L’Union européenne et ses partenaires des Balkans occidentaux ont salué, vendredi 5 juin, lors du sommet UE-Balkans occidentaux organisé à Tivat, un nouvel élan dans le processus d’élargissement de l’UE, largement alimenté par la conviction partagée que le Monténégro est entré dans la dernière phase de son parcours vers l’adhésion et pourrait devenir le 28e État membre de l’Union en 2028. Cette réunion revêtait une « signification historique particulière », puisque le Monténégro célèbre cette année le 20e anniversaire de son indépendance vis-à-vis de la Serbie.
« L’intégration du Monténégro enverrait un signal fort à tous les pays candidats : le rêve européen est vivant, il est réel, le travail acharné porte ses fruits et la politique d’élargissement demeure l’une des politiques les plus réussies de l’Union européenne », a déclaré le président monténégrin, Jakov Milatović, lors d’une conférence de presse commune avec le président du Conseil européen, António Costa, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
À l’issue du sommet, M. Milatović s’est dit « plus confiant que jamais » quant à la possibilité d’atteindre l’objectif d’une adhésion à l’UE d’ici 2028, qu’il juge « tout à fait réalisable », et a promis d’« accélérer » les réformes restantes, notamment dans le domaine de l’État de droit, tandis que Mme von der Leyen estimait que l’adhésion du Monténégro à l’UE était désormais « à portée de main ».
Évoquant l’initiative franco-allemande visant à faciliter le processus d’intégration graduel (EUROPE 13881/17), que le président monténégrin a qualifiée de « manière constructive et créative de rapprocher tous les pays candidats des Balkans occidentaux de leur objectif final », à savoir l’adhésion à l’UE, M. Milatović a néanmoins souligné que « le cas du Monténégro est quelque peu unique » : il est le « seul pays candidat » pour lequel les travaux de rédaction du traité d’adhésion à l’Union européenne ont déjà débuté. Selon lui, cette nouvelle approche ne devrait donc pas s’appliquer au Monténégro.
« Le plus important est que tout le monde s’accorde sur la nécessité d’accélérer le processus d’élargissement », a déclaré António Costa, insistant sur le fait que tant l’UE que les partenaires des Balkans occidentaux doivent « travailler plus vite et plus intensément ».
« Il est très positif que plusieurs propositions circulent actuellement afin de réduire la bureaucratie, voire de créer une sorte d’'omnibus de l’élargissement', pour permettre à ce processus fondé sur le mérite d’aboutir plus rapidement », a-t-il ajouté, reconnaissant toutefois que cette question est moins cruciale pour les pays les plus avancés, comme le Monténégro.
Ursula von der Leyen a également rappelé que tous les États membres soutiennent un processus fondé sur le mérite. Elle a toutefois estimé que celui-ci « doit devenir plus dynamique, car un processus fondé sur le mérite ne signifie pas un processus lent ». Il doit être « juste et prévisible », ce qui implique que, lorsque les partenaires réalisent les réformes demandées, l'Union doit « récompenser ces réformes par une intégration réelle, un accès à nos programmes, des liens plus étroits avec le marché unique et des financements conditionnés aux progrès accomplis ».
La présidente de la Commission a bien rappelé que le plan de croissance de 6 milliards d’euros destiné aux Balkans occidentaux offre déjà « une intégration graduelle dans le marché unique dans différents secteurs », à condition que les réformes nécessaires soient mises en œuvre afin de garantir des conditions de concurrence équitables, soutenues par des investissements européens. « Jusqu’à présent, nous avons déjà versé 675 millions d’euros et la prochaine tranche atteindra 540 millions d’euros », a-t-elle indiqué. Elle a aussi rappelé la volonté de l’UE de négocier avec les six partenaires de la région leur intégration dans la zone européenne d’itinérance gratuite ('roaming'), un exemple concret des bénéfices de l’intégration avant même l’adhésion.
« Nous examinerons désormais les différentes propositions. Leur objectif est d’améliorer le processus et elles sont donc bienvenues. Nous en discuterons », a-t-elle néanmoins expliqué.
Alors que le Monténégro et l’Albanie pourraient rejoindre l’Union avant 2030, la Serbie, par exemple, n’a ouvert aucun nouveau chapitre de négociation depuis 2021.
« L’Union européenne souhaite également que la Serbie rejoigne l’UE, mais elle doit remplir les critères requis », a souligné Mme von der Leyen, notamment en matière de réforme judiciaire, de la liberté de la presse, de réforme électorale et d’alignement sur la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE.
M. Costa a indiqué que la Serbie s’était engagée à finaliser « dans les prochaines semaines » sa réforme judiciaire conformément aux recommandations de la Commission de Venise et à adopter les dernières réformes électorales nécessaires pour satisfaire « l’ensemble des recommandations » de l’OSCE/BIDDH (ODIHR). Sur la base de l’évaluation de la Commission européenne, le Conseil décidera alors « s’il est temps ou non d’ouvrir le troisième groupe de chapitres ».
« Pour le Monténégro, l’adhésion pleine et entière semble désormais à portée immédiate », a déclaré le chancelier autrichien, Christian Stocker. Pour les autres pays « il peut exister des étapes intermédiaires vers l’adhésion complète à l’Union européenne, qui demeure, bien entendu, l’objectif ultime », a-t-il ajouté.
Le Premier ministre luxembourgeois, Luc Frieden, a affirmé, pour sa part, qu’il accueillerait favorablement toute initiative permettant « d’accélérer quelque peu le processus » et de rendre « la perspective européenne aussi concrète que possible ». « Nous ne devrions pas créer des salles d’attente dans lesquelles les gens seraient contraints de patienter trop longtemps. Nous devons avant tout nous en tenir au processus d’élargissement tel qu’il a été convenu », a-t-il insisté.
En voie d’obtenir un troisième mandat, la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a rappelé que « les pays ne peuvent être admis dans l’Union européenne que lorsqu’ils sont prêts ». « Plus l’Union comptera de membres, plus nous devrons réfléchir à de nouvelles méthodes de prise de décision afin qu’aucun État ne puisse bloquer ou faire pression sur les autres pour empêcher les décisions nécessaires », a-t-elle déclaré, dans une allusion à la Hongrie de Viktor Orbán.
Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a défendu, avec le président français, Emmanuel Macron, leur proposition visant à « faciliter l’élargissement, en particulier pour certains États des Balkans occidentaux », après treize années sans aucune nouvelle adhésion. « Les discussions de ce matin m’encouragent, mais le chemin reste encore long », a déclaré M. Merz.
De son côté, M. Macron a aussi défendu leur proposition commune visant à « renforcer le processus d’intégration graduelle », soulignant l’importance stratégique de l’élargissement aux Balkans occidentaux : « Parce que dans cette région aussi se joue l’indépendance de l’Europe sur le plan énergétique, sur le plan de la sécurité et sur le plan des routes migratoires. Il est donc très important de pouvoir avancer ».
Enfin, le Premier ministre croate, Andrej Plenković, a rappelé les « attentes » de son pays à l’égard du Monténégro, après avoir rencontré la minorité croate du pays. « La première attente concerne l’indemnisation des détenus du camp », a-t-il déclaré, en référence au camp de Morinj durant les guerres de Yougoslavie dans les années 1990. (Ana Pisonero Hernández)