils pas le droit de gérer leur monnaie? Je crois que les répercussions d'un échec seraient, de plusieurs points de vue, sérieuses, Et qu'il est donc plus raisonnable de songer à un succès. Après quoi M. Juncker, en tant que président du groupe de l'euro pendant deux ans, s'occuperait de la coordination des politiques économiques, donc du renforcement de la jambe atrophiée de l'UEM (Union économique et monétaire). Il l'a déjà annoncé. J'en parlerai lorsque la mise à jour du fonctionnement du Pacte aura été, en principe, acquise. Donc, dans la deuxième partie de la semaine prochaine. J'espère. (F.R.)