Bruxelles, 28/09/2000 (Agence Europe) - La première réunion de consultation entre les autorités haïtiennes et l'Union européenne, qui a eu lieu mardi à Bruxelles au titre de l'Article 96 de l'Accord de Cotonou pour violation des principes démocratiques, de l'Etat de droit et des droits de l'homme lors des élections législatives du 21 mai (voir EUROPE du 18 août, p. 2 et du 26 juillet, p .6), n'augure rien de bon pour la poursuite de la coopération au développement entre l'UE et ce pays ACP. Toutefois, aucune décision n'a été prise à ce stade. Selon l'Union, cette rencontre a permis un dialogue franc entre les deux parties, mais les arguments invoqués par les autorirés haïtiennes ne l'ont pas convaincue de renoncer définitivement à suspendre sa coopération avec ce pays.
Répondant à l'invitation qui leur avait été faite, le 4 août, de venir s'expliquer, le ministre des Affaires étrangères d'Haïti, Fritz Longchamp et l'ambassadrice d'Haïtï à Bruxelles, Violette Azor-Charles, accompagnés par une délégation du groupe des Etats ACP (le président du comité des ambassadeurs, Armand-Guy Zounguéré Sokambi, l'ambassadrice de la République dominicaine, Mme Clara Quiñones, l'ambassadeur de Ste-Lucie, Erwin Laurent, et le secrétaire général du groupe ACP, Jean-Robert Goulongana), ont souligné que: a) en dépit de quelques problèmes logistiques, tous les observateurs avaient considéré que les élections s'étaient déroulées dans des conditions acceptables, que la population avait voté en masse et qu'aucun incident d'une véritable gravité n'avait été enregistré ; b) la mission d'observation de l'OEA avait, dans un premier temps, félicité le peuple pour le bon déroulement des élections, et n'avait mis en question le comptage des voix qu'après publication des premiers résultats ; c) le mode de comptage retenu est le même que celui appliqué aux élections générales de 1990, accueillies par la communauté internationale comme les premières élections libres, honnêtes et démocratiques de l'histoire d'Haïti, et à d'autres élections non contestées ; d) cette procédure avait été choisie avec le concours d'experts étrangers bien avant les élections du 21 mai ; e) les critiques formulées ne concernent que huit à dix sénateurs élus au premier tour sur quelque 7 500 postes à pourvoir.
Partant, les autorités haïtiennes ont demandé à l'Union de les aider à améliorer leur capacité d'organisation d'élections au lieu de sanctionner leur pays, conformément à l'orientation retenue par le Conseil permanent de l'OEA. Les représentants ACP ont plaidé dans le même sens, soulignant que des sanctions pénaliseraient les populations pauvres non seulement en Haïti, mais dans toute la région.
Au nom de l'Union européenne, le président du Comité des Représentants permanents a déploré que les remarques formulées par l'Union dans sa déclaration du 12 juillet n'aient pas été prises en compte et a réitéré ses préoccupations quant à la légitimité du processus démocratique en déplorant l'absence de volonté du gouvernement de trouver une solution de compromis par le dialogue avec toutes les parties concernées. Consciente de la gravité de la situation socio-économique du pays et de l'importance de ne pas pénaliser la population haïtienne, elle se réserve d'examiner les mesures appropriées à prendre si aucune solution n'est trouvée. Dans l'intervalle, elle continuera à suivre de près l'évolution du processus démocratique dans le pays. L'organisation des prochaines élections présidentielles à l'automne 2000 et la crédibilité du Conseil électoral provisoire (CEP) seront, à cet égard, déterminants.
EUROPE rappelle que l'Union avait motivé ses griefs par une erreur flagrante et déterminante dans le mode de décompte des voix des candidats à l'élection sénatoriale, le refus catégorique du CEP et des autorités haïtiennes de reconnaître cette erreur qui semblait pourtant aisée à corriger, les menaces qui ont conduit le président du CEP à fuir Haïti, le refus opposé à toute tentative de médiation du Caricom - éléments qui, selon elle, ont jeté le discrédit sur le deuxième tour des élections législatives.