Le membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE) Piero Cipollone a mis en garde, mercredi 15 avril à Washington, contre le risque que les innovations financières liées à la tokenisation ne produisent pas les gains d’efficacité attendus sans un cadre institutionnel européen adapté.
Si, malgré les avancées technologiques passées, le coût de l’intermédiation financière est jusqu'ici resté globalement stable, l'économiste italien a estimé que la tokenisation pouvait constituer une rupture majeure en permettant d’intégrer l’ensemble du cycle financier dans une même infrastructure numérique.
« La tokenisation relève d'une catégorie d'innovation tout à fait différente, que les économistes qualifient de 'technologie à usage général'. Plutôt que de se contenter d'améliorer un élément particulier d'un système, ces technologies redéfinissent la logique du système dans son ensemble. », a-t-il déclaré à l'occasion d'un colloque sur le système financier du 21e siècle organisé par la Harvard Law School.
Le succès de ces technologies dépendra d’une adoption coordonnée par l’ensemble des acteurs de marché, a souligné M. Cipollone, selon qui les banques centrales, au travers de l’Eurosystème, doivent créer les conditions de confiance nécessaires au décollage de la tokenisation en mettant à disposition un actif de règlement en monnaie de banque centrale et en intégrant progressivement les actifs 'DLT' (EUROPE 13842/6).
Il a assigné aux banques centrales une fonction d’architecte de marché nécessaire pour orienter les choix d’infrastructure, favoriser l’interopérabilité et éviter qu’un écosystème tokenisé européen n’émerge sous une forme fragmentée, peu concurrentielle ou dépendante d’actifs de règlement non européens. (Bernard Denuit)